‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 188 sur 498 · I. Les académies de Toulouse, de Caen, etc · texte numérisé non relu

I. Les académies de Toulouse, de Caen, etc

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pour que le conférencier de Mnzères se soit décidé à étudier et pratiquer la navigation aérienne. Tant en montgolfière (ballon à feu) qu'en aérostat (ballon gonflé au gaz), on a compté, nous dit-on, que l'aéronaute ariégeois avait fait plus de cinquante ascensions, dont la plus remarquable fut le voyage du Géant, en 4 8G3. Disons, par digression, que c'est une difficulté entre les écoles démocratiques et les écoles aristocratiques, de savoir à quoi s'en tenir sur le fait et le droit de légalité dans les races humaines. L'égalité humaine, indiscutable dans la plupart des droits, trouvet-elle une entrave fatale dans l'aristocratie créée parmi les hommes par la science et les savants, et dans les variétés infinies d'où proviennent des degrés et des nuances sans fin entre tous les membres de la race humaine ? Ne doit-on pas tenir compte de ce que l'Allemagne appelle « le droit des supériorités » , en même temps que la doctrine classique du spiritualisme fonde l'égalité humaine sur le fait de l'égalité du libre arbitre chez tous les hommes? Sans discuter entre Hegel, Mommsen, Strauss, Renan d'une part, et de l'autre Renouvier, Proudhon, Alfred Fouillée, et sans toucher au dogme de l'égalité humaine que M. Saint-Félix reconnaît avec l'instinct français et la philosophie française, notre ariégeois n'en semble pas moins démontrer en sa personne l'inégalité des tempéraments et des individualités, par un courage, une passion et une hardiesse d'initiative fort insolite. Jeune, au nom de sa vocation originale et de lavariété des constitutions personnelles, ne s'était-il pas échauffé à la lecture d'un livre de 1784 sur Y Art de voyager dans les airs? Retrouver dans l'homme transporté à Paris, lancé dans les préoccupations nationales, et dévoré par l'activité qui s'empare des facultés de tout citoyen dans la capitale, retrouver la survivance de l'esprit sympathique en faveur delà province, n'est point chose commune et insignifiante. Or,

ŒUVRES DE BIENFAISANCE. 2ol

à côté de l'originalité des goûts intellectuels, on doit constater ce nouvel aspect de physionomie chez M. Saint-Félix, nous voulons dire la constance de la flamme ariégeoise. En 1867, il organisait à Paris, avec M. le baron Taylor, les grands concours de musique orphéonique, au Pré-Catelan. En 1869, il créa les concours de gymnastique avec M. E. Paz. En 1872, c'était le tour des fêtes de charité, qu'il organisa au Palais de l'Industrie, au profit de la maison de Reuilly, des petites- sœurs des pauvres et des filles de saint Vincentde Paul. En 1873, il donna; également au Palais de l'Industrie, le festival de la délivrance ; et, en 1875, dans le jardin des Tuileries, une grande fête au profit des inondés du Midi; entreprise qui ne fut point sans résultat. D'après les chiffres qui nous ont été communiqués, 32,500 francs furent versés entre les mains de madame la maréchale de Mac-Mahon, présidente du comité. Bien plus, M. Saint- Félix, qui avait vu les terribles ravages de l'inondation de 1875, si désastreuse pour nos contrées des Pyrénées, fit, de juin à fin de septembre 1875, à Paris (au Théâtre- Lyrique, aux Variétés, à Beaumarchais, à la Porte-Saint- Martin, au Grand-Hôtel), à Liège, à Anvers et à Bruxelles, plus de vingt conférences qui produisirent plus de 100,000 francs. Enfin en 1883, 1884, 1885, nous le retrouvons portant la parole, soit devant des auditoires de compatriotes à Foix, soit à Paris devant la Société amicale des Ariégeois.

Activité dans l'originalité. Les essais poétiques de M. Saint-Félix sont-ils autre chose qu'une nouvelle forme de sa nature agissante, de son activité patriotique ? Victor Hugo donne un remerciement et un applaudissement à ses Chants du siège de Paris, 1870-1871. Ces chants du siège renferment un chant naval, le Branle-bas, qui appelle aux armes les marins de France :

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Matelots, n'entendcz-vous pas Un bruit confus sortir de l'onde?

C'est la voix du canon qui gronde :

Le tambour bat le branle-bas.

N'écoutons que notre courroux...

Écrasons cette Prusse altière...

Il y a aussi une mélodie, les Oiseaux du proscrit; une chanson, le Mobile breton; un chant patriotique, Chassons les Allemands ; un hymne, Liberté.

Nous avons remarqué également une ode lyrique, le Vieux pasteur ■, pièce couronnée à Toulouse, en 1882, et de laquelle s'exhale un fortifiant arôme évangélique ; un petit poème, la Voix de la France, distingué par l'académie artistique et littéraire de Béziers , au concours de 1883 ; une fable, le Secret de la rose) qui obtint le premier prix en 1883, au concours des petits jeux floraux de Marseille, et qui consiste en une charmante scène de jalousie entre la tulipe et la rose ; un Remember, à l'occasion de la mort du P. Lacordaire, improvisé à Mazères; une ode, Paris nouveau , sur les transformations de la ville de Paris, de son assainissement depuis 1860; un poème, le Voyage du « Géant », qui est le récit émouvant d'une ascension qui eut ses péripéties et ses dangers.

Ce qu'on reprochera peut-être à ces poésies fugitives, écloses au jour le jour et qui ont un souffle lyrique, c'est de manquer quelquefois de couleur et de richesse dans les images. 11 y a bien sans doute ce reflet de l'emportement juvénil, le tourbillonnement tumultueux des idées et des sentiments. Toutefois, plusieurs de ses cantates, etc., se ressentent, il nous semble, de la précipitation, de la vie à la vapeur. Nous ne disons point que les poésies du conférencier de Mazères donnent tout au pur travail du

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