‹ Histoire des archevêques de Malines [microform]Chapitre 168 sur 181 · THOMAS-PHILIPPE D*ALSACE · texte numérisé non relu

THOMAS-PHILIPPE D*ALSACE

voyèrent à Clément XI une lettre collective dans laquelle ils exprimaient leur adhésion pleine et entière aux infaillibles décisions de Rome.

C'est, disent-ils, au Prince de Tapostolat qae noas nous adressons, ao Pasteur universel du troupeau du Seigneur, à celui que nous reconnaissons, a?ec saint Augustin et tous les Pères, comme l'inébranlable fondement de la foi, la pierre sur laquelle s'élève tout l'épiscopat et dont on ne peut s'écarter d*une ligne sans entraîner les pasteurs et leur troupeau dans une mine inévitable et commune. C'est ce que nous a appris la Sagesse incarnée ;] c'est ce que professe toute la tradition; les saints Pères, les Docteurs,} les Evéques, les Conciles, les écrivains catholiques de tous les âges et de toutes les nations, n'ont à cet égard qu'une voix... Nous avons horreur des scandales d'un pays voisin ; nous détestons de toutes les forces de notre âme le mélange sacrilège des choses divines et profanes, et'^nous faisons tout ce qui est en nous pour empêcher qoe ce funeste exemple ne s'introduise de quelque manière que ce soit dans nos diocèses. La constitution Unigenitut Dei Filiu» , dictée par l'Esprit* Saint, proclamée par la bouche du bienheureux Prince des apôtres et écrite par votre main, frappe d'un solennel anathème certaines opinions produites par des hommes pervers. Cette sage constitution était nécessaire et elle répondait à nos vœux ; aussi nous l'avons reçue, dès qu'elle nous a été connue, avec toute la soumission due au chef de l'Eglise; nohs l'avons publiée sans retard, chacun dans son diocèse, et nous avons voulu que dans toute la Belgique catholique elle fût acceptée de tous comme règle sûre de foi et de mœurs. En agissant de la sorte, noas n'avons fait que notre devoir épiscopal... Si nous sommes forcés de verser des larmes amères sur une portion rebelle de l'Eglise gallicane, Votre Sainteté sera consolée en apprenant que ce funeste et opiniâtre esprit d'erreur est inconnu dans notre Eglise Belgique, au moins dans la pins grande et plus noble partie.

Le Pape répondit à cette respectueuse protestation par le bref Pietaiis vestrae (15 janvier 1719), où nous trouvons de nouveau l'expression de Tantique attachement des Belges à la foi de leurs pères (i).

(1) Toutes ces pièces sont reproduites dans le Syn, Btlg, II, 7'31|

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Le feu, toutefois, n'était pas encore éteint dans le diocèse. Les prêtres de l'Oratoire, établis à Malines, à Bruxelles, à Louvain et à Renaix, refusèrent d'adhérer à la constitution pontificale qui avait frappé Toratorien Quesnel. Il en appelèrent << à la justice du gouveme- 9 ment contre les persécutions " dont ils se disaient les innocentes victimes. Dix-huit d'entre eux adressèrent un mémoire et une supplique au prince Eugène de Savoie, gouverneur-général (i). Ils y constataient avec regret que la division s'était mise dans leur Congrégation et que bon nombre d'entre eux, terrifiés par les menaces de l'épiscopat ou ayant intérêt à plaire aux promoteurs de la bulle, avaient tristement fléchi ; ils ajoutaient que les autres, partisans convaincus de la doctrine irréfragable de saint Augustin, n'ont commis d'autre crime que de garder un religieux silence au sujet de la fameuse Constitution et d*ofirir à Dieu leurs pieux gémissements au milieu des calamités de l'Eglise. ^ Et cependant l'Eminentissime Cardinal-Archevêque

et dans les Jtf^a Ecelesiae Mechliniensiê anHi 1718 eirea BullamJJsi- 6EVITUS, in-8, pages 152, Bruxelles chez 'T Serateveas.

(1) De Swert, ex- supérieur de l'Oratoire ; Ferron, curé de Saint- Jean à Malines; Coppens, chanoine de Sainte -Gudule; Launay, Bonselet, Boabereel, Caron, Zegers, De Camba j Zuniga, De Hondt, Lysghad, P. Lateur, Qeraerdus, De Viach, £mm. Lateur, Reers, Backhusius et Walravens. Toutefois Ferron se soun^it en novembre 1726. >— La bulle avait été reconnue dès le principe par quatre oratoriens : Smets, chanoine du chapitre métropolitain; Caron, curé de Fines-Terre à Bruxelles; Pleke, curé de Laeken, et Jansens, curé d'Huldenberg.

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et ses ministres noas accusent d'opiniâtreté, de résistance impie aux définitions pontificales ; bien plus, ils en viennent à des voies de fait et nous dépouillent, sans motif aucun, de nos fonctions... Ne pouvant en appeler à Tordinaire ni aux juges synodaux, puisque ce sont ceux-là mêmes qui nous persécutent, nous nous voyons forcés de recourir à TEmpereur-Roi que Dieu a constitué le défenseur de ses sujets opprimés. Ce reconrs au prince est la preuve qu ils comprennent toute l'étendue de Vautorité suprême que les rois tiennent immédiatement de Dieu... (i). »

Pour le malheur des pétitionnaires et le bonheur des catholiques, le gouvernement tint la perfide requête pour ce qu'elle valait. L'empereur Charles VI fit connaître au prince Eugène, à l'archevêque de Malines et à ses oomprovinciaux (26 mai 1726) que la publication de la bulle Uniffenitus, faite en 1714 avec toutes les formalités nécessaires, devait « sortir son plein et entier effet, » et que tous ceux qui s'y opposeraient publiquement et r> avec scandale, seraient poursuivis canoniquement et » selon les lois et coutumes du pays, comme des perturn bateurs du repos et de la tranquillité publique. ^ En même temps l'Empereur fit défense aux tribunaux civils « d'empêcher la juridiction des évêques en recevant les recours incompétents (2). 9»

Le 20 octobre de l'an 1721, les docteurs de l'Uni-

(1) Voir le texte latin dans le Chronicon Conçregaiionii Oraiorii Domini Jêiu par provineiam ArchUpiêeoptUui Meehiiniâtuii iiffuiae ab aano 1686 utqnâ aifinem anni 1729, par un oratorien anonyme. (Lille 1740» in'4). Ce chroniqnear est le P. De Swert, ardent jansénio-quesnelliste.

(2) La dépêche impériale adressée à Thomas-Philippe se lit dans le lie Recueil, Irepag. 92. La dépèehe au prince Eugène se lit à la page 93 •

versité de Louvain envoyèrent à Charles VI une solide requête et une profession de foi par rapport à la bulle Uniffeniius. Ils demandaient avec instance que le souverain fît observer la constitution apostolique qui condamnait Quesnel et ses adhérents. « Ceux qui brisent » la foi et mettent la division dans FEglise sont en " outre des perturbateurs du repos public; jamais le » schisme et Thérésie n'ont déchiré l'Eglise sans causer » en même temps des troubles dans l'Etat. La Hollande » a brisé du même coup de rébellion le lien qui Tatta- » chait au Pape et au roi ; elle s'est soustraite, les armes » à la main, à l'obéissance due aux deux autorités. En "France, la mémoire est encore' fraîche des guerres » sanglantes que l'hérésie de Calvin y a suscitées dès y» son origine. Le schisme a mis sous le joug des infi- » dèles l'Eglise orientale avec l'Empire d'Orient. De s» fait, Vincendie qui dévore les temples de Dieu se com- » munique facilement aux palais des rois. Un peuple y> qui est infidèle à Dieu, sera-t-il fidèle à son souve- » raiu? D'une désobéissance à l'autre il n'y a qu'un )» pas (i). »

Le zèle ardent pour la foi orthodoxe dont Thomas- Philippe avait fait preuve en 1718, n'éclate pas moins dans la lettre de congratulation qu'il adressa, environ neuf ans plus tard, à Pierre de Guérin du Tencin, archevêque d'Embrun, et à ses sufi^ragants (2). En voici un extrait :

(1) Hecueil IX, pag. 60-69.

(S) Le concile provincial d'Embrun, en Danphlné, tenn en 1727, avait

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J'ai Kça les actes da concile provincial d'£inbran que vous avez bien ▼oula m'enrojer. Oui, j'ai reça a?ec joie ce glorieux monument de votre vigilance pastorale, de votre vigueur ecclésiastique, de votre noble lutte pour la vérité et la foi orthodoxe. Béni soit le Seigneur, le Dieu de la paix, cnjus nofnen Zeloies, qui ne permet pas que son peuple coure aax profanes nouveautés de discours comme à des idoles forgées de la main I des hommes. Le siècle précédent a vu la malheureuse témérité des noTs*

I teurs, et l'époque actuelle est encore témoin des scandales qu'ont fait

' naître leurs dogmes pervers Les évéqoes belges, comme ceux de France,

en ont gémi. Comme vous, nous avons eu recours, d'après l'antique coatume, à la Chaire souveraine où la foi de Pierre ne fait jamais naufrage et qui donne la vérité à quiconque la cherche et la demande. Cest de là que nous avons reça ce qu'il faut croire et ce qu'il faut enseigner. Noas avons enseigné, et le peuple de Dieu a prêté l'oreille. Toute la tempête jansénienne aurait été apaisée, tous les pièges du parti de Quesnel auraient été déjoués, si tout le corps épiscopal eût écouté la voix du premier Pasteur, s'il eût humblement reçu l'enseignement de l'Ëglise... La sainte et admirable constitution Unigenitus, cette pierre de touche de l'orthodoxie catholique, est devenue, hélas, une pierre d'achoppement pour l'évêque de Séuez. Votre infortuné collègue a osé s'attaquer aux définitions de l'£glise et porter la main sur le trésor de la foi ; il s'est insurgé contre ses vénérables frères dans l'épiscopat et n'a pas même épargné leur chef commun... Le mal demandait un remède énergique; vous l'avez trouvé dans la sainte sévérité des sacrés canons. Après une longue patience, il a fallu enfin tirer. le glaive de la discipline ecclésiastique. Pour moi, je n'ai dû me montrer sévère qu'à l'égard de quelques prêtres; vous. Monseigneur, vous avez dû punir l'un de vos. frères dans

proclamé la constitution Unigônitw un jugement dogmatique et irrévocable de l'Eglise, et déclaré que l'appel interjeté par les quesnelliates était, de droit, nul et schismatique. De plus, le concile d'Embrun, ajant examiné à fond la conduite de l'oratorien Soanen, évêque de Sénez, avait suspendu ce prélat de l'exercice de l'ordre épiscopal et sacerdotal et interné dans l'abbaye de la Chaise- Dieu en Auvergne. L'orthodoxe Massillon, évêque de Clermont et prêtre de l'Oratoire, fit de vains efforts pour ramener son infiexible collègue Soanen à de meilleurs sentiments. YoitYiQoiiMémaires pour servir à VhUioin ecclésiastique âuxiiiv^siède, 1, 347-851, et l'abbé Bajle, Etude sur MassiUon, ohap. XIV (Paris 1867).

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Tépiseopat. Si vous n*avez pas réossi à l'attirer dans les filets de Pierre, c'est» hélas, qu'il n'a pas voulu (1).

L'ordre des temps nous mène à un incident d'une toute autre nature et que nous voulons faire connaître sommairement.

L'année 1718 vit éclater, à Malines et à Bruxelles, de graves troubles parmi le peuple, au sujet des subsides extraordinaires demandés par le gouvernement de Charles VI. A Malines, la sédition de la populace avait été comprimée par la prudence et Ténergie de Christophe-Ernest de Baillel, président du grand-conseil (2).

A Bruxelles, les désordres furent plus sérieux encore. Le marquis de Prié, ministre plénipotentiaire, résolu d'en finir par quelque grand coup, mit la main sur ceux que Ton disait directement ou indirectement impliqués dans les scènes de pillage. Il fit arrêter cinq doyens de métiers, parmi lesquels François Agneessens, fabricant de chaises et boetmeesier de la corporation {natié) de Saint-Nicolas.

Malgré ses soixante-dix ans et son innocence manifeste, Agneessens fut condamné à la peine capitale par le conseil de Brabant comme principal instigateur des troubles et coupable de lèse-majesté ; il eut la tète tran-

(1) Syn. Belg, II, 480-433.

(2) C. E. de Baillet, président du graniconseii de Malines le 6 août 1716, créé comte par des lettres patentes da 10 mars 1719 poar sa belle condaite tenae à Malines, président du conseil prifé le 19 septembre 1725, mort à Bruxelles en 1733.

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chée sur la grand'place, le 19 septembre 1719. Cinq pillards furent pendus le même jour. Les bourgeois, voyant dans Âgneessens un martyr de la patrie^ firent porter son corps dans l'église de N. D. de la Chapelle et forcèrent le curé Van Limborch de l'y inhumer. Les curés de Sain te- Catherine et de Saint-Géry, ainsi que le recteur du Béguinage, épousant la cause populaire, célébrèrent dès le lendemain et le surlendemain de magnifiques obsèques pour l'&me d' A.gneessens ; d'autres annoncèrent également des services funèbres. C'était l'expression réelle, mais intempestive et imprudente, de la douleur et de l'indignation générale (i).

Le ministre, informé de ce qui se passait» eut hâte d'interdire à tous les recteurs des églises et chapelles et à tous les supérieurs des ordres religieux de Bruxelles, « de faire ou soufirir que soit fait dans leurs églises » respectives des exèqueSy messes chantées ou autre » ostentation funèbre pour quelque criminel de lèse- » majesté exécuté à mort mardi passé par sentence ren- » due au conseil de Brabant, à peine de l'indignation » de Sa Majesté et autre arbitraire. » (Dépêche du 22 septembre.) Far une seconde missive de la même date, envoyée par exprès, il somma l'archevêque de faire la même interdiction ^ sans perte de temps et fort » «sérieusement. " II ajouta : « La conduite du clergé » est injurieuse et méprisante à l'autorité souveraine, » et ne peut être tolérée, d'autant moins qu'elle dénote

(1) Après plus d'an siècle et demi, la conduite patriotiqae etiftfin tonte chrétienne d' Agneessens excitent des regrets en Belgique. M. Le- ?ae a publié des articles intéressants sur son procès et ses derniers moments. {Revm de Bntxellet, livraison d'octobre 1 837 et de mai 18^8)*

^ assez évidemment qu'elle procède de la mauvaise dis- " position dans laquelle sont plusieurs ecclésiastiques » tant séculiers que réguliers, qui, selon toutes les ap- » parences, ne se sont pas acquittés de l'obligation » dans laquelle ils étaient de ramener les esprits mutins « et égarés à leur devoir (i). »

Les ordres que le ministre avait déjà intimés au clergé bruxellois, son caractère hautain et le style menaçant de sa missive, faisaient assez voir qu'il était pleinement décidé à recourir aux moyens de violence, si Ton s'avisait de méconnaître ses volontés. Thomas-Philippe comprit qu'il est de sagesse de reculer devant des circonstances impérieuses, lorsque les droits de Dieu et de l'Eglise ne s'y trouvent pas engagés. Aussi, pour éviter toute cause de nouveaux désordres, il porta sur-lechamp la défense que Prié réclamait, et il le fit avec d'autant plus de tranquillité qu'il se conformait aux lois mômes de TEglise qui interdisent au clergé de faire des obsèques aolennelles et publiques pour ceux que le glaive de la justice civile a frappés. La sévère lettre qu'il adressa, le 22 septembre, au clergé séculier et régulier de Bruxelles, est reproduite par M. Gachard, dans les Documents inédits concernant les troubles de la Belgique sous Charles VI (2).

Mais le ministre plénipotentiaire voulait davantage. Il écrivit au comte de Baillet, pour le prier instamment

(1) Plusieurs lettres relatives à cette affaire se trouvent dans les ïheumenU iuédiis eoneernant les troubles dâ la Belgique sous le règne de Charles FI, publiées par M. Gachard en 1839, tom. II. Le passage cité se lit à la page 191.

(2) Tome II, pag. 196.

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d^insister auprès de l'archevéqne, afin que les curés auteurs du scandale qui avait été public, fussent aussi châtiés publiquement. Thomas-Philippe ne céda point devant ces exigences passionnées ; il implora « la clé- « mence de Son Excellence et le pardon pour ceux qui 9) avaient délinqué, puisqu'il y avait eu plus d'impru- « dence que de malice (i). n

Le ministre plénipotentiaire demanda même que le cadavre d'Agneessens fût déterré pour être enfoui à l'endroit réservé aux criminels suppliciés. Mais Tarchevéque répondit que si Son Excellence insistait, il aurait permis le déterrement, ^ remettant néanmoins à sa 91 haute prudence s'il convenait, dans la conjoncture « présente, de procéder à une démonstration si écla- « tante qui pourrait quelquefois encore entraîner des 9f suites fâcheuses (2). »

Prié n'osa point violer le dernier asile de sa victime. Toutefois, comme on craignait qu'aucune conaidératioD divine ou humaine ne pourrait arrêter le despotique fonctionnaire, on avait secrètement transporté le cercueil d'Agneessens dans une autre partie de Téglise (3). »

(1) Lettre de l*archevéqae. Malines, 2 octobre 1719. Do^kmai/i citéf , p. S21.

(2) Lettre tantôt citée, p. 222.

(3) Diaprés ane note de M. Emile Gachet, reproduite par M. Gachard, page 222 des DocumenU cités, on aurait transporté le cercueil dans le grand-chœur qui dépendait de l'abbaye du Saint-Sépulchre de Cambrû, prévenant ainsi tout acte de juridiction de l'archeTéque de Maiines sar Je cadavre.

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vm.

Le même pape qui avait préconisé Thomas -Philippe pour le premier siège de notre pays, le promut à la dignité de cardinal-prétre dans le consistoire du 29 novembre 1719. Au mois de juin de Tannée suivante, la barrette rouge fut apportée à Ma Unes par Mgr Jean André Olivieri, neveu de Sa Sainteté et commandeur de l'ordre de Saint-Etienne. L'évèque de Gand, Philippe Erard Van der Noot> eut Thonneur de la placer sur la tête de Son Eminence, le 9 juin, en présence de Tinternonce Santini et de Mgr Ange d'Ognyes, évêque de Ruremonde. A cette occasion, le magistrat de Malines, fit don à Tarchevèque d*une pièce de vaisselle marquée aux armes de la yiUe. Le comte de Baillet, président du grand-conseil, félicita officiellement le nouveau Prince de TEglise Romaine par un remarquable discours.

Nous laissons aux historiens, disait-ii, de transmettre à la postérité les travaux de Votre Eminenoe pour le maintien de la pareté de la foi, et les* aerrices signalés qu'elle a rendus au Saint-Siège. Pour nous, ministres de la jasUoe, il nous convient de Lui donner des louanges qui soient pro poriionnées à notre profession, en avouant que la concorde entre le Sa* oerdoce et l'Empire n'a été jamais plos grande dans ces pays, que depuis que nous avons le bonheur de posséder V. £m. pour archevêque. Le Sacerdoce dans le spirituel et l'Empire dans le temporel ne relèvent que de Dieu ; mais l'ordre ecclésiastique reconnaît l'Empire dans le temporel, et les Bois, dans le spirituel, se reconnaissent enfants de l'Eglise. Tout l'état du monde roule sur ces deux puissances; c'est pourquoi elles se doivent l'une à l'autre un secours mutuel... C'est ce parfait concours que nous avons expérimenté depuis que Y. £m, remplit si dignement le siège archiépiscopal; nous nous flattons qu'EUe ten a aussi ressenti les mêmes effets de notre part, et nous désirons avec ardeur de maintenir cette concorde si nécessaire entre les deux puissances.

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Mais il nous semble que nous ne pouvons passer sous silence Tallocution prononcée par Clément XI au consistoire du 29 novembre 1719 (i).

Après avoir fait l'éloge des prélats qu'il se propose d'agréger au Sacré -Collège, le pape continue r

Noas aTons résolu de leur adjoindre Thomas-Philippe d'Alsace de Boassa, archefêqne de Malines, et Nous y sommes poussé non par aucune considération humaine, mais uniquement par le devoir de notre ministère apostolique. H ous pourrions ici Nous étendre longuement sur la vigilance dont cet illastre prélat a fait preuve du premier moment qu'il a été mis à la tète de cette Eglise métropolitaine et qu'il n'a cessé depuis d'exercer, pour éloigner des pâturages infects des mauvaises doctrines tous les fidèles de la catholique Belgique, et notamment ses ouailles qui sont plus voisines des lieux de la contagion et des périls. 11 suffira de remémorer une seule chose : c'est que de tous les évèques de riiglise catholique il a été le premier qui, se soumettant humblement à notre constitution Pasiaralit, ait déclaré solennellement, suivant notre exemple, qu'il ne regarderait pas comme véritable enfant de la sainte Eglise Romaine quiconque refusait ou refuserait dorénavant d'adhérer à notre constitution Unigeniita, et qu'il n'aurait plus aucune communion ecclésiastique avec aucun réfiractaire, jusqu'à pleine résipiscence, entière soumission et réconciliation avec le Saint-Siège (2). •

Un tel éloge surpasse tous les éloges que nous pourrions faire nous-môme. Il nous conduit à des faits qui montrent quelle rigueur le saint cardinal d'Alsace savait déployer, quand il s'agissait de conserver le dépôt de la saine doctrine dans son diocèse.

(1) aLsatIUS CakDInaLIbUs aDDItUs.

(8) Voir Gard. Quirini, be rebut ad te periintntibut Comment, P. Il, ^b.I, oap. 7, pp. 121 et 182.

Le premier exemple de sévérité fut donné dans la personne du chanoine Van Hoost, pléban de Malines. Cet opiniâtre appelant avait répandu divers pamphlets flamands contre la bulle Uniffenitus et déversé le blâme sur ses supérieurs ecclésiastiques. Le cardinal n'hésita pas» après avoir épuisé tous les moyens que lui suggé* rait la charité, de le suspendre des fonctions pastorales et de le priver de sa prébende (20 août 1728). Le mal* heureux se retira en Hollande et y vécut dans la disgrâce de Dieu^ des catholiques et des schismatiques euxmêmes. Il mourut, dix-huit ans plus tard, sans avoir voulu se réconcilier avec l'Ëglise, que son orgueil lui avait fait abandonner.

Le canoniste Van Espen qui enseignait à Louvain, prêtait aux jansénistes l'appui de ses conseils el de sa plume. A la demande de l'archevêque, on le somma de donner une réponse catégorique et franche à ces trois questions : Y s'il était prêt à déclarer qu'il adhérait de cœur et d'âme à la profession de foi de Pie IV; 2^ à prêter serment au formulaire d'Alexandre VII et conformément à la bulle Vineam Domini Sabaoth; S® à déclarer qu'il admettait sans réserve aucune la consti* tution Uniffenitus. Non seulement l'orgueilleux profes* seur ne voulut pas donner satisfaction, mais il refusa en outre de rétracter les consultations qu'il avait écrites en faveur de l'élection anticanonique et de la consécration sacrilège de Steenhoven, pseudo-archevêque d'Utrecht. Déposé, par sentence rectorale, de ses fonc-

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tioDS sacerdotales et académiques, il se retira en Hollande auprès des sectaires de son bord.

En 1729, Thomas-Philippe déclara opiniâtres dans rhérésie et priva partant de tout office et de toute dignité ecclésiastique les personnages suivants : deui chanoines de Saint-Pierre à Louvain, Vivien et Cincq; quatre prêtres de l'Oratoire, N. Wynants et François Coppens, chanoines de Sainte-Gudule à Bruxelles, Pierre De Swert et Jacques De Visch ; Pierre Fobelets, eonfesseur à Saipt-Rombaut à Malines; Jean Hagaerts, cUré de Bonheyde; Van Praet, curé à Waelhem; J. F. Jouret, curé de Russegnies; Maillart et Verschuren, chapelains à Bruxelles, et le sousdiacre De fioover. Ces hommes dévoyés, ne trouvant aucun appui ni considération dans le pays, allèrent rejoindre leur parti sur le territoire des Provinces-Unies. De fait, la Hollande, toujours intolérante pour les catholiques, ouvrait largement les portes de ses villes aux sectaires français et belges (i).

Le fameux Quesnel était mort à Amsterdam (2 décembre 1719); Van £spen, qui avait mis ses talents au service d'une détestable cause, était mort à Amersfort, l'année même où Thomas-Philippe suspendit Van Roost (1728). Sous leurs auspices était née une

(1) Les AnaUctei pour servir à Phitioire eeelét, de la Belgique^ t. XI, p. t95-46&, dounent la sUtistiqae du clergé janséniste de la HoUande fera 173S, d'après un mss, inédit de Tilman Backimsias.

Eglise schismatique, et suceessivement deux hommes s'étaient laissés consacrer archevê(]|lies d'Qtrecht, Corneille Steenhoven et Corneille Jean Barchman-Waytiers. Le troisième, Théodore Van der Croon, eut Timpudence d'envoyer au pieux cardinal de Malines la notification de sa consécration sacrilège et un exem* plaire de son appel au futur concile général, avec testante prière de l'appuyer à Rome (i). Thomas-Philippe y répondit en adressant au prêtre schismatique d'Utrecht deux rescrits latins (1786) où il met à néant les prétentions singulières de la secte. Quand on lit ces pièces, pleines d'une sainte indignation contre Ter* reur et d'une immense commisération pour des frères égarés, la pensée se reporte aussitôt vers les éloquentes requêtes que saint Hilaire de Poitiers adressait à Tempereur Constance. Les suscriptions elles-mêmes trahissent rémotion du champion de la foi : « A Théodore > Van der Croon, soi-disant évoque : puisse-t-il avoir » des pensées saines et ne point se moquer de l'Eglise » de Dieu ! j» Et puis : « Au soi-disant évêque d'Utrecht : 9 qu'il se réjouisse de telle sorte qu'il n'ait point à s'en « repentir à l'heure de la mort (2) ! ^ L'intrus Van der Croon, après en avoir appelé et réappelé à une autorité supérieure, alla, en 1739, rendre compte devant le tribunal sans appel de Dieu, laissant son siège à Meindarts, puis à Nieuwenhuyze, tous deux frappés des anathèmes de l'Eglise (3).

(1) L'exemplaire eoYojé à notre cardinal, avec la lettre antographe de Van der Croon, se conaerve à la bibliothèque du séminaire de Malineav (S) Syn. Belg. Il, 483- 502.

(8) Hojnck van Fapendreoht, dans la dédicace de son EUhria Beek»

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Le quesnellisme avait aussi pénétré dans Tabbaye bénédictine de Ylierbeek (diocèse de Malines), et le prélat lui-même, dom Pierre Paradanus, était un ardent champion de la cause des appelants. On en informa le gouvernement et le nonce apostolique Spinelli. Celui-ci commit l'enquête, au nom du Saint-Siège, à Charles d'Espinosa, évoque d'Anvers, aidé de Noël Dubois et de Guillaume Delvaux, docteurs de l'Université de Lou* vain. Comme Paradanus persévérait stoïquement dans sa résistance au formulaire d'Alexandre Vil et à la constitution Uniçeniius, il fut déclaré suspens, interdit^ privé de la communion laïque (i), avec trois de ses religieux, Anselme De Moor, économe, Médard Stegemans et Philippe Cleymans. La sentence, provisionnellement prononcée par le visiteur apostolique, est du 16 et du 17 juillet 1728. Paradanus fut interné dans l'abbaye de Gembloux et y mourut, le 18 septembre suivant. Ses restes furent apportés à Vlierbeek et enfouis dans le verger du monastère dont il avait été le chef.

na9 UUrajeetinaêf nous montre le primat des Pays-Bas tenant les jeux sans cesse ou?erts sur les menées des schismaiiqnes d'Utrecht. afin de les empêcher de s'étendre. — Le quesnelliste oon?erti Tilman Backhosios, qui avait fait son abjuration à Malines en 1724, parcourut plus d'une fois les Provinces- Unies pour s'enquérir des projets nourris par les sectaires et fournir à Thomas-Philippe des renseignements exacts.

(1) ...Te Petrum Paradanus,... sic admonitum et recusantem, ab omni ordinum et juridictionis officio suspendendum, necnon oommunione laies ao capitularium suffragiorum jure per provisionem privandum esse duxi* mus, prout per praesentes suspendimus, et per provisionem pri?amus...« Cette sentence ne devait avoir son effet que dans trois mois, au cas qae le prélat ne voudrait pas se soumettre. Voir la Lettre à M, If, 2f. ehenoine de Viglite cathédrale SAnvere^ ou reraarquet qu'mn avocat cetAolipt afaitei au sujet de la vitite apottoligue de Flierbeek, etc. in-4, Anvers, avec approbation.

En rappelant brièvement ces faits, nous avons un peu devancé Tordre des années. Revenant sur nos pas, nous avons à achever lesquisse biographique de Thomas- Philippe.

Toujours le premier sur la brèche quand il s'agissait de l'indépendance de TËglise, le cardinal combattit le droit que revendiquait le pouvoir laïque de subordonner à son agrément la promulgation des actes juridictionnels de l'autorité ecclésiastique. Une lettre envoyée par le conseil d*£tat aux évêques des Pays-Bas, le 25 septembre 1724, relativement à la publication des décisions émanées de Rome, exprimait des tendances hostiles que le zélé cardinal d'Alsace ne pouvait pas laisser sans réponse. Après avoir fait ressortir ce qu'il y avait d'injurieux pour le Saint-Siège dans les termes de la lettre : Prévenir les nouveautés de la cour de Rome, il en vient aux libertés du pays et au placet gouvernemental, et s'exprime en ces termes :

9o Libertés et/ranehises de ce Pau. Les Messiears do Conseil d*État, en se servant dans cette lettre des termes de quelques jarisconsultes François, veuillent en induire aussi les maximes. On ne prétend pas donner atteinte aux privilèges du Pais; mais les privilèges du Faïi et les libertés des Églises sont deux choses bien différentes; les jurisconsultes Belgiquea reconnoissent les premiers, mais iU ne font jamais aucune mention des secondes.

8® L^uiage qui t*eêi praeiiqué à Vigard de iouiet les Bullei, rescripis ou lettrée. L'usage constant de ce Fais icy a été que les Bulles dogmatiques, devant que d*étre publiées, étoient présentées au Conseil d'État; et les Bulles en matière bénéficialle ou oontentieuse étoient placetées, ce que Ton ne dispute point; mais on ne trouvera pas que pour des Brefs qui ne

92 THOMAS-PHILIPPJfi d'aLSACE»

sont pas de cette nature, oa pour des lettres particulières on ait jamaii praotiqné aucune formalité.

40 N€ fâuveni être pMiii^ indieçwéi, fendus pnblie^i, ni être admit dans ee Pais, Cest une nouveauté contraire à l'opinion de tons les juriiconsultes, même de ceux qui sont les plus portés pour la jurisdictioa séculière, puisqu'ils disent tous concordement, que ces formalités ne sont nécessaires que pour ce qui doit avoir force de loj dans le Pais, afinqae tous les juges ecclésiastiques aussi bien que séculiers puissent s'j ooaformer. Tout ce qui n'est pat de cette nature-là, n'a donc pas besoin d'aucune formalité...

50 De gnsllâ tnaniêre pu cê puisse être. Parmi les Bulles ou Brefs qui viennent de Rome, il faut distinguer celles qui viennent avec ordre de les publier ioj, et celles qu'on envoyé seulement pour qu'on en soit informé; aucune formalité ne peut tomber sur ces secondes, puisqu'elles ne sont envoyées icy que par manière de nouvelle.

60 Plaeetés ou visés. On ne vise point les Bulles dogmatiques : savoir, on ne met aucun visa sur les Bulles mêmes, ce que la lettre du Conaeii d'État paroit pourtant vouloir signifier. La règle practiquée jusqu'à cette beure, est que l'intemonco présente ces sortes de Bulles, et le Conseil d'État, après les avoir lues, les rende par un secrétaire d'État à Tinternonce telles qu'elles sont venues de Rome (I).

7o Bulles^ Bre/s^ Diereii ou LsUres en matière de Dogme, ou knekni les mcsurs el la discipline eulésiastique. Dorénavant donc on ne poum pas seulement recevoir ni admettre sans la permission du Conseil d'Étst les dispenses qui viennent de Rome, ou de mariage, ou d'Age, ou dei livres défendus, ou brefs de la Pénitencerie, etc., et mille autres choses pareilles, puisque cela regarde certainement la discipline, et la lettre da Conseil d'État étant conçue dans des termes généraux, comprend tout.

80 A moins qu'il vous conste auparavant que lesdites Bulles, Brefs, Décrets ou Lettres aient été visées ou plaeetées en la manière accoutumée, Qa'on cherche tous les registres de tous les Évéques du Paîs Bas, on ne trouvera pas un seul cas par laquel on puisse prouver cette manière sceontumée qui est énoncée dans la lettre : jamais les Évéques ne se sont mêlés de cela, qui a été la fonction des Intemonces, à qui il appartient d'avoir soin de faire publier les Bulles du Saint-Siège, et d*ôter les entpéchements qu'on pourroit y rencontrer. ••

(1) Le visit préalable des Bulles dogmatiques était une sorte de plsœt adouci; il donnait, au moins indirectement, au pouvoir séculier le mojen d'en suspendre la publication pour un temps indéfini. '

PREMIÈRB pAbIODE. 98

Le 1^ décembre 1724, le cardinal demanda des explications au marquis de Prié, gouverneur intérimaire, au sujet de la lettre du conseil d'Etat.

... J'aTone que j'en suis un peu surpris (de la lettre du Ir décembre 1784) par la généralité des expressions que je dois nécessairement atiri- Imer au secrétaire, très persuadé de l'intention de Sa Maj. et de Y. Ex. de ne touloir point en charger les éréques de choses nouvelles. Il y a, Monseigneur, plusieurs Brefs et Bulles, soit dispenses, soit indulgences, lesquels de tout temps s'exécutèrent et se publièrent sans autres formalités ; il j en a qui requièrent le plaeet. Quant au vMtf, je dois dire que jusqu'ici je ne le connois point ; mais j'avoue en même tems qu'il j a plusieurs matières avant la publication desquelles il convient que la Cour en soit informée (c'est ce qui s'est toujours fait par le canal du ministre de Sa Sainteté), avant qu'elles se renvoyèrent aux Evéques, et c'est ce qu'on qualifie apparemment du terme de Vi$i, et de quoi les archives-là doivent faire conster. Four moi. Monseigneur, je ne sais pas d'avoir en aucune façon manqué à ce que je dois à Sa Maj. Imp. et Cath., et je n'y manquerai pointa l'avenir, Dieu aidant...*

Le gouverneur répondit, le 20 décembre, que la lettre du 25 septembre, envoyée aux évoques belges par le conseil d'Etat, n'avait aucun rapport aux brefs, bulles, décrets ou rescrits de la cour de Borne ^ en matière de dogme^ de mœurs ou de discipline ecclésiastique; il n'y a que les bulles ou rescrits en matières bénéficiâtes ou liii" gieuses qui exigent le plaeet pour avoir force de loi :

... Nous vous faisons cette pour vous dire avec l'avis du dit Conseil d'Etat que vous n'avez pas interprété l'esprit et les termes de notre dernière lettre selon notre véritable intention, qui n'a jamais été et n'est pas de changer l'usage ancien observé en ce Pais, comme vous remarquerez par la teneur de notre dite lettre qui est restreinte et limitée audit usage, quoiqu'elle fasse en général mention de tous Brefs, Rescrits, Bulles ou lettres émanées ou à émaner par la Cour de Rome..., en sorte que ladite énonciation générale n'a aucun rapport aux Bulles des Indulgences particu-

94 THOMAS-PHILIPPB d'aLSACE.

lières accordées aux églûes, chapellea oa confréries ; i celles ea matières matrimoniales dans les degrés défendus, par lesquelles les £?éques oq Officianx sont autorisés pour accorder ces dispenses ; celles d'âge poar reccToir aux ordres ; aux rescrits de la Pénitentiarie, qui s'envoyent cachetés, et adressés à quelque confesseur ou personne discrette, et qai concernent les grâces simples que Sa Sainteté accorde à des particuliers, qui n'intéressent pas an tiers sujet de S. M. , ni toutes autres semblables grâces spirituelles, qui ne doi?ent être publiées pour tenir force de loi et qui ne regardent uniquement que des particuliers, sauf celles en matières bénéfioiales ou litigieuses qui exigent le Plaoet... (1)

C'est tout ce qae deaiandait Thomas-Philippe. Faisqae TËglise, par son institution divine, est indépendante dans son enseignement et sa discipline, il est de toute évidence que le placet du gouvernement pour la publication de bulles doctrinales ne peut s'accorder avec les droits inaliénables que l'Eglise tient directement de son Fondateur (2).

Clément XI étant trépassé le 19 mars 1721, Thomas- Philippe dut se rendre à Rome pour assister au conclave. Il s'y rendit avec le chanoine gradué Ambroise- Charles De Smet, et avec son confesseur, le P. Alphonse Huylenbroucq, de la Compagnie de Jésus. Avant de partir, il avait confié l'administration intérimaire du diocèse à trois vicaires-généraux (3). Il arriva à temps

(1) Cité dans les Opuseula P. Oovarit (Bruxelles 1830), Appendice pag. 336.

(3) Les Opuicitla P. Oovaris, p. 339-359 et la collection des ReprénntatioHM Belffiquâs, recueil II, 40 partie, p. 123, reproduisent les remontrances du cardinal Batthiani et de l'archevéque-é lecteur de Trêves à Joseph II.

(3) Baert de Berentrcde, De Visscher et Hoynck 7an Papendrecht.

PREMIÂRS PÉRIODE. 95

pour concourir à l'élection de Michel- Ange Conli, qui monta sur le trône de Saint-Pierre sous le nom dlnno* cent XIII. C'est des mains du nouveau Pontife quil reçut le chapeau rouge et Tanneau cardinalice dans un consistoire public, tenu au Quirinal le 10 juin; on lui assigna le titre de Saint-Césaire qu'il échangea, depuis, contre ceux de Sainte -Balbine et de Saint-Laurent in Lucina.

Thomas-Philippe quitta Rome, le 17 mars 1722; mais une maladie qui faillit devenir mortelle le retint quelque temps à Rimini. A peine convalescent, il se rendit à Vienne, en vertu d'un ordre du Saint-Siège, et y prolongea son séjour durant une année entière, en y luttant, comme il l'atteste dans la relation officielle de 1730 (i), pour le libre exercice de la juridiction ecclésiastique, ainsi que pour la cause de la foi contre les adversaires de la constitution Uni^enitus (2). « C'en était fait de l'autorité ecclésiastique, ajoute-t-il, si, pendant mon séjour à Vienne en 1722, je n'avais mis l'Empereur, notre auguste souverain, au courant de toutes les violations de la juridiction des évêques. S. M. I. a fait transmettre mes plaintes à chaque tribunal de la Belgique, et, après avoir reçu les réponses de tous, elle a mis certaines bornes à ces excès (s). » Le prélat ne revint à Malines que le 10 août 1723,

(1) Le F. Hajlenbroacq lui fut enle?6 par une mort soudaine à Saltzboarg. le 31 mars 1722.

(2) Cette pièce se trou?e dans les AnaUctes pour servir à V histoire scelésiasiiqne de la Belgique, tome XII. (Voir appendice, n^' 1).

(3) Voir dans le Recueil II, In partie, p. 92 et sqq., les lettres de l'empereur à notre Cardinal-Archevêque et an prince Eugène.

96 THOHAS-PHIUVPB d'aLSACB.

après deux ans et quatre mois d'absence. Sa rentrée à Malines fut un vrai jour de triomphe. Pour lui, il se reconnaissait redevable de sa guérison à saint François- Xavier, et, pour accomplir un vœu qu'il avait fait, il offrit un calice en vermeil à l'église des jésuites, à Malines, église qui était placée sous l'invocation de l'Apôtre des Indes (i).

Sur les instances de l'archiduchesse Marie-Elisabeth, Thomas-Philippe crut devoir demander au Saint-Siège de conférer la dignité épiscopale au Père Charles Espinosa, qui devait lui servir de sufiragant in pontificalibm. Le conseil d'Etat souleva vainement quelques difficultés contre cette nomination, en prétextant que l'institution d'évêques auxiliaires était tombée en désuétude en Belgique. Le Saint-Père accéda aux désirs de l'archiduchesse. Le P.Espinosa fut sacré.le 29 novembre 1723, par Thomas-Philippe sons le titre d'évéque de Tricali in partibm, et resta attaché à la cour de la gouvernante. L'infatigable cardinal-archevêque se servit peu du ministère de son auxiliaire et continua à remplir par luimême ses fonctions pontificales (2).

Thomas-Philippe ne put se rendre aux conclaves où furent élus Benoît XIII et Clément XII. Ce dernier l'investit, par bref du 22 août 1731, des pouvoirs

(1) Aniourd'hoi l'église paroissiale de St-Pierre.

(2) Dan» son rapport adressé au Saint Siège en 1730. Thomas-Philippe dit : . Episcopo quem habni in ponliflcalibus snffraganeo. sacntf . ordinationes publicas nunquam pennisi, et puWicam sacramenU confir- . mationis administralionem nunquam iUe fecit.nisi nna mecum m eodso • loco nbipronimio popuU ooncnrsu duobus simul epieoopis confimMU- . tibus opus fuit. . Mgr d'Espinosa avait été promu en 1787 au si^ épiscopal d'Anvers.

PREMLÈRB PÉRIODE. 97

êi administrateur apostolique pour le doyenné de Gheel; c'était la partie du diocèse de Bois-le-Duc que la paix de Munster avait laissée à la maison d'Autriche (i). Notre archevêque dirigea ce petit troupeau avec toute la prudence et la douceur dont ses propres ouailles éprouvaient les salutaires effets depuis seize ans. Notons, chemin faisant, qu'après sa mort le doyenné de Qheel fut soumis à l'administration successive de Van Qameren, Wellens et Nelis, derniers évoques d'Anvers.

En septembre 1738, le cardinal reprit pour la quatrième et dernière fois le chemin de la Ville étemelle, chargé d'une mission toute confidentielle par l'empereur Charles VI. Sur ces entrefaites, le pape Clément XII étantmort (6 février 1740), le conclave s'ouvrit bientôt, et le cardinal d'Alsace y entra l'un des premiers. Le 17 août, les suffrages se réunirent sur le docte cardinal Prosper Lambertini, archevêque de Bologne, qui régna sous le nom de Benoit XIV. Le registre autographe du scrutin qui se conserve encore aujourd'hui dans la riche bibliothèque du séminaire de'Malines, constate qu'un certain nombre de voix s'étaient portées sur notre cardinal.

Thomas-Philippe fut de retour dans la cité de la Dyle le 2 juillet 1741. Durant cette absence triennale, le diocèse avait été administré par quatre vicaires- généraux dont voici les noms : Jérôme Stevart, doyen du chapitre, Jean-François MelcAiory archidiacre, Benoit de Ruddere , alors chantre (plus tard prévôt), et le

(1) La plus grande partie du diocèse de fiois-le-Duc était abandonnée aux Provinces- Unies. Voir notre étude dans les Préeii hùioriqvei, 1878.

9 8 THOMAS-PHILIPPE d' ALSACE.

chanoine gradué Michel Holvoet, secrétaire de Tarehevêché, plus tard doyen du chapitre.

Durant son absence, il avait eu la douleur de perdre son frère aîné Charles-Louis-Antoine d'Alsace, prince de Chimay et du Saint-Empire, comte de Boussu et de Beaumont, etc., décédé à Bruxelles, le 4 février 1740. N'ayant pas de postérité, Charles-Louis-Antoine avait cédé la principauté de Chimay et les deux comtés à son frère cadet, Alexandre -Gabriel- Joseph (1737). Quant à Thomas-Philippe, il ne conserva de l'héritage paternel que ce qu'il fallait pour satisfaire aux besoins de son cœur d'évêque : le soulagement de l'indigence et la splendeur du culte divin étaient son ambition à lui.

xm.

Nos lecteurs n'ignorent pas contre quelles difficultés notre souveraine Marie-Thérèse eut à lutter au début de son règne (i). Attaquée de toutes parts, elle se vit sur le point de perdre ses Etats héréditaires, envahis par le roi de Prusse et l'électeur de Bavière. C'est dans ces circonstances qu'elle chargea l'archevêque de Malines de se rendre à Paris et de s'y mettre en rapport avec le cardinal Fleury, premier ministre de Louis XV (1741). Il s'agissait d'obtenir sinon l'alliance de la France, du moins la neutralité. Malheureusement cette mission diplomatique n'eut pas le résultat que Marie-Thérèse avait espéré. La cour de Versailles résolut inopinément d'appuyer l'électeur de Bavière et envoya ses armées

(1) La guerre pour la soccession d'Autriche dura de 1740 à 1748.

PREKIÈRB PÉRIODB. 99

en campagne sous les ordres du maréchal de Saxe. Au bout de quelque temps^ les Pays-Bas autrichiens se trouvèrent au pouvoir des Français. Bruxelles ouvrit ses portes, le 21 février 1 746 ; Malines se rendit, le 12 mai suivant; le 20, ce fut le tour d*Ânvers.

Louis XV fit son entrée à Malines, le 15 mai, et ordonna un Te Deum pour célébrer ses victoires. Entouré de son état-major et précédé de notre magistrature humiliée, il se dirigea à cheval vers la basilique métropolitaine et descendit sous le porche. C'est là qu*il fut reçu par le cardinal d'Alsace à la tête du clergé. L'histoire a conservé le discours concis mais significatif que le prélat osa adresser au fier vainqueur :

« Sire, le Dieu des armées est aussi le Dieu des mi- » séricordes. Fendant que Votre Majesté lui rend des 9» actions de grâces pour ses victoires, nous lui adres- 9» sons des vœux pour les faire cesser par une paix 99 prompte et durable. Le sang de Jésus-Christ est le 9» seul qui coule sur nos autels; tout autre nous alarme. 99 XJn prince de l'Eglise doit avoir le courage d'avouer 99 cette peur devant un roi très-chrétien, r»

Le roi répondit : « Monsieur le Cardinal, vos vœux 9» sont conformes à mes désirs qui ne tendent qu*à por- 99 ter mes ennemis à la paix. C'est Tunique but de » toutes mes démarches et le succès que j'attends de 9» tous mes efibrts. r> Après ces mots, le prélat lui présenta à baiser les reliques de la vraie croix attachées à un crucifix en argent. Puis le cortège royal se dirigea à travers la nef vers le chœur, et le cardinal entonna l'hymne ambrosienne. La cérémonie terminée, le monarque fut reconduit à la grande porte de la métropole

100 THOMAS-PHILIPPB d'aLSACL.

et se rendit à la Commanderie de Pitzenbourg, où il établit son quartier-général. La ville lui présenta, ainsi qu'à sa suite, les pots du vin d'honneur sur un char magnifiquement orné. Il fallait bien céder devant la force des armes et suivre les vieilles coutumes.

Le traité définitif de paix conclu à Aix-la-Chapelle, le 13 octobre 1748, restitua à l'Autriche tous les Pays- Bas catholiques, tels qu'elle les avait possédés avant la guerre. Le 25 janvier de l'année suivante, Malines vit avec une joie indescriptible les troupes françaises évacuer ses murs. Trois mois plus tard, le 23 avril, la ville de Bruxelles, délivrée à son tour, célébra l'inauguration de Charles-Alexandre de Lorraine, beau-frère de Marie - Thérèse , nommé gouverneur - général (i). Cétait un prince sage, loyal, populaire et véritablement digne de Tainour des Belges. L'archevêque l'aida puissamment, par son influence et ses lumières, à fermer les plaies de la patrie et à réparer peu à peu les ruines accumulées par la dernière guerre et la longue occupation française.

Dès Tan 1716, nous lavons déjà dit, Charles VI avait conféré à notre archevêque un siège de conseiller intime et actuel d'Etat. Marie-Thérèse et François I*" renouvelèrent cet honneur par lettres patentes du 24 et du 25 juin 1750. Après avoir rappelé les fidèles et

(1) EpOQZ de l'archidachesse Marie-Anne, sœor unique de Marie Thérèse. Il avait été appelé an gouvernement général des P.-B. par lettres patentes du 17 avril 1711.

constants services rendus au pays par Thomas-Philippe sons le roi Charles II et les empereurs Charles VI et Charles VII, mais particulièrement dans les dernier* temps. Leurs Majestés Impériales continuent : ^ Nousv » avons été témoins de ses grandes qualités ; nous avons » vu sa prudence extraordinaire, son savoir, la sainteté " de sa vie, son zèle distingué pour le bien commun '> de TEglise et de l'Etat, son dévouement sans bornes " pour LL. MM. II., son attachement au Saint-Empire " Romain... »

Le 15 octobre 1752, le clergé et la population de Malines célébrèrent, avec les plus vives démonstrations d'allégresse et d'amour, le cinquantième anniversaire de prêtrise de celui qu'un chronogramme du temp» appelait avec raison : MbChLInIae DëCor.

L'année précédente, le cardinal-archevêque, presque épuisé par l'âge et un asthme incommode, avait cru devoir demander un évêque-coadjuteur avec droit de i!UCcession. Marie-Thérèse désigna Christophe comte de Migazzi, auditeur du palais apostolique, camérier du Pape, chanoine de Trente et de Brixen. Benoit XIV donna les bulles d'institution à l'élu, en faisant de nouveau l'éloge du cardinal d'Alsace. Mgr Migazzi, consacré à Rome sous le titre d'archevêque de Carthage i.p. e. (1751), devint peu après nonce à la cour de Ferdinand VII, roi d'Espagne, et déposa la coadjutorie de Malines en 1757 (i). Thomas-Philippe continua donc, malgré ses infirmités, à remplir par lui-même toutes les fonctions de l'ordre épiscopal et visila toutes

(1) Voir la notice de Migazti dans TAppendioe an no II.

102 THOMAS-PHILIPPE d' ALSACE.

les paroisses de son diocèse, tant que ses forces le lui permirent. La mort seule devait mettre fin à ses travaux.

Thomas-Philippe fut Tun des plus illustres bienfaiteurs du séminaire archiépiscopal de Malines. C'est en grande partie de ses deniers que fut bâtie, en 1750-53, la nouvelle chapelle sous le vocable primitif de Saint- Michel, et que le séminaire prit la forme qu'il a encore actuellement, sauf les agrandissements considérables qui ont été faits sous Tépiscopat d*Engelbert Sterckx. La chapelle fut consacrée, le 23 juillet (1753), à la demande de Thomas-Philippe, par son suffragant, Guillaume Delvaulx, évéque d'Ypres. Le cardinal et divers membres du chapitre firent des legs en faveur de l'établissement, mais d'ordinaire avec la réserve expresse qu'en cas que leur libéralité ne pourrait s'appliquer à réducation du jeune clergé, elle fût appliquée à un autre objet que l'acte de fondation désigne.

Dans les premiers jours de l'an 1759, la cité de Malines était dans le deuil ; elle comprenait la grandeur de la perte dont elle était menacée. Le vénérable octogénaire, soufirant de plus en plus de l'asthme, était à l'extrémité et allait recevoir les sacrements des mourants. Le Saint-Sacrement était porté par le chanoine de Ruddere, prévôt du chapitre, sous un baldaquin que soutenaient quatre membres du magistrat ; les chanoines en corps, tout le clergé de la ville, les étudiants du séminaire et les élèves du collège de l'Oratoire, des

PBEinÈBE PÉRIODE. 103

représentants de toutes les familles nobles de la ville et une foule immense de fidèles formaient le cortège. Le cardinal, vêtu en prince de TEglise, attendait, agenouillé sur un prie-Dieu, la dernière visite que le Roi des rois venait lui faire ici-bas. Il reçut le Viatique et les onctions saintes avec son calme et sa piété ordinaires.

Le lendemain, les églises de la ville étaient encombrées de fidèles, accourus pour demander à Dieu le prolongement des jours précieux de Son Eminence. Ce jour- là, le malade parut soulagé, et il y eut une nouvelle lueur d*espoir. Mais dans la matinée du surlendemain les douleurs reprirent et le mal faisait d'heure en heure des progrès effrayants. Le cardinal, sentant que rinstant suprême approchait, demanda la bénédiction apostolique in articula mortis. Il ne cessa plus de s'occuper de Dieu, eu répétant les actes des vertus théologales, le Salve Regina et d'autres prières. A quatre heures et demie de relevée, on entendit le moribond dire à haute voix : Bon Jésus, soyez moi Jésus; sur quoi il remit son âme entre les mains du Créateur. C'était le 5 janvier 1759(1).

Il avait vécu soixante dix-neuf ans, deux mois et trois jours, gouverné l'Eglise de Malines durant l'espace de quarante-trois ans et porté la pourpre romaine pendant environ quarante ans. Depuis Tan 17S2 il était le doyen d'âge des cardinaux .prêtres.

Nous renonçons à peindre la consternation que la fatale nouvelle répandit partout. Les pauvres pleuraient

(1) Ik faGb obIIt MeChLInIab pbIDIb epIphanIab.

104 THOMAS-PHILIPPE d' ALSACE.

leur père, les riches leur conseiller, le clergé diocésain son zélé pasteur, l'abbaye d'Afflighem son chef et son guide exemplaire. Tous proclamaient que la Belgique comptait au ciel un intercesseur de plus.

La dépouille du cher défunt resta exposée pendant quelques jours dans une chapelle ardente du palais, où les fidèles émus s'empressèrent de venir contempler une dernière fois ses traits vénérés. Puis elle fut déposée, selon l'usage, dans la crypte des archevêques, directement sous la croix du maitre-autel et de la châsse de saint Rombaut. Nos yeux ont vu, nos mains ont touché respectueusement les restes du saint Cardinal, encore couverts des ornements pontificaux (10 décembre 1867), au moment où descendait dans la même crypte le cercueil du cardinal Engelbert Sterckx, de douce et glo* rieuse mémoire. Qu'ils y reposent en paix jusqu'au jour de la résurrection générale!

Les o&sèques solennelles de Thomas-Philippe furent célébrées à Malines, le 30 janvier, avec tout l'éclat qui était dû à son rang et à ses services. Le service pontifical fut célébré par Jean-Robert-Ghislain Caïmo, seizième évéque de Bruges. Par respect pour les dernières volontés du défunt, on avait défendu de placer autour du catafalque des inscriptions de noblesse et des armoiries de famille, pompeux témoignage du néant des choses humaines. (Jn panégyrique funèbre fut néanmoins prononcé, au nom du chapitre, par l'archidiacre Jean- François Foppens (i).

(1) Voici le titre de l'oraison fanèbre : aLucius Ecehsiaê Mwhlinienùi, « a die 6 janaarii' 1757, qao obiit Eminentisaimaa ao Rererendisaimiis

PREMIÂRB PÉRIODE. 105

Le testament du cardinal d'Alsace fut encore l'expression de sa piété et de son humilité. Après avoir recommandé son âme au Créateur et imploré Tintercession de la Vierge-Mère immaculée (quam immaculate concept am ex voto tenui, tenebo et asseram^ usquedum per JScclesiam licebit), il ajoutait : « Je proteste que » Dieu m'a donné la grâce de vivre et de vouloir mourir 9 dans la foi et la communion de la sainte Eglise cathor> lique^ apostolique et romaine. Je désire que mes » funérailles se fassent avec le moindre apparat possible 7i et selon qu'il semblera bon à mon chapitre métropolif> tain. Je désire qu'on n'expose aucune armoirie, qu'on 9 n'attache aux cierges aucun signe d'honneur. Je choisis » le lieu de ma sépulture auprès de mes prédécesseurs, y» dans le chœur de l'église de Saint-Rombaut ; et si r> mes exécuteurs testamentaires jugeaient à propos 9» d'élever une pierre funéraire sur ma tombe ou dans " tout autre lieu, je désire qu'elle ne dépasse pas " l'étendue de deux pieds carrés au plus et qu'elle porte » cette inscription : l^homas, 8. R. C, Cardinalia^ » Archiepiscopus. Miseremini met (i)... Je n'institue r> pas d'héritier, parce que tout ce que je posbède pro- » vient des bénéfices ecclésiastiques; ce qui restera n après le payement de mes dettes, je le lègue au sémi-

' Dominas D. Thomas- Philippas, 8. K. £. Cardinalis de Alsatia de

• Boassu, titoli S. Laurentii iu Lacina, prior Presbyterorum, IX kr- Ê chiepiscopus Mechliniensis, Primas Belgii, eleemosynarius ac paupe* < mm pater. Oratio alterum exhibens Carolum-Borromaeum. • In -fol. pp. 13.

(1) Saint Charles-Borromée arait fonnulé son épitaphe en ces termes :

• Charles, cardinal de Sainte-Prazède, archevêque de Milan, implore les ' prières du clergé et du peuple. •

106 THOMAS-PHILIPPE d'aLSACS.

» naire archiépiscopal de Malines, à charge d'un anniy» versaire. »

Le testament clos était du 29 avril 1788. Dans un codicille, signé de sa main Tavunt-veille de sa mort, le bon Cardinal ajouta quelques dispositions de reconnaissance pour les gens de sa maison et de modestes legs d'affection pour les enfants de feu son frère le prince Alexandre de Chimay et de feu sa sœur M°^ la marquise de Los-Rios (i). Il laissa à la piété de ses exécuteurs testamentaires, les chanoines Gilis et Deadon, le soin de régler ses obsèques et de faire célébrer des messes pour le repos de son âme (2).

Nous ne saurions nous séparer de Thomas-Philippe sans mentionner un témoignage bien glorieux pour sa mémoire et qui justifie la qualification de saint qu'on lui a donnée. L'un de ses confesseurs a témoigné que le Cardinal n'avait jamais perdu l'innocence du baptême et avait toujours montré une extrême horreur de toute faute vénielle délibérée : Peccatum mortale numquam commisit; ab omni peccato veniali voluntario sentper abhorruit.

Un recueil périodique de la Haye, annonçant le décès de Thomas- Philippe d'Alsace de Boussu, ajoutait cet

(1) Anne Ernestine d'Alsace de Hennin- Liétard, femfoe da marqaia François Los-Rios de Gordova, décédée à BraxeUes, le 17 mars 175é. Voir Wekelyki Nieuwsttyl Lopsn, vol. V, p. 204, et vol. VI» p. 106.

(3) Minute déclarée conforme à Foriginal par P. Broers, iVo/s R^.

(3) Lettre da 10 janvier 1759. Inédite.

FBEMIÈBE PÉRIODE. 107

éloge : ^ Fidèle imitateur des vertus des SS. Charles- Borromée et François de Sales, il s'est appliqué à remplir constamment comme eux tous les pénibles devoirs de Tépiscopal, sans qu'aucune considération humaine l'en ait jamais pu détourner. Entièrement attaché à son Eglise, il Ta construite et éclairée lui-même. Scrupuleux dans le choix des ministres des autels, il a toujours été présent aux examens théologaux. Sévèrement attentif à ne laisser glisser aucune erreur ou nouveauté dans son diocèse, il a toujours nourri le troupeau, confié à ses soins et à sa sollicitude pastorale, des maximes de la saine doctrine. La sainteté de ses mœurs, sa solide piété, sa charité envers les pauvres qui ne connaissait point de bornes, le rendront en même temps à jamais respectable à l'Eglise. Et nous en particulier nous regretterons sans cesse ce grand prélat que nous pleurons aujourd'hui avec tant d'amertume (i). »

L'abbaye d'Afilighem fit faire par N. Heylbrouck, graveur de S. M., un souvenir mortuaire avec l'inscription que voici :

Priez pour Son Ernivence Thomas Philip : d' Alsace de Boussu, S. B, E. Presb. Card. Tii. S. Lauren.

Archevesq. de Matines et : et :

JDecede le 5 janv. 1759. Aet. 79.

Pro pia

memoria

Affiigemium

eœcudifecit.

(I) Là Mercure hùiorique et politique de la Hollande (La Haye chez Scheorleer), mois de janvier 1759, pag. 98.

108 THOMAS-PHILIPPE d'aLSACE.

Les prévôt, doyen et chanoines du chapitre métropolitain se firent un devoir d'annoncer la triste nouvelle à Christophe Migazzi, archevêque de Vienne, autrefois coadjuteur du défunt. ^ L'Eoiinentissime et Révérendissime Cardinal d'Alsace, disaient-ils, est mort en odeur de sainteté (in communi apud nos omnea opiniane sanctitatia) . Nous osons vous supplier, monseigneur, de daigner venir au secours de notre Eglise, aujourd'hui veuve désolée, et de faire valoir sa puissante influence près de Tlmpératrice-Reine, notre auguste souveraine, et près de l'Empereur, afin que Sa Majesté nous donne un premier Pasteur qui suive les traces et les vertus de notre défunt Cardinal. "

Conformément à l'usage alors reçu, le gouvernement de Bruxelles demanda au chapitre de désigner trois candidats pour le siège vacant; mais la souveraine avait déjà fixé son choix sur le noble, pieux et savant Jean-Henri, comte de Franckenberg, doyen mitre de la collégiale d'Alt-Buntzlau. Migazzi fit part de cette nomination au collège des chanoines de Malines par lettre datée de Vienne, le 4 février. Nous la reproduisons à la suite de cette esquisse.

Le siège demeura vacant jusqu'au 22 septembre, jour de la prise de possession de Jean-Henri de Franckenberg. Dans l'intervalle le diocèse avait été gouverné par le prévôt du chapitre, Benoît de Ruddere, élu vicaire-capitulaire le 9 janvier. Ce haut dignitaire était aidé d'un conseil de huit assesseurs, tous licenciés en droit ou en théologie (i).

(1) Epitaphe dans l'église métropolitaine :

' D. 0. M. et memoriae Adm. Reverendi, Venerabilis et Amplissimi

Thomas- Philippe laissait à son successeur un diocèse heureux et florissant. Le jansénisme doctrinal, sans être complètement éteint, se voyait réduit à l'impuissance d'exciter de nouveaux troubles; le jansénisme pratique, cet esprit de religion farouche et froide, qui éloigne des sacrements, éteint dans les cœurs la vénération de la Mère de Dieu et rend le salut presque impossible, était répudié par les directeurs des consciences et par les fidèles. L'éducation des jeunes lévites était confiée à des mattres de doctrine sûre et de vie exemplaire. Le chapitre de l'église métropolitaine et ceux des collégiales comptaient dans leur sein des hommes distingués. L'esprit religieux du peuple des campagnes et des villes était entretenu par le zèle et la piété du clergé séculier, et celui-ci était puissamment aidé dans ses efforts par divers ordres religieux^ nommément par les fils de saint François d'Assise, de saint Dominique et de saint Ignace. Les antiques abbayes bénédictines d'Afilighem, de Grammont, d'Eename et de Vlierbeek, les abbayes norbertines d*Averbodje, de Berne (à Vilvorde), de Parc lez-Louvain,de Dilighem (Jette), de Grimberghe, de Ninove et d'Heylissem, l'abbaye noble des chanoines

Dni Benedicti de Raddere, Alostani, J. U. L., Ecoleaiae Metrop. S. Ramoldi Canonici per annoa 41, ejusdemque Cantoris per an. 20, dein Praepositi annis 16, qui Emo Dno Thomae S. R. £. Cardinali Archiep. Mechl. fuit a secretis plaribns annis, deniqae archidioeceais Mechl. Vicarias Qeneralis prudentisaimua; a^ aet. 75 pie obdormivit in Domino SI Angoati 1761. R. I. P. •

110 THOMAS-PHILIPPB d'aLSACB,

réguliers de Sainte-Gertrude à Louvain, pour ne mentionner que les grandes communautés d'hommes, montraient le meilleur esprit dans l'observance de la discipline mitigée que les temps y avaient introduite.

Les évêchés circon voisins présentaient un spectacle non moins consolant. Des évèques, respectables par leurs talents et leurs vertus, occupaient les sièges : CaimOj à Bruges ; Delvaulœ, à Ypres ; Van der Noot^ à Gand; Van Ganter en ^ à Anvers; Robiano^ à Rure«« monde; Berlo de Franc-Douaire, à Namur; le comte de Salm-Reifferscheidt, à Tournai (i). La controverse du quesnellisme était étouffée et la foi vivante partout. Jamais peut-être l'Eglise, en Belgique, n'avait vu des jours plus calmes et plus heureux (2).

Tout le pays, reposant sur ses franchises locales et ses constitutions historiques, jouissait d*une paix profonde et d*une haute prospérité, sous le sceptre de la religieuse Marie-Thérèse et la paternelle administration de Charles de Lorraine (3). Mais Joseph II était au monde (depuis 1741), et la chancellerie de cour se trouvait aux mains du prince de Kaunitz-Rietberg. Ces deux hommes allaient raviver le despotisme césaréen et méditaient de faire une Eglise esclave dans un Etat absolu. L'indigne fils de Tempereur François 1^ et de

(1) Le cardinal Jean-Théodore de Bavière, frère de remperear Charles VU, était évêque de Liège, de Freisingen et de Ratisboane. U moDrot en 1763 et eut pour successeur, à Liège, le comte d'Oui tremont.

(2) Sauf néanmoins les tracasseries gouTcrnementales dont nous avons parlé dans l'Introduction.

(3) Pour s'en convaincre, il faut lire le tableau de la situation de la Belgique à la mort de Marie-Thérèse, tracé de la main de M, Qachard, dans la Revue de Bnxâlks, livraison d'août 1837.

PBEMliBE FÉBIODE. 111

Marie-Thérèse, appuyé sur les traditions absolutistes de ses prédécesseurs et sur les maximes fébroniennes, eut le triste honneur de donner son nom à cette doctrine hberticide. Nous verrons les agissements du Joséphiame dans la vie de Jean-Henri de Franckenberg, dernier archevêque de Malines de la première période.

APPENDICE

••II. *'i'«'

Extraits du rapport quadriennal adressé au 8. Siège, en 1730.

En 1721, le cardinal d'Alsace avait fait la visite personnelle ad Limina et rendu compte, à cette occasion, de Tétat de son diocèse. D'après la loi de Sixte-Quint, la seconde visite aurait dû avoir lieu en 1725 ou 1726; mais le cardinal ayant été dispensé de la faire, écrivit un long rapport {Relatio status) qui fut soumis en 1730 à la Congrégation du Concile par le chanoine Casali, muni de sa procuration. Le texte latin de ce document se lit intégralement dans les ÀnaUctes pour servir à l'histoire ecclésiastique de Belgique (Louvain 1875), tomeXII.

Nous faisons quelques extraits du rapport de 1780.

Parlant de l' Université de Louvain^ le cardinal dit : « Même sous mon épiscopat, bon nombre de docteurs et de professeurs étaient infectés de l'hérésie de Jansénius ; mais plusieurs d'entre eux étant convertis ou morts, les quelques jansénistes qui restaient se sont retirés en Hollande. Dans la Faculté de théologie qui m'a choisi pour protecteur, tous les docteurs sont attachés à la saine doctrine et obéissent sincèrement aux constitutions apostoliques; ils gardent inviolablement la pureté de foi et font jurer le formulaire alexandrin, selon la constitution Vineam Domini, à tous ceux qui doivent être promus aux grades académiques. Ils défendent aussi généreusement et fructueusement la bulle Unigenitus. u Ghap. I.

PREHIÂRB PÉRIODE. 113

Dans le Chapitre II où il s'agit da chef da diocèse, iious lisons : '/ Comme tous les ordinaires de la Belgique, l'Ârcfae- ?êque rencontre beaucoup de difficultés dans l'exercice de sa' juridiction, dans la défense de la liberté et de l'inununité ecclésiastiques. Quant à la célébration des synodes, depuis plus d'an siècle (depuU 1610), elle a été interrompue nonseulement dans le diocèse de Malines, mais dans la Belgique entière. Cette interruption doit être attribuée en partie au jansénisme et au quesnellisme qui, pendant SQ^ans et au-delà, ont mis la division dans le clergé belge, et en partie aux obstacles que suscitent les agents du gouvernement; les réunions des évéques et des personnes ecclésiastiques sont, sans motif aucun, suspectes à leurs yeux. Au défaut de synodes diocésains on tâche de remédier par des lettres pastorales (i). »

Voici le témoignage que notre cardinal rend au clergé séculier et au peuple : /» Les mœurs du clergé diocésain sont dignes da sacerdoce. Les nonces apostoliques qui connaissent le pays attestent combien le clergé est soumis, modeste, laborieux, édifiant, zélé pour le salut des âmes et pour la splendeur de la maison de Dieu. » (Chap. III). — // Le peuple, sans doute, a ses défauts ; mais, généralement parlant, nos fidèles sont dévoués à la piété et fréquentent avec zèle les offices divins. Ils aiment beaucoup la splendeur du culte et la richesse des églises, et se font inscrire en grand nombre dans les confréries et congrégations ; de môme ils contribuent largement de leurs bourses pour l'ornementation des églises du clergé séculier et

(1) Dans son rapport de 1761, Jean Henri de Franckenberg s'exprime ainsi : » Dans rexercice de la juridiction ecclésiastique, TArchevêque et et les antreS'^Eyêques de la Belgique rencontrent beaucoup d'entraves de la part des ministres royaux et des parlements, qui leur opposent son* vent les privilèges comme ils disent du pays... Depuis près de deux siècles, les synodes ont été interrompus, ce qu'il faut attribuer aux ministres royaux qui ont toujours tenu pour suspectes, quoique sans motifs, les réunions des évoques et des personnes ecclésiastiques. •

114> THOMAS- PHILIPPE d'aLSACE.

du clergé régulier, poar les sermons, les messes et le salut. Mais je dois louer surtout leur attachement à la foi catholique et leur fermeté pour la défendre. Us ont horreur de toute nouveauté et une sainte haine pour les calvinistes, nos voisins. Je dois aussi me réjouir que tout le peuple^ à l'exception de quelques demi-savants {qui siài scioli videntur), soit resté par du venin de Jansénius et de Quesnel. J'en trouve une preuve dans l'indignation des habitants de Malines contre/ le pléban de Saint-Kombaut (Guillaume Van Rooêt) , homme obstiné dans l'erreur que j'ai dû excommunier et déposer, et qui est aujourd'hui fugitif (i). « (Chap. VII.)

Le chapitre VIII du rapport de 1780 expose au long les incroyables entraves que le pouvoir séculier mettait à l'exercice normal de la juridiction ecclésiastique et du droit d'asile dans les Pays-Bas autrichiens.

Le cardinal Migazzi^ nommé coadjuteur de Malines. — 8a correspondanee avec le chapitre métropolitain de Malines au sujet de la mort du cardinal Thomas-Philippe cF Alsace^ et de U nomination de son successeur au siège de Malines.

Christophe- Barthélemi- Antoine Migazzi, des comtes de Vallor et de Solothurn, né à Trente, le 20 octobre 1714, nommé archevêque de Carthage in partions et coadjuteur de Thomas«PhiIippe d'Alsace avec droit de future succession, fut consacré à Bome, le 10 octobre 1751, dans l'église du Collège

(1) Van Roost, privé de sa prébende de chanoine et de la plébanie par sentence archiépiscopale da 28 août 1738, allait être mis en lieu sûr, conformément an droit reça, lorsqu'il se retira précipitamment sar le territoire des Provinces-Unies. Il mourat, méprisé de tous, le 8S février 1746, au village d'Ejckendoynen, non loin de La Haye.

Germanique où il a^ait fait ses hautes études. Il partit pour Tienne où Marie-Thérèse le créa conseiller d'Etat intime et actuel et l'envoya en ambassade auprès de Ferdinand VI, roi d'Espagne. Il quitta la capitale d'Autriche, le 7 février 1752, et arriva le 29 suivant à Matines, où ses bulles de coadjuteur, placetées le 28 janvier, avaient été lues et acceptées par le chapitre métropolitain, le 11 février. Le 8 mars, il reprit sa route vers l'Espagne d'où il ne revint à Malines que le 3 novembre 1756. Il ne revint que pour dire adieu à l'Eglise archiépiscopale qui lui avait été destinée. Le 20 septem^bre précédent, il avait été préconisé au siège de Waitsen (Vacia) en Hongrie ; le 22 mai de l'an 1757, il fut transféré au siège archiépiscopal de Vienne. Dans le consistoire du 23 novembre 1761, Clément XIII l' éleva au cardinalat.

Sous le règne de Joseph II, le cardinal Migazzi fut l'un des prélats les plus zélés et les plus courageux de l'Empire. Il décéda à Vienne, le 14 avrif 1803, laissant un nom historique.

Cest surtout aux recommandations de Migazzi qu'a été due la promotion de Jean Henri de Franckenberg à la chaire prématiale de Malines. Nous faisons suivre la lettre qu'il écrivit, le 4 février 1759, à notre chapitre métropolitain, ainsi que la réponse des chanoines.

u Beverendissimi, Prsenobiles ac Doctissimi Domini,

M Mcestissimum nuncium, quem de morte magni ac singularis vestri Pontificis publico rumore accepimns, humanissimse litterœ vestrse ad Nos exaratœ nuperrime confirmarunt. Cum primum illum a vobis avulsum fuisse intelleximus, nuUum sane doloris argumentum fuit, quod se Nobis continuo non objecerit, quoque vehementer perculsi non fuerimus. Gommunis Nobis vobiscum accum optimo quoque lugendi caussa fuit, quod Ecclesia patriaque vestra illius^^viri jacturam fecerint, qui plurimis ani^is utilitatem et commoda Religionis suorumque civium ingenti cum fructu ac ita promovit, ut amantissimum

116 THOMAS-PHILIPPE d'aLSACE.

illos amîsisse parentern atque tulorem neroo non intelligat. Ejus virlutes prseclarissimaque gesia tam illustri loco sont, ut universas Ëuropœ nationes minime lateant, easqae in sui admirationem jam pridem ràpoerint, se felices vos preedicaverint, quibus tantus ac divinus quasi Prœsul obtigerat. Perfecti enim absolatique Pastoris imaginem in ipso çxpressam habuimas, qiiœ primorum Ecclesiœ temporum sanctissimos Episcopos in memoriam revocabat.

// Ad f jusmodi communes et publiées doloris caussas pnVaUe meœ rationes accedunt : quœ me maximopere commoveant necesse est, nisi omnis grati animi sensus in me extinctus esse videatur. Vos enim optime nostis, qui demortui in me fuerit amor, t]U8e nos inter fuerit necessitudo, quee bénéficia in me contulerit; ut illum non solum Patroni munifîci et liberalis, sed Parentis optimi loco semper habuerim et observaverim. Si ergo doloris mei acerbitatem a^ipea erga illum pietate metiri non gravamini, facilius eamdem vos ipsi intelligetis, qaam verbis a me possit explicari.

" Nihil honorifîcentius mibi unquam acoidisse existimabo quam a tanto viro adjutorem muneris sui electum atque opéra sua effectum esse, ut Summus Pontifex, annnente HunganV Bohemiœque Regina Augusta, electionem confîrm^rit. Ei quidem tempora consecuta sunt, ut vinculum quo Ecclesise vestree adstrictus eram, ruptum dissolutumque sit; de meo tamen erga vos^ Ecclesiamque vestram studio nunquam aliquid fuit diminutum. Nihilque contendam magis, quam ut et vos ipsi agnoscatis, et reliqui omnes intelligant, me cum Ecclesies vestrœ administratione amicissimum erga illam animum non deposuisse.

/' Princeps vestra Augusta non mediocriter affecta fuit, dom EminentissimumCardinalem vita excessisse percepit; magnamque in eo curam posuit, ut talis ei succederet qui sanctissim' pjœstantissimique Archiepiscopi vestri vestigiis diligenter inheereret, exempla sectaretur accurate, et quœ prœclare pro

PE£.MIÈR£ PÉRIODE. 117

Ecclesia Dei , archidiœcesi , patriaqoe vestra ab ipso gesta svint^ sedulo coaservaret^ studiose fovereti strenue fortiierque tueretur. Is est Cornes aFranekenberg, illustri e gente oriundus, qui in eodem Sancti Apollinaris collegiOi in quo defunctus prima ecclesiasticœ disciplinée rudimenta posnil, samma cum lande versatus est; in patriam redux animum snum ab omni alia cogilatione ad eas prsecipne tradaxit quse ecclesiasticum virum, pium, gravem, doctum^ comem et hamanum formarent ac perficerent. Hocque vobis doloris vestri meique justissimi levamen non médiocre esse debet^ eum vos Àntistitem adeptes esse^ de qno non solum bene sperare^sed confidere possitis, eom talero futurum, qualem cognitum vobis annunciamus.

'/ Qaamvis Cardinalis animam ex ea, quse diligentibas se praeparavit prœroia Deus, uberrime accepisse peractœ ejus vitae ratio atque inslitutio certos nos esse jubeat; minime tamen comroittemas, ut aliqaod religionis officinm a Nobis desideretor, supremumqae bonornm omnium Largitorem euixe rogamus^ ut pacem suam, quse exsuperat omnem sensum, bénigne v^bis impertiri, gratiseque subb thesauros in vos cumulatissime dignetur effundere, Atque omni cum existimalione maneo

tt Beverendissimarum^ Prœnobilium ac Doctissimarum Dominationum Yestrarum addictissimus.

/' C. Archiepus ViennedsiSi S, B. I. Pps.

» Viennœ 4 Februarii 1759. «

Réponse du chapitre métropolitain à la lettre précédente :

il Celsissime ac Beverendissime Princeps^

/' In omni tribulatione nostra nos consolaiae sunt supra quam dici potest litterae humanissimae^ a Celsitudine Tua ad Capitulum nostrum Metropolitarum destinatae. £x his summa animi voluptate perspeximus, paternum erga nos^ clientes suos, affectnm hactenus haud interrnptum. Et Te quidem, Celsissime Princeps^ Coadjutorem Eminentissimi Cardinalis Archie-

118 THOMAS -PHILIPPE d' ALSACE.

piscopi nostri piiss. mem. designatum, jure saccessionis futarum Patrem alterom, certa cum fiducia expectabamus. Sed, qaamvis per sabsecuta tempora aliter disposuerit divina Providentia^ nostrae tamen perennis erga Gelsitudinem Tuam observantiae viaculum nullo unqaam tempore disrumpetur. Et qaem Patrem obtinere non licuit, Patronun^ semper ac Protectorem colendissimum venerabimur, tuumqae praesidium pro bono Ecclesiae ac Metropolitani Gapitoli, totiusque Archidioesis hujus indesinenter implorabimus.

// Accedit altéra^ et sane non minor^ gratitudinis nostrae ratio^ qaod sub aaspiciis vestris Augusta Imperatrix Regina Apostolica novom viduatae Ecclesiae nostrae Archiepiscopaoïi totiusque Inferioris Qermaniae Primatem^ concedere dignata sit lUmum Dominnm Comitem a Franckenberg^ virum secandum cor Dei^ in benignissimis litteris vestris tam praeclaro encomio «eHuntiatum. Opus, quod mediante Begina nostra pro nobis operatus est Dominus^ id ipsum quoque opas taum, cea paterni affectus novam tesseram, gratanter agnoscimus. £t quod plaine futurum confidimus, Deus illud per gratiam suam confirmabit consolidabitque^ ut tandem aliquando tristitia nostra in gaudium convertatur. Novum hune Antistitem de mana vestra pari observantia et affectu suscipiemus^ qua patrem nos* trum praedileciumCardinalem Arcbiepiscopum semper suspexi* mus ac veuerati sumus. Gratias itaque de.plenitudine cordis réitérantes, Deum Opt. Max. obnixe rogare non desinemus, ut Te, Princeps Celsissime, ad bonum Ecclesiae ac Beipublicae universae, et Illustrissimum Neo-electum Antistitem ad spéciale bonom Ecclesiae Mechliniensis, quam diutissime ser-> vet incolumes. Gui veto venerabundi subscribimur

u Celsitudinis vestrae

Humillimi atque obedientissimi famuli /

atque clientes.

u Praepositus, Decauus, etc.

Noas avons copié cette lettre sur la minute originale, écrite de la main de rarchidiacre Foppens.

Au début du mois d'avril 17 59, Foppens demanda, par lettre privée à Migazzi, quelques détails sur la naissance et les précédents du comte de Franc kenberg. Migazzi lui répondit, par lettre datée de Nicolsburg le 9 juillet, en donnant tons les renseignements désirés. Voici la réponse :

'/ Admodum Beverende, Nobilis et Clarissime Domine, Domiuationis vestrae multum Kev^*^ litteras jam pridem accepi, sed adversa valetudine impeditus citius respoudere non potui. Capit a me D. Y. M. B^* statum tum nobilissimae familiae de Franekenberg, tum privatam vitae rationem ornamentaque Arcbi-Praesulis vestri edoceri. Paucis satisfaciam.

A Atque \xi ab ultimo incipiam, est ille summo loco in Silesia natas. Puer aahuc, graves et viro ecclesiastico dignos jam mores prae se tulit, nibilque in votis habebat magis, quam se totum Deo et Ecclesiae dicare. Etsi non quidem gentis, sed fitipitis sui postremus esset, poterat sane magnos splendidosque bonores in republica et aula sibi poUiceri. Sed posthabito omni saeculannm titulorum ambitu, spretisque civilis reipablicae amplissimis magistratibus, Ecclesiae Wratislaviensi se totum addixit, cnjus sacerdotfum sen canonicatum obtinuit» /' Bomam deinde ad coUegium S^ ApoUinaris contendit, in quo non mediocria pietatis, prudentiae scientiaeque monnmenta, magnamque nominis sui famam post se reliquit.

A In patriam redux, quae ecclesiasticum virum unice décent, occnpationes amplexus et prosecutus est. Saepius adpopulum^ ingenti cum fructu nec minore cum admiratione, in hac impe* riali regiaque civitate dixit. Decanus vero coUegiatae ecclesiae 8S» Cosmae et Damiani Yetero-Boleslaviae renunciatus, omnem cnram et diligentiam in procuranda animarum salute posuit. A dignitatum ambitu maxime alienus, eas quidem oblatas admisit, quaesivit vero numqnam. Unde facile intelliges, Vir Amplissime et admodum Bev^^ non honoris sed laboris, et proximorum utilitatis cupidum, vestrum Antistitem esse.

120 THOMAS-PHlLiPPE d'aLSACE.

Il Factam etiam inde est^ quod Augasta tam praeclaram de ipso opinionem conceperit^ at eumdein jam aliqaot ante annos Reginae - Radesciensis in Bohemia episcopum designaverit. Morum suavitate^ comitate et eleganiia^ ita omnium animos sibi devinxit, ut Pragensis civitas universa illum »bi a?elli vehementissime doluerit. In sacris litteris, praeclarissimaramque artium studiis optimis assidue versatus, Âpostoli praeceptnm cnmulatissime ezplevit. Quanta igitur virtutis et doctrinae laus in Antistite vestro sit^ peracta ejus vitae ratio uberrime manifestât.

Il Venio ad alterum epistolae caput. Prosapiae ejus illustria documenta, praestantissimosque majores hic recensere si velim, longa nimis esset enuroeratio. Celeberrima ejusmodi gens, in Franconia, Polonia et Silesia diffusa a plurimis jam saeculis, nnllos non honorum gradus obtinuit, ac summos magistratus occupait.

'/ Maternum vero ducit genns è Comitibus deKienburg(l). Habuit familia haec très Archiepiscopos Salisburgenses, qoos inter Maximilianus Oandolphus, Sac. Bom, Ecclesiae Cardi* nalis ; aller vero Pragensis Archiepiscopus fuit.

1 Avia Archiepiacopi vestri Comes ab Harrach ezstitit. Ne- ' pos Francisci Archiepiscopi Salisburgensis ; Pronepos vero Ernesti Cardinalis et Archiepiscopi Pragensis.

w Hic habetis Antistitis vcbtri imaginem, prosapiaeque ejus décora ; quae si minus ^cçurate artis coloribûs expressa, ad veritatem certo scripta est. Neque superbe a me dictum existimes, si contendo, non amantis, sed de rébus recte judicantis testimonium esse.

" Ad decimamquintam hujus in sacello imperatorio Schœnbruniano Illum consecrabo, Pallioque donabo, cum Augosti Principes nostri coram esse veliiit ; quae non mediocris exis* timationis et benevolentiae significatio est.

(1) Liaes : Knhnberg.

FEEMIÈBE FÈ&IODB. 121

/' Spero me Tibi hisce satisfecisse. Cupio quidem certe, De.us Te incolumem servet ; et vale.

// Datum NicoUburgiy die 9 Julii 1759.

/« Addiclissimus C, Ârchiepus Yienniensis.

(Superâcriptio) :

u Admodum Beverendo et Amplissimo Domino Canonico Seniori Metropolitanae et Primatialis Ecclesiae Mecblinienais. Mechliniam. »

DiUsi jusiiiiam, êi odivi i»iquiiaUm:

propiâfM morior in exilio.

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