Notre-Dame de Melle^ au doyenné d*Oordeghem
4. Roosendael, Roo-Klooster^ Rouge Cloître, sous la paroisse de Watermael, au doyenné est de Bruxelles.
5. Sainte-Marie de Zeven-Borren^ Sept-Fontaines, à Rode- St-Genèse, sous le doyenné de Leeuw Saint-Pierre.
6. Sainte-Marie de Groenendael, Val- Vert ou Vauvert, sous Hoeylaert, doyenné est de Bruxelles, monastère fondé en 1345 par le vénérable Jean de Ruysbroeck.
7. Val des Écoliers à Leeuw Saint-Léonard (Léau), au doyenné de Leeuw St-Léonard.
8. Notre-Dame d'Hanswyck. Ce prieuré, commencé à Huysen vers 1266, fut transféré dans la ville de Malines en 1578, à la suite de la destruction du monastère primitif par les calvinistes et leurs adhérents.
Il y avait en outre vingt communautés de chanoinesses de Saint-Augustin établies dans diverses localités, à savoir :
Anchot : Sint-Nicolaes-Berg.
Bruxelles : Berlaymont, Saiote-Élisabeth, Sainte-Gei*trude, Jéricho, Lotharingie, Sainte-Marie-Madeleine.
Diest : Lotharingie, Mariendael.
Louvain : Dames Blanches, Sainte-Monique, Sainte-Ursule.
Malines : Bëthanie, Thabor et Blydenberg ou Mont-Sion.
Sichem : Notre-Dame d'Else.
Tirlemont : Sainte-Agnès ou prieuré de Lubbeek, Barberendael. Dames Blanches.
Vilvfrde : Sion.
VIL — Aulres maisons religieuses. — Béguinages, — Oratoire du cardinal de BéruUe,
Paisons la simple énumération des autres maisons religieuses disséminées dans le diocèse.
Couvents d'hommes.
Alexiens ou frères cellites^ voués au service des infirmes et des aliénés : Bruxelles, Diest, Louvain, Malines, Tirlemont.
Augustins : Collèges d'humanités dans les mêmes villes.
Bogards : Ârschot, Bruxelles, Diest, Leeuw Saint- Léonard, Louvain, Ophem, Tirlemont.
Capucins : Âlost, Ârschot, Bruxelles, Tervuren , Louvain, Malines, Tirlemont.
Carmes Chaussés ou mitigés : Âlost, Bruxelles, Grammont, Louvain, Malines, Tirlemont, Muyle sous Liedekerke (doyenné d'Alost) et Bottelaer (doyenné d'Oordeghem).
Carmes déchaussés : Bruxelles, Malines, Louvain (deux couvents), Nethene lez-Louvain.
Célestins : Heverlé lez-Louvain.
Chartreux : Bruxelles, Louvain , Sinte-Martens-Bosch sous h paroisse de Lierde près Grammont.
Dominicains : Bruxelles, Louvain (trois couvents), Malines, fbrét Raspaille lez-Grammont, Vilvorde.
Guillelmites : Âlost, couvent de St-Ursmar.
Jésuites : Âlost, Bruxelles, Louvain, Malines.
Minimes : Ânderlecht, Bruxelles, Grammont, Louvain.
Oratoriens de St-Philippe de Néri : Mont>Âigu ou Scherpenheuvel.
Oratoriens de Bét*ulle : Bruxelles, Louvain, Malines, Re~ naix.
Récollets : Bootendael, Bruxelles, Diest, Louvain (deux couvents), Malines, Tirlemont.
Couvents de femmes.
Annonciades : Âlost, Bruxelles, Louvain, Tirlemont.
Apostolines : Malines.
Brigitines ; Bruxelles.
Capucines : Bruxelles.
Carmélites chaussées : Vîlvorde (Ten Troost).
Carmélites déchaussées ou Thérésiennes : Âlost, Bruxelles, Louvain, Malines, Vîlvorde, Willebroeck.
Clarisses Riches ou Urbanistes : Bruxelles, Louvain, Malines.
Coletines ou Clarisses pauvres : Bruxelles, Malines.
Dominicaines : Âuderghera lez-Bruxelles, Bruxelles (couvent de sœurs anglaises), Louvain.
Hospitalières^ sœurs de la règle de St-Âugustin, pour le service des malades dans les hôpitaux : Âlost, Âerschot, Âssche, Berchem sur TEscaut, Bruxelles, Diest, Grammont, Louvain, Malines, Ninove, Rebecq, Renaix, Schoorisse ou Escornaix, Tirlemont, Vîlvorde.
Maricolles i Malines, Louvain.
Sœurs grises, du troisième ordre de Saint-François d'Assise: Diest, Grammont, Leeuw Saint- Léonard, Louvain, Ninove, Tirlemont, Velsicke.
Sœurs noires, de la règle de saint Augustin : Âlost, Bruxelles, Louvain, Malines, Renaix.
Ursulines, vouées à Tinstruction de jeunes demoiselles: Bruxelles, Louvain, Malines.
Visitandines : Bruxelles.
Zieke-Lieden, léproseries à Terbank lez-Louvaiti, à Bruxelles et à Malines.
Comme les autres diocèses^ celui de Malines renfermait plusieurs béguinages oweours de béguines; on les trouvait à Alost, Anderlecht^ Arschot^ Bruxelles (grand- et petit-béguinages), DiestjGrammont^Leeuw Saint-Léonard, Louvain(grand- et petitbéguinages) Malines (grand- et petit-uéguinages), Tirlemont, Vil?orde; ensemble : quatorze cours. — Dans tous les temps, cette institution toute nationale a joui, parmi nous, d'une estime singulière et même de la protection spéciale du pouvoir
Les abbayes et la plupart des monastères d'hommes et de femmes, dont la fondation était antérieure au xvi® siècle, étaient exempts de la juridiction épiscopale et soumis immédiatement au Saint-Siège. Les exemptions trop multipliées ont parfois été nuisibles à la bonne discipline; aussi le concile de Trente, sans les abroger entièrement, y mit-il de justes bornes.
Le chef du diocèse ou ses vicaires -généraux donnaient la juridiction aux confesseurs ou directeurs spirituels de religieuses, quoique d'ordinaire les confesseurs réguliers fussent nommés diiectement par leurs supérieurs réguliers.
Nous ne pouvons terminer cette partie de notre Introduction, sans faire connaître brièvement une excellente congrégation, mais dont quelques membres ont joué, dans le diocèse, un rôle qui ne fut pas toujours bienfaisant. Nous voulons parler de V Oratoire de Jésus, fondé par Bérulle et introduit en Belgique sous l'épiscopat de Jacques Boonen, comme nous verrons plus loin.
On sait que le cardinal de Bérulle créa à Paris, en 1611, une congrégation de prêtres séculiers eonnue sous le nom à* Oratoire de Jésus. Il en fut le premier supérieur (proepositus) général. Le but de l'institut était la prédication, les confes-
siens, la conduite spirituelle des religieuses, Finstruction catéchistique des enfants, le ministère pastoral dans les paroisses et l'enseignement delà jeunesse dans les belles-lettres.
Décédé à Paris, le 2 octobre 1629, BéruUe eut pour premier successeur le P. Charles de Condren, le saint de la congrégation (1), mort en 1641. Le P* François Bonrgoing, troisième supérieur général, quitta la terre en 1661 et fut remplacé en 1662 par le P. François Sénault, né à Anvers de parents français expatriés à ^occasion de la Ligue. Le P. Bourgoing avait établi l'Oratoire à Louvain, à Malines et à Bruxelles. Dans son oraison funèbre, prononcée par Bossnet, nous lisons : n Les évêques des Pays-Bas l'appellent, et ces provinces si florissantes lui doivent l'établissement de tant de maisons qui ont consolé leurs pauvres, humilié leurs riches, instruit leurs peuples, sanctifié leurs prêtres, et répandu bien loin aux environs la bonne odeur de Jésus-Christ, n L'éloge est vrai à certains égards; mais le grand orateur n'ajoute pas que ces maisons ont concouru aussi à répandre aux Pays- Bas la mauvaise odeur de Jansenius et de Quesnel.
Bérulle, Condren et Bourgoing avaient été très-sincèrement attachés aux saines doctrines; mais, malgré leur vigilance, l'hérésie n'avait pas tardé à trouver des adeptes dans leur institut. L'abbé de Saint-Cyran, l'ennemi mortel des jésuites, vivait trop près des oratorieus en France ; et Jansenius, pendant son séjour à Paris, s'y était lié avec quelques oratoriena de renom qui n'eurent pas de peine à le raffermir dans ses opinions personnelles sur la grâce et dans sa résolution de faire la guerre au molinisme des jésuites. Lorsque YAuguètinuê vit le jour, le P. Bourgoing n'épargna rien pour sovistraire l'Oratoire à Tinfluence du prétendu augusiianisme de l'évéque d'Ipres. Malheureusement son autorité n'était pas assez forte
(1) Thomassin en fut le théologien et l'éradit ; Malebranche en fat le philosophe.
8ur des sujets qui n'étaient pas engagés par des vœux et formaient une association plutôt qu'un ordre religieux. L'entente entre Saint-Cyran et l'Oratoire devint peu à peu plus intime. Dès le 29 juin 1657^ Tannée même où Quesnel a'affilia à la Congrégation^ le P. Bourgoing avait écrit une lettre circulaire qui obligeait ses subordonnés à signer le Formulaire d'Alexandre VII ; cette lettre vexa considérablement la majorité et fit bien voir où l'on était déjà (1). Quelques Pères janêénisauis désertèrent spontanément l'Oratoire ; d'autres en furent éliminés par leurs supérieurs ; plusieurs j restèrent^ sans défendre ouvertement, mais aussi sans abjurer les nouveautés doctrinales. L'assemblée générale, tenue à Paris en 1678, défendit aux Pères d'enseigner les opinions proscrites dans Bains et dans Jansenius, défense qui provoqua de nouveaux scandales et de nouvelles désertions. Le trop fameux Quesnel se réfugia en Belgique (1685) où il communiqua aux oratoriens son esprit d'opposition à Bome et sa haine de la Compagnie de Jésus.
Il est fâcheux de dire que c'est dans l'Oratoire de Jésus que le jansénisme et le quesnellisme ont toujours trouvé le plus de sympathie et d'appui, non-seulement en France, mais aussi en Belgique. Après la promulgation de la bulle Unige' nUus qui anathématisa les Réflexions morales de l'opiniâtre Quesnel, ce furent encore des oratoriens qui parurent au premier rang dans le camp des apjtelanls. Le lecteur s'en convaincra, en lisant les pages que nous consacrons à l'histoire de Thomas-Philippe d'Alsace, neuvième archevêque de Malines.
(1) Le P. De Swert, chroniqueur (anonyme) de l'Oratoire, fait du P. Bourgoing un éloge où perce la mauvaise humeur du sectaire : «Vir oui plurimum débet hoc Congregatio, tametsi ultimis anois mulia ab eo tit passa. ■ Chron. p. 106.
64 INTRODUCTION DE LA PRE.vllÈRE PÉRIODE.
VIII. — Situation de V Église en Belgique vie-à-vie de l'État depuis lbb9 Jusqu'en 1800.
On ne comprendrait guère la vie publique de nos archevêques et de leurs suffragants, si Ton n'avait pas une idée juste et assez complète de la situation de l'Eglise en Belgique visà-vis du gouvernement civil.
it La religion catholique, apostolique et romaine est la religion de l'Etat, a Tel était le principe constitutionnel, et ce principe n'était, au fond, que l'expression des mœurs nationales. La religion, comme la liberté, est écrite, es cœurs des Belges ; toute leur histoire l'atteste.
Far malheur, la pratique des gouvernants était trop souvent en contradiction avec la théorie. Ce que l'on appelle " l'ancien régime, le bon vieux temps, » a été exalté outre mesure^ ce nous semble. Assurément, on ne connaissait pas alors ce que la révolution, depuis 1789, a nommé " les immortels principes, les droits de l'homme. // Néanmoins il j avait un mauvais côté qu'il faut reconnaître franchement, à peine de tronquer l'histoire.
Au moment que Philippe II demanda au Saint-Siège l'établissement si nécessaire des nouveaux évêchés, et bien longtemps avant cette époque — on peut dire, depuis le séjour des Papes à Avignon — l'Eglise, dans nos provinces, se trouvait en quelque sorte subordonnée à l'Etat, même dans sa propre sphère. Les souverains, à leur inauguration, juraient » qu'ils n ne feraient ni souffriraient aucune force ou volonté faite à u leurs sujets, qu'ils ne traiteraient ni laisseraient traiterhors de 'I droit et de sentence, les prélats, maisons-dieu, barons, nobles « et bonnes gens, et sujets de leurs villes, » et c'est en a'appujant sur cet article, le premier de la Joyeuse- Entrée Brabançonne, qu'ils paralysaient à tout instant l'action la plus légitime des chefs spirituels. Malgré l'indépendance de
leur pouvoir jodiciaire, les évèques ou leurs officiaux ne pouvaient infli^^er la moindre pénalité canonique, pour U'^ méfaits même les plus graves, avant que les tribunaux civils n'eussent connu de k chose. Un ecclédiastique était il frappé de quelque censure par son évêque, il se mettait à l'aise en se pourvoyant en cassation devant le magistrat civil.
Les archiducs Albert et Isabelle étaient très-religieux, sans doute ; mais, forcés qu'ils étaient par les gens de loi, ils faisaient examiner scrupuleusement les prescriptions des conciles pro vinciaux avant la promulgation canonique, pour les publier ensuite comme loi de l'État.
Après eux, le gouvernement des monarques catholiques ne voulut plus même, le croirait-on? tolérer les conciles provinciaux et les synodes discésains dont la célébration périodique était, cependant, prescrite aux évêques par le saint Concile œcuménique de Trente. Désormais il n'autorisa plus que des eongrégationa (Févéquea sous la présidence du métropolitain, et des congrégations de doyens ruraux sous la présidence de leur évêque respectif; encore les vit-il toujours de très mauvais œil et cherchait-t-il à les entraver; quelquefois il exigea que l'autorité ecclésiastique lui rendit un compte exact des résolutions prises, afin qu'on pût être pleinement assuré dans les hautes sphères, que rien n'avait été entrepris sur les droits et préminences du pouvoir civil.
Philippe II avait ordonné à Marguerite de Parme de faire publier sans retard, dins ses provinces héréditaires d'en- bas, tous les décrets do foi et de réforme du concile dz Trente ; mais, tout en ordonnant la promulgation de loul le concile, il fit réserve expresse /«des régales, droits, hauteurs et préémii* nences de Sa Majesté , ainsi que des droits et privilèges de /* ses vassaux, sujets et États, lesquels, pour le bien et repos M des pays et pour non reculer ou retarder le fait de la sainte " Religion et éviter tout débat, contradiction et opposition, u ne conviendrait changer ou innover. '. Pour tous ces articles,
// Sa dite Majesté entend que en ce regard l'on se conduy3e, // comme jusques à ores a esté faict, sans rien changer ou inno- // ver, et especiallement en l'endroit de la jurisdiction laycale. Il ensemble du droit de patronage lai, avec induit et droit de // nomination, et cognoissance de causes, en matière possestt soire de bénéfices ; aussy des dismes possédées ou preten- /' dues de gens séculiers; y joint la surintendance et admi- // nistration jusques ores usitée par lois, magistrats et aul- /' très gens lays, sur hospitaulx et aultres fondations pieuses : u a tous lesquels droits et aultres semblables, que par cy après " seront, si besoing est, touchez plus particulièrement. Sa " dite Majesté n'entend estre dérogé par ledit saint Con- /' cile (1). " De sorte qu'on ne sut jamais bien quels décrets disciplinaires du Concile œcuménique avaient vigueur en Belgique, et d'autant moins que ces décrets devaient être mis /' en deue exécution selon la qualité et nature d'ung chacun // pays et province, à laquelle l'exécution doibt estre accom- /' modée (2). #/
Forts de cette ordonnance arbitraire, le conseil privé dn roi et le grand conseil de Malines, spécialement chargés, l'un et l'autre, de veiller aux intérêts du prince, se faisaient un devoir d'évoquer à leur barre presque toutes les affaires spirituelles qui se présentèrent dans la suite. C'était, pour les évéques, une source d'embarras continuels.
Les légistes prétendaient que tout laïque était exempt de la juridiction des ecclésiastiques et ne devait reconnaître cette juridiction que dans les choses exclusivement spirituelles et dans les délits de /or mixte. D'après eux aussi, le souverain avait le droit d'examiner d'abord, soit par lui-même soit par ses officiers, les lois et ordonnances émanées du pouvoir ecclésiastique, avant d'en autoriser la publication. Nous verrons
(1) Lettre de Marguerite de Parme, 11 juillet 1565, à Granvellei archevêque de Malines, ou à soi» vicaire. Syn, Bel//, T, 22.
(2) Ibid. 23.
INTRODUCTION DE LA PllEMlÈRE PÉRIODE. 67
dans la suite à quelles difficultés la criante prétention du Placeium regium donna lieu dans tous nos diocèses (1).
Tels étaient les empiétements de la magistrature belge que^ lorsque Gilbert de Choyseul monta sur le siège épiscopal de Tonrnaiy ville récemment soumise à la France, il supplia Louis XIV de mettre des bornes à ces abus criants et d'assurer à l'Église, dans ses provinces conquises, une partie de la liberté dont elle jouissait en France.
Ajoutons y que l'Université de Louvain, créée au xv® siècle par un duc de Brabant, devait enseigner ce césarisme presque illimité. Sous le règne des archiducs, il y surgit, il est vrai, une école de juristes plus catholiques (2); par malheur, l'infloence de cette école ne survécut guère. Au fond, l'Église était toujours asservie par la magistrature, et celle-ci^ nous l'avons déjà dit, avait pour grande maxime que tout ce qui est temporel, est de la compétence exclusive du pouvoir tem > porel. Le docteur Yan Espen empoisonna pendant plus d'un demi-siècle l'enseignement du droit à VAlma-Mater, La pratique était pire encore que la théorie. « Van Espen et même Hicher étaient cités devant les tribunaux belges comme des autorités irréfragables, et chaque fois que l'autorité diocésaine posait un acte fondé sur la proscription de leurà œuvres par la Congrégation de l'Index, le gouvernement, les fiscaux ou les conseils royaux y faisaient opposition ou le cassaient (S) . n
(1) La lecteur qui voudrait s'édifier davantage sur les singulières prétentions des hommes de loi, à l'époque même des archiducs, doit lire les 17 articles dont l'évéque de Gand, Antoine Triest, demanda en 1624 la censure à la faculté théologique de Louvain^ iSy» . Belg. IV, 302>300.
(2) A leur tête se trouve François Zypseus (Van den Zype), né à Malines vers 1578, mort en 1650, quatre ans avant que Van Espen vint an monde. Le jurisconsulte Pierre Stockmans, né à Anvers en 160S et mort en 1671, professa des principes moins purs, comme nous verrons dans la vie de Mgr Jacques Boonen.
(3) Prieit hiêtoriquea, t. XXII, année 1873, pag. 70.
(58 INTUODUCTION UK LA FUlilMlÈRE PÉKIODI£.
Moins sacrés étaient, pour eux, les canons et les décrétaleA de rÉglise catholique que le Droii ecclésiastique universel et le livre Du recours au prince du canoniste de Louvain.
Le gouvernement avait le droit de nommer les évéques, les abbés et abbesses, les prévôts et prieurs, etc. S'il est juste de reconnaître (et nous Tavons déjà reconnu plus haut) que l'Espagne et l'Autriche ne nous ont envoyé que des évêques recomroandables par leurs mœurs et leur orthodoxi<f, il est vrai aussi qu'on tenait à ce que l'élection des chefs de monaslôres se fît par lea religieux ou les religieuses sous les yeux des commissaires royaux ou impériaux, et que les sommes données à certains ag«;nts n'étaient pas toujours étrangères la nomination définitive du candidat qu'on présentait au gouvernement.
Sous le long règne de Marie Tuérèse, 1740-1780, ce triste état des choses s'empira peu à peu. Catholique dans l'âme, la grande impératrice-reine était éminemment jalouse de son pouvoir, et ce sentiment fut entretenu en elle ou plutôt habilement exploité par des ministres aux idées antireligieuses. A la cour de Vienne dominait le chancelier prince de Kaunitz ; à Bruxelles, le président du conseil privé, M. Nény, et le secrétaire d'État, M. Crumpipen, dirigeaient, de concert avec les gouverneurs-généraux et les ministres plénipotentiaires, toutes les affaires qui regardaient le culte; à leurs yeux, toute question religieuse touchait aux prérogatives de l'autorité civile. Non content de n'agréer les nonces du Saint-Siège qu'en faisant des réserves sur les pouvoirs dont ils étaient investis, le gouvernement refusa l'autorisation de publier des bulles apostoliques, dès qu'il croyait y découvrir une clause attentatoire aux droits du souverain ou à la dignité de ses ministres. Il suscitait mille difficultés aux évèques à propos des mandements de carême; il proscrivait les offices des saints Papes qui lui faisaient ombrage; se mêlait du confessionnal, des vêtements ecclésiastiques, de toutes les affaires intérieures des monastères ; faisait des placards pour diminuer la population
INTRODUCTION DE LA PREMIBRK PERIODK. G9
des établissements religieux, etc. Les évoques furent sommés d'exercer désormais des droits qu'on disait inhérents à leur dignité; il leur fut interdit de s'adrt^sser au Saint-Siège pour les dispenses aux lois générales de l'Église, même en matière matrimoniale. On eût dit que l'Empire était en péril et que la Cour de Rome était toute prête à conBsquer toutes les couronnes d'Autriche (l).
Nous ne pouvons passer sous silence un fait très-significatif. L'impératricereine avait publié deux édits (1771 et 1772) qui menaçaient la vie religieuse d'extinction ; l'archevêquA de Muh'nes, les évèques de Bruges, d'Anvers, d'Ipres, de Ruremonde, de Gand et de Namur, lui adressèrent à cette occasion un mémoire collectif qui commençait par ces mots : a Les évêques des Pays-Bas viennent avec la confiance la « plus respectueuse etc. n Ce fut presque un crime de lèsemajesté. 11 leur fut répondu que •» S. M. n'avait pu qu'êtro u surprise, que, tandis que l'archevêque ne saurait ignorer » que les évêques des Pays-Bas ne forment pas de corps, il » ait pris sur lui de présenter une remontrance dans une » forme par laquelle on affecte de supposer qu'il en constitue « un : prétention attentatoire à la souveraineté de S. M. (2). » Les prélats ayant allégué que le hasard seul les avait réunis, ils reçurent pour avis qu'un semblable hasard ne devait plus se présenter à l'avenir (3).
Cest aussi sous le règne de Marie-Thérèse que le gouverne-
(1) Un savant bollandiste a écrit carrément, mais avec raison : # Lea membres de la famille impériale d'Autriche pouvaient avoir de la religion ; mais leurs agents en Belgique n'en avaient guère : ils ne se distinguaient que par leur hypocrisie. lis allaient à la messe avec de grands livres de prières brodés d*or et de soie, et faisaient imprimer typU rêffiiê à Bruxelles les oeuvres de Jean Jacques Roussean. « Le P. Victor De Buck, De Fêlai religieux en Belgique au xixe eièeU, no XXI.
{,%) Représent. Belg. Il recueil, 2« partie, pag. 119.
(3) Dewez, Hiei, gé4, de Belgique, t. VIII, p. 117.
.70 INTRODUCTION DK LA PRBAflÈRE PÉRIODE.
nement introduisit^ sans façon^ Tusage de réserver de fortes pensions en faveur de nobles ou de prélats étrangers, sur )es menses épiscopales et abbatiales, tandis que les églises du pays étaient réduites à vendre leurs objets pour être en état de pourvoir aux réparations les plus urgentes.
Citons un dernier trait. Après la mort de Mgr Van Oameren, évêque d'Anvers, les vicaires capitulaires donnèrent un mandement où ils prescrivaient des prières publiques pour demander à Dieu qu'il disposât favorablement le cœur de tous ceux qui devraient éclairer Sa Majesté sur le choix du futur évéque d'Anvers. Le gouvernement fut froissé de pareille audace, et déclara le mandement supprimé et de nulle valeur (1).
On verra dans l'histoire du cardinal de Franckenberg quelle oppression l'empereur Joseph II fit peser sur l'Église en Autriche et dans ses États héréditaires. Sans doute, les populations religieuses de nos provinces s'émurent beaucoup de ce despotisme, mais elles ne songèrent pas à revendiquer les
droits de l'Eglise, les armes à la main. La révolution brabançonne n'éclata que lorsque l'empereur osa aussi mettre la main sur les juridictions civiles et les coutumes populaires. Le clergé régulier et séculier soutint alors le peuple dans la juste revendication de ses droits, et unit ses griefs à ceux du reste de la nation ; il ne pouvait agir autrement, fiientôt on vit éclater une funeste division : il y eut des aiaiiHes, dont la couleur était toute catholique ; mais il y eut aussi des vonekistes ou démocrates, et ceux-ci proclamèrent les principes de la révolution française. Presque toutes les familles qui avaient des emplois, appartenaient au parti des impérialistes.
Telle était la situation de l'Église vis-à-vis de l'État, lorsque le pays fut envahi par les armées françaises. Nous verrons dans la seconde période ce que la liberté religieuse est devenue depuis.
(1) Pour plus de détails et pour les prenves de chaqoe acte, noaa renvoyons le lecteur à l'excellent livre de M. Piot, archiviste-adjoint anx archives du rojaume , Le Règne de Marie-Thérèse dans Us Pays-Bas AutrichUns (Louvain che» Fonteyu 1874), chap. VIIL