‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 189 sur 498 · CONFÉRENCES SUR LES AÉROSTATS · texte numérisé non relu

CONFÉRENCES SUR LES AÉROSTATS

rythme et au mépris de l'idée. M. Saint-Félix pencherait plutôt vers une exagération contraire , se préoccupant des choses et négligeant les sonorités de la forme, en sorte que plusieurs de ses pièces et cantates, comme celle pour l'inauguration de la statue de Lakanal, ont, dans certaines strophes, l'air de ressembler à la prose rimée. Mais nous retrouvons le coloris en revenant à ce qui fait le vrai fond des facultés intellectuelles de notre Ariégeois, qui a voulu ne rien devoir à ce qu'on appelle « la poésie moderniste » , à ces disciples de Baudelaire, poètes « schopenhauéristes, poitrinaires et lugubres».

XXIII. — Nous avons hâte de considérer le conférencier de Mazères se révélant dans la conférence proprement dite, parce que la conférence est l'exercice le mieux en situation pour mettre enjeu les vives facultés de cet esprit fécond et varié. Ce sont d'abord les conférences sur les questions de sciences physiques, météorologiques et mécaniques. Le 10 septembre 1883, M. Saint-Félix fit, à Foix, une conférence « instructive et intéressante », au dire des feuilles du Midi, sur les aérostats, sur la navigation aérienne. Il y a cent ans qu'on a fait cette découverte en France, M. Saint- Félix venait sans doute initier ses concitoyens aux progrès et à l'état présent de la science aéronautique. Il remplissait envers les Ariégeois le même rôle qu'assumait récemment de l'autre côté du Rhin le major Bucholtz, devant les membres de Y Elektrotechnische Verein, celui dont se sont chargés aussi, en ces derniers temps en France, pour un public plus restreint ou plus général, E. Marey-Monge, Nadar, II. Durassier, Godard, de laLandelle, A. Goupil, de Grilleau, de Fonvielle, Gaston Tissandier, Dupuy de Lôme, Pour être absolument compétent en pareille matière, il ne suffît pas de la théorie, il faut avoir pratiqué les aérostats ;

2o4 L'ARIÊGE, IVe PARTIE {suite et fut), CHAP. III.

M. Saint-Félix n'était pas un novice dans la navigation sur l'océan aérien.

Il n'était pas possible à M. Saint-Félix d'inventer l'historique des montgolfières et des aérostats. On n'invente pas l'histoire, mais M. Saint-Félix a rendu cette histoire originale, spirituelle, attachante, en l'accompagnant d'épisodes anecdotiques. L'essentiel était de stimuler dans ses compatriotes l'amour pour la science de la nature, et cet esprit de recherche qui conduira enfin, il faut l'espérer, après les tâtonnements de ces dernières années, à découvrir les moyens certains de diriger les ballons. La lucidité, l'entrain, le grand intérêt de cette conférence du 10 septembre, furent constatés par les journaux de la localité1. On sentait qu'avec sa faculté assimilatrice et sa spontanéité de conception, le lettré de Mazères voulait préserver ses compatriotes ariégeois du reproche plus d'une fois exprimé contre la grande majorité des Français réputés instruits, sachant plus ou moins le grec et le latin, mais ignorant absolument les lois qui régissent les corps immergés dans l'atmosphère où nous vivons2.

Après avoir dit le passé des aérostats, le conférencier signala en quelques mots où en étaient, à l'heure présente (1883), les points acquis, les études et les expériences nouvelles des savants pour la confirmation des principes aéronautiques posés depuis longtemps, ainsi que pour le problème des ballons dirigeables3, pour l'honneur enfin de la navigation aérienne qui, dans ses inventions et dans tous

1. VAriège hebdomadaire du 16 septembre 1883; — V Avenir de la même époque.

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