I. LE CARDINAL GRANVKLLE
ne prend pas dans un ordre systématique les propositions qu'il condamne ; il suit simplement Tordre des écrits de Baius doù elles sont extraites. Elles ont rapport à des matières différentes ; mais les plus importantes sont relatives au péché originel, au librearbitre, à la nature humaine régénérée par Jésus- Christ, au mérite des bonnes œuvres et à la nécessité de la grâce.
Pie V chargea Granvelle, qui se trouvait alors à Rome, de sadresser à Baius, son diocésain, afin de lui faire abjurer ses nouveautés. Le 13 novembre 1567, le cardinal écrivit au prévôt Morillon, son vicairegénéral, une lettre fort sage, dans laquelle il lui enjoint de notifier la sentence apostolique au docteur De Bay et à ses disciples, mais avec tous les égards dus à des hommes d'une telle valeur.
Je tiens que toqs vous souvenés des différends qui cy-devant se sont suscitez, d'aucuns qui ont tguIu impugner aucunes propositions et formes de parler dont feu nôtre Maistre de Louvain {EeueU) et M. nôtre Maistre Michel Le Bay usoient, tant aux lectures qu'aux disputes, non usitées en i'anoienne Escole; et que la contention vint si avant, que aucuns religieux de Tordre de Saint François avoient prêché à rencontre d'eux tant au couvent à Aet (Ath) qu'ailleurs, et fait cenaoier les propositions contentieuses, par eux coUigées, tant par F Université de Paris que autres.... Or est survenu que ledit docteur Le Baj a composé un livre et fait imprimer à Louvain (De Ubero komini» arhitrio)^,.. lequel livre a esté ici appourté et donné scandale à gens sçavants ; et l'ayant veu Sa Sainoteté (Pie V), et l'opinion que l'on
cette façon on réduisait la constitution Ex omnibus afflictionibut à se contredire elle-même, en condamnant des propositions qui pouvaient être soutenues dans le sens propre et voulu de Baius. Voir les 79 propositions et leur réfutation dans les (Euvret dogmatiques de saint Alphonse de Liguori, tom. V, p. 438*474. (trad. du P. Jules Jacques).
148 PBEICIBBB PiRIODB.
en a?oit, s'est en aurai à la Térité scandalisé, et Tonldroit pour beaucoup que ledit docteur, auquel je porte l'affection que tous sçafés, se fust abstenu de la composition et impression dudit li?re, et qu'il eust déféré au commandement apostolicque qui par moy lui a?oit été fait. Sa Sainteté en a communiqué avec moy, et outre ce qu'elle se couvient fort bien de ce qui se passa, lorsque feu son predeoessenr (Pie ÏV) me commist cette affaire : car Sa Sainteté aToit pour lors la charge de l'Inquisition. Je Idj ay ramenteu la qualité dudit docteur Le Bay et le fruit qu'il peut faire en l'Église de Dieu, la suppliant que tenant respect à ce, et à la vertu et bon zèle dudit docteur, il luy plust traiter cette affaire de sorte que ce fust avec le moindre scandale dudit sieur Le Bay que faire se pourroit; par quoi Sa Sainteté se condescendit avec une piété et une charité vrayement chrétienne : et ayant compassion au dit Le Bay, présupposant qu'il fût tombé en cecy, stimulé de la contention de ses émulateurs, et comme il advient sou vente fois que pour soutenir une proposition qui est échappée, quand l'on prend le chemin du monde, l'on tombe nécessairement à estre forcé à concéder et affirmer autres plus absurdes et plus éloignées de la religion.
Et me concède Sa Sainteté que l'on feroit pour ledit Le Bay tout ce que, la vérité et la foy sauve, et sans préjudice à la dignité et à l'autorité d'icelle, se pourroit, pourveu qu'il se vouUist soumettre à ce que la raison veut, et à la censure de Sa Sainteté : et pour y procéder eu cette sorte, et avec la charité requise, l'on fit ôter le premier feuillet, afin que l'on ne connût ni l'auteur du livre, ni le lieu où il est imprimé, et s'est examinée l'œuvre par gens sçavaus de plusieurs nations, lesquels uniformément ont censuré plusieurs des propositions trouvées dedans le lirre en la forme que vous verrez par la bulle de N. S. P. le Pape que je vous envoyé avec cette-ci, déclarant lesdites propositions annotées, aucunes erronnées, aucunes suspectes, autres scandaleuses, etc.. Et s'est fait cette condamnation ainsi générale, avec l'adjonction du mot renpeeiivt pour plus de douceur. Et comme vous verres, Sa Sainteté me commet d'y faire on par moy, ou y employant d'autres, ce que je trouveray convenir pour la dignité de la religion sauve, pourvoir doucement au mal qui de cecy pourroit succéder. Et il m'a semblé que je n'y pourrois entremettre personne, qui, avec meilleur zèle et discrétion, y pût satisfaire que vous. Et tant plus pour l'affection que je sçais que vous portés an dit docteur Bay, lequel je tiens pour si homme de bien et catholique, que voyant la censure et détermination de Sa Sainteté, il n'y vouldrs aucunement répugner...