‹ Histoire des archevêques de Malines [microform]Chapitre 84 sur 181 · II. JEAN HAUCHIN · texte numérisé non relu

II. JEAN HAUCHIN

Sous le ministère épiscopal d'Hauchin, il surgit une assez vive controverse théologique entre les jésuites du collège de Louvain d'un côté et les docteurs de l'Université de l'autre. Le P. Léonard Lessius et le P. Hamelius défendaient, relativement à Tinspiration des Ecritures, mais surtout au sujet de la grâce, de la prédestination et de la réprobation, une série de thèses qui déplaisaient aux dominicains. Ils combattaient la prédestination gratuite, antécédente ou antérieure à la prévision des mérites de l'homme, que professait l'école des thomistes, pour y substituer la prédestination conséquente qu'ils faisaient dépendre de la prévision des œuvres méritoires de l'homme. Les thomistes accusaient les jésuites de pousser l'homme à la présomption sous prétexte de le fortifier contre le désespoir, de le rendre indépendant de Dieu sous prétexte de donner à la liberté une part sérieuse dans sa justification. Non seulement les Universités de Louvain et de Douai (i), mais encore quelques corporations de chanoines, les archevêques de Malines et do Cambrai, levêque de Gand, etc. se prononcèrent contre Lessius et son confrère. Lessius envoya à Rome une justifî-

(1) Censura FaeuUatum S, Tkeologia lovaniensis ac Duaeenèis^ auper qM'biudam ûrticuhs de S, Scriptura, t/ratia et pradeitinatione, anno homtni 1586 I^ovanii teripio traditis. La sentence de Louvain avait été rédigée par Henri Gravius ; celle de Douai, plus explicite encore, avait Euiua pour auteur. La S. Faculté de Louvain envoya au nonce Frangipani, eu 1588, une longue Junlification de son enseignement, écrite Ju»tn reverenditsimorum et iilustrissmotum Belgii Episcoporum, comme dit Ten tête.

cation de son enseignement, en faveor duquel se prononcèrent des hommes d'une haute autorité, notamment saint François de Sales(i),le docteur Thomas Stapleton, Jean Streyen, évêque de Middelbourg, Liévin Torrentius, évoque d'Anvers, les théologiens des Universités de Mayence, de Trêves et d'Ingolstadt, d'autres savants encore. Torrentius, affligé de cette lutte regrettable, exprima sa douleur dans des lettres adressées au P. Baudouin Angelius, recteur du collège des jésuites àLouvain (31 mars 1588), et à Tarchevêque Hauchin (l**" juin). " Les hérétiques, écrit-il à Hauchin, ne

détestent rien tant que Tunité doctrinale de l'Eglise catholique dont ils sont on ne peut plus éloignés ; combien ils doivent se réjouir maintenant, en voyant ce désaccord ; ils ont trouvé un prétexte pour nous calomnier auprès du peuple, et ils n'y manquent pas, particulièrement en cette ville (d'Anvers) où ils sont nombreux et où ils peuvent encore résider un temps, aux termes du traité qu'ils ont conclu avec le roi... Je prie votre Révérence d'agir d'après sa piété et sa

(1) Le saint évéque de Genève écrivit à Lessius : • J'ai lu votre Traité de la Prédestination^ et j'ai remarqué que votre Paternité embrasse et dr'fend cette opinion si ancienne, si consolante et si autorisée par le témoignage des Écaitures prises dans leur sens naturel {sententiam illam antiquilate^ suacitate ac scripturarum nativa auctoritate nobilisti' mum) qpe Dieu ne prédestine les hommes à la gloire que conséquemment à la prévision de leur» mérites, doctrine sur laquelle j'ai été bien aise de vous trouver de mon avis et qui m'a toujours semblé la plus conforme ù U miséricorde et à la grâce de Dieu, la plus vraisemblable et la plus propre à allumer dans nos cœurs le feu de l'amour divin, ainsi que je l'ai insinué dans mon petit livre de V .iraottr de Dieu, • Annecj, le 26 août i618. (Lettre 532). On a vainement contesté l'authenticité de cette lettre.

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