M. TRINITÉ SAINT-FÉLIX
reste l'homme d'un parti, si l'on n'arrondit un peu ses ongles, si, au lieu de l'homme d'une période transe toire, on ne s'attache à peindre l'homme de tous les temps ?
XXI. — Nous arrivons au bout de cette chaîne de nos contemporains qui, jusqu'ici, par des travaux soumis au public, se sont frayé une route dans les lettres, dans l'art, dans le roman, dans la critique esthétique, le tout à l'hon-? neur de l'Ariège, de la terre natale qu'il s'agit de mettre en lumière. N'omettons pas de citer les conférenciers du pays de Foix. Pour ne pas nous arrêter à M. Félix Garrigou, qu'on a vu briller dans les conférences scientifiques, à M. Pages de Noyez qui a abordé les conférences dramar tiques et littéraires, venons à M, Trinité Saint-Félix* , qu'on, a entendu tour cà tour discourir sur le monde de la science et sur le monde littéraire.
Conférencier est un mot condensé par lequel on peut distinguer un lettré, un homme d'action, un poète, un prosateur, un écrivain de science, de littérature, un économiste, un philosophe critique. Un conférencier, dans le sens noble du mot, signifie un initiateur au milieu de ses concis toyens, et l'on n'est apte à un tel ministère qu'après avoir soi-même étudié, observé pendant des années, réfléchi sur les matières qu'on est appelé à traiter en public ; spécialité complexe, exigeant qu'on soit versé dans vingt autres. Ce
11 juillet 1885, une lettre reproduite par les journaux de l'Ariège, que nous terminions par ces deux lignes : « Qu'on dise de Corneille qu'il avait une âme romaine, espagnole, et de Shakespeare qu'il avait mille âmes.;, soit ! — Mais qu'on reconnaisse aussi qu'avec votre remarquable nature de poète, vous avez une âme française et ariégeoise. »
1. Né à Mazères (Ariège), vers 1827. Docteur en droit, lauréat des Jeu* floraux, successivement attaché à la rédaction de nombreux journaux. Il fit ses études à Pamiers, où il obtint, en rhétorique (1848), le prix d'honneur,
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qui nous attache ici au conférencier ariégeois, c'est le coté esthétique, le côté humanitaire. Libre à chacun de suivre une voie plutôt qu'une autre ; mais il appartient à l'historien des Ariégeois de constater ce qui rejaillit sur l'Ariège en reflets glorieux.
On peut dire que la vie entière est une préparation de la fonction scientifique et civilisatrice du conférencier, et si M. T. Saint-Félix adopte cette forme moderne du professorat social, à côté des Francisque Sarcey, Jules Simon, Laguerre, Chesnelong, Ferdinand de Lesseps, c'est que, ayant donné, depuis trente-cinq ans qu'il tient la plume et qu'il est sur la brèche, des articles sur la politique et la science, comme sur les lettres, dans les journaux de Paris et de la province, il se trouve naturellement préparé à ce genre nouveau de la manifestation intellectuelle qu'on nomme conférence.
Ainsi M. T. Saint-Félix nous offre cette condition qui fait les conférenciers robustes, l'infatigable activité d'esprit et de volonté, jointe à une initiative progressive.
Mais d'abord, avec un esprit ouvert, avec l'imagination du Midi et une âme sensible, qui donc ne serait entraîné vers les conceptions poétiques? On nous dit que le lettré de Mazères, qui a composé diverses pièces poétiques, songe à les recueillir et à les publier en trois volumes, sous le titre de Feuilles au vent . Je remarque, d'après son bagage littéraire et dramatique, que les Deux Gascons, vaudeville en trois actes, ont été sa première pièce, qu'elle fut jouée à Paris en 1849. La Catalane1 suivit, et après ces premiers essais, il donna des romans, chroniques, études
1. Comédie en un acte. L'auteur donna ensuite Toutpar la femme, opéracomique en trois actes, el une scène lyrique intitulée Adieux de Mario Stuart.