II. JEAN HAUCHIN
charité. On connaît les services que la Compagnie de Jésus a rendus à toute la Chrétienté ; on connaît aussi le zèle et la fermeté des théologiens de Louvain pour défendre notre religion et combattre ses adversaires. Rien n'est plus dangereux que de voir de si grands hommes disputer entre eux, et en particulier sur des articles qui ne regardent pas le public et qui ne peuvent Atre suffisamment expliqués au vulgaire ; des hommes sans instruction y trouveraient l'occasion de nier le libre arbitre avec Calvin et de croire que tout se fait au hasard. " Ecrivant au cardinal Carafifa, Torrentius se plaint d'entendre faire le reproche d'hétérodoxie aux jésuites, eux si dévoués à la sainte Église Romaine et au Pore commun des fidèles. "Je Décris pas ceci, ajoute-t-il, pour enlever quoi que ce soit à la gloire de l'Université de Louvain dont sont sortis tant d'hommes illustres. Pour sauver l'honneur de tous, il faut un sérieux avertissement de la part du Saint-Père ; il faut une décision certaine touchant les divers points de la grâce, décision que tous aient à enseigner et à suivre, afin que les hérétiques voient que notre Église a une tête, tandis que leurs assemblées n'en ont point et y sont condamnées par là même à se dissoudre et à périr- « (Lettre du 29 avril 1588).
Le cardinal Caraffa répondit que Torrentius pouvait être tranquille à cet égard, puisque Sa Sainteté venait de charger le nonce Frangipani, légat a latere^ résidant à Cologne, d'imposer silence aux deux partis, en attendant une décision du Saint-Siège auquel il appartient de se prononcer en dernier ressort dans des questions semblables.
194 FBEUISRE PÉBIODE.
De fait, le nonce légat reçut un bref du 15 avril 1588, dans lequel Sixte-Quint lui ordonnait de se rendre incontinent à Louvain, de rétablir la paix dans les deux camps, ou, si l'accord était impossible, d'imposer silence aux deux partis, jusqu'à ce que le Saint-Siège, déjà mis au courant de toute la controverse, eût émis une sentence qui mit fin à la controverse. Ce bref fut publié à Louvain par un décret du nonce, sous la date du 10 juillet de la même année (i).
Dans un autre bref du 15 avril 1588, adressé à Hauchin, Sixte-Quint s'exprime en ces termes :
Vénérable FrèrOi saint et bénédiction apostolique.
La lettre de l'évèque de Calazzo, notre nonce dans la Germanie inférieure, nous a appris qu'il s'est éle?é quelque désaccord» an sujet de certains points de la doctrine chrétienne, entre les théologiens de rUniversité de Louvain et ceux de la Société de Jésus qui enseignent dans leur collège à Louvain. Il appartient à votre fraternité non seulement d'avertir les uns et les autres, avec tout le zèle de la charité et selon les devoirs de votre charge archiépiscopale, mais encore de faire cesser entièrement ce désaccord. Nous vous ordonnons de réunir les preuves de leurs opinions et de Nous les faire parvenir soigneusement par notre nonce qui vous prête conseil et appui. Entreterops les deux partis ont à s'abstenir de toute discussion, jusqu'à ce qu'un jugement définitif soit rendu par Nous ; car c'est à Nous seul que Dieu a confié l'autorité pour définir les dogmes de la foi catholique. C'est dans ce sens que Noas avons écrit à notre nonce que vous aiderez de tout votre pouvoir, et Nous faisons, dans le Seigneur, le plus pressant appel à votre sollicitode. Ne doutant pas de votre soumission. Nous avons la confiance que vous surpasserez par votre zèle l'opinion favorable que Nous avons conçue. Salut dans le Seigneur. Donné à Rome près de Saint- Pierre, sons
(1) Le bref pontifical est dans Serry, Hist, Congregaiionum d$ aiailiiê, — Le décret du 10 juillet se lit dans la notice sur la vie et les écrits de Léonard Lessius, dans \* Hagiographie nationale de Mgr de Bam, pag. 214-216.