‹ Histoire des archevêques de Malines [microform]Chapitre 95 sur 181 · III. MATHIAS HOVIUS · texte numérisé non relu

III. MATHIAS HOVIUS

Jean de Wachtendonck. Co fait, la commune leur fit également serment de les tenir pour ses souverains légitimes et vrais seigneurs (i). A ces imposantes cérémonies assistèrent le nonce apostolique Octave Frangipani, Balthasar de Zuniga, ambassadeur d'Espagne, le duc d'Aumale, le duc de Croy et d'Arschot, le prince d'Orange, le comte d'Aremberg, le comte de Berghes, Jean Richardot, chef-président du conseil privé, Técoutéte Van Laethem, etc.

La même année, 1599, Hovius accueillit à Bruxelles une communauté de bénédictines nobles proscrites d'Angleterre par l'intolérance des hérétiques. Le Pape Clément VIII les avait recommandées par un bref spécial , sous l'anneau du Pêcheur, à la sollicitude du nonce apostolique Frangipani et de l'archevêque de Malines (2). Le 14 novembre, Hovius bénit la première abbesse, dame Marie Berkeley. Disons, chemin faisant, que l'abbaye noble des Dames Anglaises^ commencée à Bruxelles, donna naissance aux abbayes anglaises de Gand, de Dunkerque , d'Ipres et de Pontoise. On y

(1) « C'est ainsi, pour le dire en passant, que dans ces temps de coutumes et d'observances pratiques, sous lesquelles se cachait plus de véritable indépendance qu'on ne se l'imagine, le prince était lié vis-à-vis de tous les corps de ses États par des contrats individuels et synallagmatiques en quelque sorte ; que ces obligations et serments, jurés à la face des autels et cimentés par la sanction religieuse, étaient des obstacles bien autrement paissants contre l'envahissement et les excès de pouvoir que de vaines libertés, écrites sur nos chartes volantes, théories brillantes, mais trop souvent trompeuses.... A chaque renouvellement de règne, le nouveau souverain se faisait reconnaître devant le chapitre, par luimême ou par un de ses lieutenants. « M. Le Maistre d'Anstaing, Beehêrekes ntr Nff lise cathédrale de Tournai, II, 251. (Tournai 1842).

(8) Ap. Mirsam, III, 491.

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recevait les religieuses de Tordre de saint Benoit qui étaient exilées de leur patrie.

En 1600, nos souverains convoquèrent à Bruxelles les Etats-Généraux pour délibérer sur les moyens de remédier aux maux qui avaient affligé le pays. L'archevêque de Mali nés y assista en sa qualité de prélat d*Afflighem. Comme il était, en vertu de ce titre, le représentant du premier ordre de Brabant, il eut la présidence de l'assemblée dans les trois premiers jours. Aux séances suivantes^ chaque province présidait à tour de rôle par Fun de ses députés (i).

L'épiscopat d'Hovius coïncide avec une des périodes les plus heureuses de notre histoire, w Le règne d'Albert et d'Isabelle, après trente années de guerres civiles, d'anarchie et de désordres où tout avait été confondu, dit M. de Gerlache, fut une ère de réparation... Sous les archiducs il s'éleva plus d'établissement utiles à la religion et à l'humanité que pendant les trois siècles précédents. Des collèges s'ouvrirent chez les Augustins à Bruxelles, à Anvers, à Louvain, à Tirlemont, à Diest, à Herenthals, à Gand, à Bruges, à Lille, à Bouvignes et à Huy ; chez les Dominicains, à Anvers, à Lierre, à Ipres et à Braine-le-Comte ; chez les Prémontrés, à Fumes; chez les Croisiers, à Venloo. Les Bénédictins fondèrent à Douai des écoles de philoso-

(1) Les actes des. États-Généraux de 1600 ont été reoneillis, mis en ordre et publiés par M. Gachard. Bruxelles 1849, vol. in-4, p. cli 101^*

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phie et de théologie. L'an 1619, Tarchiduc Albert, voulant venir au secours des classes nécessiteuses dévorées par les usuriers, établit à Bruxelles le premier Mont-de- Piété. Les villes d'Anvers, de Malines, de Gand, de Mons et d'autres suivirent bientôt cet exempie (i). « Ainsi, il fut enfin permis à l'Eglise de faire sentir de nouveau aux Belges son action bienfaisante, et nul doute que parmi les évoques d'alors le Primat ne tînt le premier rang par le zèle et le dévouement non moins que par sa dignité. Sous son active et habile administration, la science de la religion, la discipline ecclésiastique, les bonnes mœurs et la piété refleurirent ; en un mot, le diocèse changea de face. Le docte et pieux Corneille à Lapide ne craint pas de dire que sous cet admirable Pontife TEglise de Malines devint le modèle non-seulement des autres Eglises de Belgique, mais de l'Europe entière : Sub tait Antistite Mechliniensis Ecdesia hoc tempore et doctrina, et disciplina, et morum integritate, acpietate, ita composita instructaque est, ut non tantum JBelgicis, sed totius

Europae Ecclesiis quasi forma et exemplar proponi possit (2).

Pour guérir les maux de la religion, Hovius se

servit surtout de quatre moyens efficaces : le concile

provincial, les synodes diocésains, les congrégations

(1) UUtoire du royaume des PayS'Bas, t. I, p. 258 et 263. Les archidacs, ayant de procéder à rércction des monts-de- piété, avaient demandé Tavisdu corps épiscopal de la province de Malines. {Syn» Belg» I, 451 et 454). L'intérêt des prêts fat fixé au denier seize ou 6 1/4 0/0. Les usuriers lombards qui prêtaient sur gages, exigeaient jusqu'à 32 0/0 et jamais moins que 22 0/0.

(2) U Dedic. Episi. S. PauU.

de doyens, et le séminaire destiné à l'éducation de la jeunesse lévitique.

Le second concile provincial de Malines ayant été tenu en 1574, le troisième aurait dû, d'après la récente loi portée à Trente, se célébrer en 1578. Malheureusement les troubles du pays, la persécution du clergé et la dispersion des chapitres avaient mis obstacle à l'exécution de la loi. Dès son avènement, Hovius avait songé à remplir ce devoir de métropolitain, mais le nonce Frangipani lui avait conseillé d'attendre jusqu'à ce que la tranquillité intérieure fût mieux assurée.

En 1607, la paix était assez rétablie pour la tenue du concile provincial. D'accord avec tous ses suflfragants, Hovius convoqua les évoques, les abbés des monastères, les chapitres, en un mot, tous les ayantdroit, pour le 25 juin de Tannée courante, et le concile s'ouvrit le surlendemain dans la chapelle du séminaire de Malines (i). L'archevôque-président y prononça un discours dans lequel il faisait le tableau le plus fidèle et le plus navrant de la situation :

Qae de temples incendiés et de monastères dévastés, que d'autels renversés ou profanés par les hérétiques ! Et que de temples vivants de Dieu devenus la proie du démon, non -seulement dans la Hollande, en Zélande, en Gueldre, la Frise et TOveryssel, mais jusqu'en plusieurs endroits du Brabant ! Encore si nous n'avions à déplorer que la ruine des lieux saints; mais que d'abus et de scandales n'avons -nous pas vus

(1) Les actes du concile provincial de 1607 et la plupart des documenta y relatifs' se trouvent dans le Syn, Belg. I, 229-442.

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en ces temps malheareux ! Four comble de revers, le nombre des ministres de Diea est diminué au point que plusieurs églises paroissiales de la campagne n'ont plus de prêtre et que dans les villes il en manque plasieurs ; et parmi les pasteurs que la divine clémence a conservés, combien n'en voyons-nous pas qui manquent du nécessaire, et d'autres qui ont besoin de s'amender ! Presque toutes nos écoles de grammaire ont disparu ; il nous reste peu d'écoles de catéchisme ; nos séminaires flont en petit nombre et mal dotés ; l'office divin est célébré sans dignité en beaucoup d'endroits ; un levain d'hérésie, fruit du contact avec les hérétiques qui ont longtemps dominé, se trouve au fond de plusieurs âmes ; des livres pernicieux sont entre les mains du peuple; plusieurs de nos frères, de nos proches et de nos amis gémissent encore sous le joQg dans les provinces voisines, au grand danger de leurs âmes. Tous ces maux sont, hélas, le châtiment de nos péchés.... Depuis longtemps, pour y porter remède, nous aurions dà convoquer un synode, d'après les prescriptions du ooncile de Trente ; mais à cause de la guerre et dams l'attente de la paix, l'ancien nonce apostolique. Octave Frangipani, irchevêque de Tarente, a cru prudent de le différer jusqu'au jour présent... Maintenant donc que le soleil de la trêve et de la paix si longtemps désirée semble se lever au dessus de l'horizon, il est temps que nous noQs mettions à l'œuvre et que nous réunissions nos efforts pour purifier et restaurer le sanctuaire. Néhémie, ce pieux prince du peuple de Dieu, noua exhorte à l'union et au travail : Feniie, et œdificemus mur os Jerusalem. En nous assemblant en concile, nous n'avons d'autre vue que de réparer ensemble les ruines de TÉglise, en bâtissant, comme des architectes sages, sur la pierre angulaire qui est Jésus-Christ.... Bàtissonsnoas des temples vivants ; arrachons l'ivraie qui a envahi le champ du père de famille ; mettons-y dea plantes de lois salutaires et de saintes constitutions; embellissons l'Église par l'amendement des mœurs publiques et la restauration du culte divin.... Que chacun de nous montre que du fond de l'âme il aime la beauté de la maison de Dieu, en obéissant promptement à toutes les décisions que prendra cette sainte assemblée ; car, sans une véritable et parfaite obéissance de tous, ce concile ne produirait aucun fruit. Que personne n'allègoe les coutumes de son cha* pitre, de son monastère, de son église, si elles ne sont conformes à ce qui est vrai, juste et saint, aux anciens canons ou au nouveau droit introduit par le saint concile de Trente ; que personne ne parle de droit acquis contre le droit établi par l'Église, ni érige autel contre autel ; que personne n'étende ses privilèges au-delA de l'intention de celui qui les

a conférés, ni fasse valoir des privilèges aujourd'hui abrogés ; que personne enfin ne se croie exempt de la loi de Dieu ou des délégués du Saint-Siège (1)...

Il faut lire en entier la remarquable allocution d'Hovius et étudier dans leur ensemble les décrets de l'assemblée conciliaire, pour se former une idée exacte des ravages que la guerre et l'hérésie avaient causés dans nos provinces.

Les décrets du concile provincial de 1607 sont renfermés en vingt-six titrés dont nous ne pouvons qu'indiquer les en-téte : P de la profession de foi et des moyens de conserver la foi ; 2^ des Sacrements en général ; 3^ du Sacrement du Baptême ; 4° de la Confirmation ; S"" de la Pénitence ; 6° des Indulgences ; T de la T.-S. Eucharistie; 8° de l'Extrôme-Onction ; 9** de rOrdre; 10° des Fiançailles et du Sacrement de Mariage ; 1 P de l'enseignement et de la prédication de la parole de Dieu; 12° de TOASce divin et des Cérémonies; IS"" des Fêtes et des Jeûnes; 14*" des Images des Saints et de leurs Reliques ; 15° de la Superstition ; 16° des Évêques et de leurs devoirs, et de la vacance du siège; 17° des archiprêtres, curés, clercs, et de leurs devoirs ; 18° de la vie des ecclésiastiques et de leur correction ; 19° des bénéfices et oflSces ecclésiastiques, et de la résidence des bénéficiers ; 20° des écoles ; 21° des séminaires ; 22° du bail et de la conservation des biens ecclésiastiques ; 23° de la réparation des églises ; 24° des réguliers et des religieuses; 25° de la juridiction et de l'immunité ecclé-

(1) Syn. Bôly, 1, 281 et sqq.

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