II. JBAN HAUCHIN
lettres de Torrentius : au pape Clément VIII, à son secrétaire Minutius de Minutiis, au nonce Frangipani et au cardinal Alanus (4). En annonçant sa nomination à ce dernier, il rappelle de nouveau l'indigence où se trouvait l'Église primatiale des Pays-Bas ; il ajoute :
Oa je 8ois forcé de m'excaser, 011 il faudra réunir les deux diocèses pour an certain temps, par exemple, pour deux ou trois années ; je serais évêque de Tun et administrateur de Tantre, si le Pape agréait eette proposition ; car la cité de Maiines, à laquelle Bruxelles est soumise, est voisine d'Anvers, de sorte qu'en on seul jour on peut aller dans ces trois villes. Je me trouve dans la grande perplexité ou plutôt dajis les plus grandes inquiétudes, d'autant plus que la guerre désole nos contrées. Néanmoins nous avons encore lieu d'espérer, surtout à cause de la constance du peuple dans la religion catholique. L'Église se con* stitaerait facilement, si une paix quelconque lui était enfin donnée (1).
Au mois de mai 1594, Torrentius écrivit de nouveau au nonce : « Depuis six années, l'église métropolitaine est sans pasteur. On s'attend toutefois à la prochaine arrivée du cardinal Alanus. Ayant été nommé à sa place, j'ai écrit au Souverain-Pontife et au Roi. Bien que les forces commencent à me trahir, je ne veux pas me soustraire à cette pesante charge; toutefois j'ai demandé au Roi un léger subside, afin que, dans cette kaute dignité, j'aie au moins de quoi subsister (2). »
Ali mois de novembre suivant, on apprit que la cour de Madrid, gardant un silence opiniâtre sur les conditions équitables auxquelles Torrentius subordonnait son acceptation, avait entamé à Rome une négociation secrète pour engager de rechef le cardinal Alanus à
(1) Le 29 avril 1593, Torrentius écrivit au chapitre de Maiines. NoQs donnons cette lettre dans l'Appendice, pag. 206.
(2) BullâHM, 3e série, tom. X.
202 PREMIÈRE PÉRIODB.
accepter le siège. Instruit de cette nouvelle, Févôque d'Anvers se sentit soulagé et s'empressa de féliciter chaleureusement Alanus, en l'engageant à se conformer au désir du Roi et en promettant de lui rendre tous les services qui seront en son pouvoir. Cette lettre est datée du 27 octobre 1594 (i). Le 5 novembre, il écrit à Varaeus, archidiacre de Gand : « Le cardinal Alanus m'a annoncé quil est presque décidé à obéir à la volonté du Roi, et à partir pour Malines ; néanmoins il doit y réfléchir encore [necdum plane constitutum), et avant de se mettre en route, il écrira à l'archiduc notre gouverneur, ainsi qu'à moi. Je lui ai répondu longuement, en l'engageant fortement à venir au secours de cette Eglise affligée et menaçant ruine; je lui ai promis de l'aider de toutes mes forces tant que je vivrais (2). »
Lorsque la lettre du 27 octobre arriva à Rome, Alanus n'était plus de ce monde; il avait rendu son âme au Créateur le 16 du môme mois.
Depuis, le roi Philippe II songea de nouveau à la translation de Torrentius; mais le prélat décéda à Bruxelles le 25 avril 1595, avant d'avoir reçu de Rome ses bulles d'institution. On délibérait encore lentement à Madrid sur les propositions qu'il avait faites au gouvernement. Ces propositions étaient autant dans l'intérêt de l'Eglise d'Anvers qu'il quittait avec le plus vif regret que dans l'intérêt du siège archiépiscopal qu'il n'acceptait qu'avec la plus vive répugnance.
Enfin, disent d'anciens actes, le sort tomba sur
(1) BulUlins, 2e série, t. VII, lettre XL
(2) Lettre citée dans le Syn. Belg, III, Appar, pag. XXIV.
n. JEAN HAUGHIN. 203
Mathias. Le vicaire-capitulaire Mathias Hovius fut nommé par la cour de Madrid et confirmé par le Saint- Siège. C'est à cet homme remarquable et qui s ofire à nos yeux comme un type d'évêque accompli, que Dieu avait réservé la tâche de rétablir le règne de la discipline et de la foi sur les ruines amoncelées par Thérésie et la guerre intérieure.
APPENDICE
Réponse du cardinal Alanus, archevêque nommé de Matines, à la lettre de félicitation du chapitre métropolitain^
Yenerabiles et NobileSj in Chris to maltum chari confratres. Etsi litteris et sermone maltorum ante aliqnot menses intelleximus, Majestatem Suam ad Ecclesiae vestrae administrationem noâtram bumilitatem désignasse, Pontificemque optimi Begis in ea re jndiciam sunimopere comprobare : nosque rehemenier desideravimns primo qaoque tempore nonnibil et litteraram et spiritualis benedictionis vobis ac futurae sponsae nostrae impartiri : tamen qnia res non erat nec adhac est perfeeta vel légitime cognitaj nosque regias nominationis litteras, nedam consecrationis solemnem ritam accepimus^ scribendooi hactenns non censaimus. Sed hoc nostrum tacendi propositnm fregit charitatis vestra ad nos amantissima epistola, 20 decembris data. Qao gratissimo officio nos a vobis excitatos vel praeventos esse non mediocriter laetati sumus. Hanc ex iis quae scripsistis mox magnam concepimas spem, fore ut et sponsam nostri amantissimam haberemus, et vos omnes nobis ia difficillima administratione unanimes in Domino coadjutores semper experiremur. De nostra autem erga vos vicissim vestramque Ecclesiam et Eemp. universam sincera dilectione,
non ex his verbiSj sed futaris factis nostris vos jadicare volamas. Id solum interea liceat dicere^ nos nec emolamentis qaae istic hoc tempore minatissima esse scimus, illectos, nec dignitatis incremento, qua majorem licet nobis immerito concessim esse sciatis, quam ut adeo hoc situlo aageatar, indactos : nec alla alia humana affectione^ sed sola divinae Providentiae sorte, et diatarno desiderio Ecclesiae Dei et suae Majestati ac Belgicae inprimis vestrae, jam dio indignissime afflictae, inserviendi, ad hoc alioqain formidabile pastorale officiam acceptandum impulses esse. Tantam enim abest, ut nostra vel commoda, vel honores, vel otia hic qaaeramas, ut facile praesagiat animas nos a vicinis contribalibus haereiicis et falsis fratribus gravia potius ac perpétua pericula subituros. Sed non fado animam meampretiosiorem quam me; fortis enim, ui mors, dilectio. Âtque forsitan paucorum dierum qui nobis restant cursum, qaem in infelici patria cupiebamus consammare, apud vos Dei voluntate ad corpus S^ Bumoldi, ex nostris locis oriundi, complebimus. Illic in adamatum nobis vicinom Lovanium primum pro fide projecti sumus in exilium, ibiqne in theologica disciplina sub excelientissimis magistris samas instituti. Machliniae omnes ordines ipsumque sacrum presbjteratus ordinem accepimus, ubi et aliquamdiu habitavimos. Daaci postea largo et gratissimo hospitio accepti, variisque honoribns scholasticis aSecti, ac ceteris illins Beip. singalaribus favoribns continuo adjuti, in civem jam plane Belgicae vestrae adsciti videmur; ut proinde non hune homineo extemum aat ignotum, sed beneficiis vestris vemacnlam factum, vestraeque ac communis salutis magis quam vitae snae stndiosum, sitis habituri. Ista vobis de me poUiceor : idem ut pro nobis reliquo in illa dioecesi clero ac praeseitim pnecipuarum urbinm collegiatis ecclesiis an çapitulis, totique populo nobis dilectissimo spondeatis, enixe postulamus ; namquam enim per Dei gratiam vos fallemus. Plura in posteras), cum confirmati et consecrati faerimus, scribemus : et a vobis