M. AYMA
« un bon ressort pour les gouvernements », les moralistes n'hésitent pas à reconnaître, quand il s'agit des individus, une utilité, une efficacité légitime dans le stimulant dé l'émulation, de la gloire et des distinctions nationales.
XII. — Voilà pour les moralistes-écrivains de la première moitié du dix-neuvième siècle. Quant à la période nouvelle, de 1870 à 1883, de nouveaux penseurs ont succédé à ceux que la mort a moissonnés. Nous trouvons, parmi ces écrivains encore militants, les noms suivants : M. Ayma, M. Barrau, l'abbé Martial Séré, le Père Albert du Saint-Sauveur, l'abbé Doumenjou, l'abbé Lafont de Sentenac, etc. Bien que l'heure ne soit pas venue de juger à quel degré ces publicistes contemporains possèdent le don d'observation sur le cœur humain, on croirait qu'ils redoutent la plainte de Montaigne sur La Boétie et sur ceux qui auraient « croupi aux cendres de leur foyer domestique, au grand dommage du bien commun. » Nous ne voyons point ici des facultés « demeurées oisives, desquelles la chose publique eût pu tirer du service , et eux de la gloire. »
M. Ayma l n'est pas ariégeois, mais naturalisé ariégeois, d'une naturalisation intellectuelle et sympathique à la fois. Il a fait honneur à cette naturalisation par les belles productions de son esprit et par la dignité de sa vie2. C'est
1. M. L. Ayma, né à Cahors en 1807, a suivi la carrière universitaire; il arriva dans l'Ariège, en qualité d'inspecteur d'académie, vers 1865. La révolution de 1870 l'obligea de se rendre à Montauban, puis à Auch. Mais de grandes attaches devaient le ramènera Foix ; il y était rappelé en 1881, par la tombe de sa femme et par sa petite chartreuse de Bellevue.
2. M. Ayma a beaucoup écrit dans les revues et dans les journaux; il est encore le correspondant de plusieurs journaux de Paris.
La liste de ses livres est assez longue : — Theodicée catholique, 1 vol. in-12. 1N-10. — Les Devoirs d'une mère chrétienne. — Galerie du clergé contemporain. — Vie du vénérable de la Salle, fondateur des écoles chré-
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assurément un écrivain de morale catholique. Nous ferons remarquer cette personnalité distinguée au moyen de deux de ses ouvrages : d'abord un discours à la distribution des prix du collège de Foix, et ensuite une belle traduction d'un travail du célèbre poète italien Manzoni sur la morale catholique ; traduction que M. Ayma dédia à l'évoque de Pamiers, Mgr Bélaval, en 1870.
Le discours de Foix roulait sur le sens à donner aux deux termes instruction et éducation, que chacun a entendu distinguer cent fois. M. Ayma, avec la tendance essentiellement religieuse de son esprit, prenait la question par le grand côté. Pour lui, l'instruction sans éducation ne mène pas nécessairement à Dieu ; mais c'est l'éducation qui spiritualise l'instruction. « Le même cours d'instruction, dans la môme école, fournira aux uns un moyen d'être utiles, et donnera aux autres des armes pour mal faire. C'est le caractère seul qui décide si le savoir est un bienfait ou une malédiction pour l'individu et pour la société ; et ce caractère est déterminé, non par la somme des connaissances communiquées, mais par l'influence exercée sur l'élève, par les circonstances, les exemples, la discipline, parle milieu, en un mot, dans lequel il se meut. Or, c'est *à ce concours d'influences que le terme d'éducation doit être proprement appliqué ; il renferme l'instruction, mais il embrasse beaucoup plus et va bien au delà, s'il possède l'importance et le pouvoir que nous lui assignons. »
Le discours de M. Ayma était rempli de considérations
tiennes, in-12. — Œuvre des écoles chrétiennes, in-12. — Histoire de la Sainte-Vierge, 1 vol. in-8°. — Histoire de saint Joseph, in-12. — Histoire des évëques de Cahors, 2 vol. in-8°. — Vie de mademoiselle de Villeneuve (tante de M. de Bellissen), fondatrice des Dames de V Immaculée-Conception, in-12.
Presque tous ces ouvrages ont été publiés à Foix, à l'imprimerie Pomiès, ainsi que la traduction du livre italien de Manzoni, Ohservatiom sur la morale catholique.