‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 197 sur 498 · CORRESPONDANCE DE LABOUISSE ROCHEFORT · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE DE LABOUISSE ROCHEFORT

En France, a-t-on dit, pays d'engouement et de caprice, chaque siècle, chaque époque a eu ses modes en littérature, aussi bien qu'en habitudes sociales ou en vêtement. Sous François Ier, on prisait le rondeau. Boileau faisait valoir le sonnet. Bientôt les choses changèrent dans le Parnasse, ce fut le tour de ces voyages moitié prose, moitié vers, dont Chapelle et Bachaumont donnèrent des modèles. Ce genre littéraire eut quelque temps assez de vogue ; il n'était petit bourgeois, ayant fait un voyage de trois lieues, qui ne voulût donner, en pitoyable prose assaisonnée de mauvais vers, le récit de ses aventures. Or, on a fait un mérite à Labouïsse-Rochefort d'avoir ressuscité cette mode, qui avait fini par disparaître. « Il s'est trouvé un homme aimable et modeste, disait une revue de Paris, qui a eu le courage de l'exploiter de nouveau, c'est M. de Labouïsse- Rochefort ; mais il a su le rajeunir en remontant à son origine et en lui rendant sa véritable destination, celle que Chapelle et Bachaumont lui avaient primitivement donnée ».

Nous déplacerons la question. Nous dirons non point que ce genre littéraire des voyages a fait son temps, mais que Labouïsse-Rochefort est ailleurs, et qu'il faut le chercher dans sa correspondance. Ainsi nous avons, dans ce chapitre : 1° à faire connaître les circonstances de cette correspondance ; 2° à préciser les conclusions qui en découlent.

La France et l'Ariège n'ont pas fait assez d'attention au moraliste caché dans cette correspondance. Labouïsse- Rochefort est-il dans les poésies légères qu'il écrivit au courant de la plume, et qu'on lisait de son temps à la hâte? Trouve-t-on le vrai Labouïsse-Rochefort dans les nombreux volumes qu'on a de lui à la Bibliothèque nationale ? — Nullement. Nous estimons qu'il est surtout dans ses lettres, qui sont innombrables et qui font

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de lui le mémorialiste, le chroniqueur de la première moitié du dix-neuvième siècle.

Si Ton distingue différents genres de correspondance : le genre Sévigné, le genre Voltaire, le genre Tféloïse et Abélard, le genre Maurice et Eugénie de Guérin, etc., nous ne devons point passer sous silence le genre Labouïsse- Uochefort; car on doit s'habituer à classer le lettré de Saverdun dans la société immortelle des beaux esprits, où il faut lui conserver une place. Or, si l'on doit demander Labouïsse- Hochefortàln famille d'esprits à laquelle il appartenait réellement, indubitablement nous devons le chercherparmiceux qui ont cultivé le genre épistolaire. Ses livres môme ne sont qu'une forme de la correspondance. Il raconte des voyages à Trianon, à Saint-Léger, à Rennes-les-Bains; il dit ses rêveries, ses confidences, ses souvenirs, il se raconte luimême ; mais ne lui demandez pas un livre dogmatique, un Iraité rédigé avec méthode '. En tout ce qu'écrivit Labouïsse se retrouvent la fluidité de la lettre, ce ton négligé, cette surabondance qui déborde et conduit à la prolixité. C'est un bois touffu, où les branches vous embarrassent ; mais on l'élaguera pour s'y frayer un passage2.

1. Labouïsse, parlant de ses propres œuvres, dît lui-même: « Ce ne sont que des causeries, des extraits, de l'histoire enrobe de chambre, des anecdotes privées, des traits piquants, des remarques littéraires. » (Trente ans de ma vie, t. VI, p. 4.) — Qu'on prenne, par exemple, ses Mélanges politiques et littéraires, volume in-8°, publié en 1834; ce n'est pas autre chose qu'une correspondance. Labouïsse-Rochefort y a réuni 45 lettres, quelques-unes fort étendues, adressées généralement à des journalistes. 11 y discute, sans doute, quelque point relatif aux lettres, aux hommes ou aux choses.

Comment aussi se refuser à reconnaître deux faibles en Labouïsse : de ne savoir se résoudre à parler moins souvent de sa personne, ni à faire moins d'usage des dernières bribes de son portefeuille?

2. Nous sommes le premier à dire que les œuvres de Libouïsse-Rochefort pèchent par la surabondance, par l'abus des digressions, un certain manque d'ordre et de sobriété, une véritable incontinence de plume. Nous souscrivons au jugement de M. le vicomte de Bonald, rec-

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