CHAPITRE Y
Section des orateurs. — Ceux qui ont fait rejaillir sur l'Ariège leur renommée d'orateurs, leur talent de parole. — Eloquence ecclésiastique. — Les polémistes du treizième siècle. — Les discussions contre les Albigeois.
— Roger-Bernard II et le vice-légat Pierre de Colmieu. — Premières heures du quatorzième siècle ; Bernard de Saisset. — La lutte étonnante que soutient ce grand polémiste contre le roi de France Philippe le Bel. — Fermeté et hardiesse. — Saint Dominique proposé pour l'évêché de Saint-Lizier. — Seizième siècle ; le P. Edmond Auger. — Un des plus grands prédicateurs de son temps. — Remarqué par saint Ignace. — Fit ses débuts oratoires dans le pays de Foix. — Surpris à Valence par le baron des Adrets et condamné à être pendu. — Aucun prédicateur renommé du quatorzième au seizième siècle. — Les polémistes ecclésiastiques de l'Ariège à la fin du dixseptième siècle. — Lutte entre Mgr de Caulet et la compagnie de Jésus. — Edit de 1673 d'où sortent des tempêtes. — Droit de régale. — Mgr de Caulet et Louis XIV. — La question du jansénisme complique les conflits de Pamiers. — Un groupe de polémistes autour de Mgr de Caulet. — Le théologien Charlas, du Couserans. — Le P. Cariât de la Queilhe. — Le P. Jean Cerles. — Le P. d'Aubarède. — Première moitié du dix-huitième siècle. — Un groupe de prédicateurs. — Le P. Paul Desserres. — Le P. Hyacinthe Paris. — Le P. Gil. — Le P. Joseph Desserres. — Dix-neuvième siècle : l'abbé de la Tour. — L'abbé delà Fage. — Le P. Domenc. — L'abbé Loubet. — Le P. de Coma. — Mgr Chrestia. — Le P. Ambroise Denis Farges, de Saint-Girons. — Prédicateur de haute race. — Caractère et tendance de cet esprit. — Nature de son éloquence. — Encore jeune et déjà semi-illustre par ses talents précoces. — Quelques-uns de ses discours, conférences, sermons. — L'abbé Peyrat, archiprêtre de Foix. — A peine quelques fragments de discours nous restent de l'abbé Peyrat. — Un rapport de lui au conseil général. — Une plaidoirie faite par lui au tribunal de Saint-Girons.
— L'Éloquence militaire personnifiée dans trois noms : Gaston de Foix, le brave d'Usson et le chef de bataillon Delmas. — Harangue de Gaston de Foix, duc de Nemours, avant la bataille de Ravenne. — Harangue du brave d'Usson, de l'armée calviniste, au siège du Mas-d'Azil. — Le chef du 7e bataillon de l'Ariège, en 1794. — Une de ses correspondances digne des temps antiques.
1. — Si, dans ce tome second des Archéologues, nous faisons une place pour ceux qui ne l'ont pas eue aux tomes
208 L 'ARIÈGE, IVe PARTIE (suite et fin), CHAP. V.
précédents, si nous devons faire mention des Ariégeois qui, par un mérite quelconque civique, moral, intellectuel, ont ajouté un nouveau relief à leur chère Ariège, à celui qu'elle tenait déjà de sa physionomie territoriale, de ses sites pyrénéens, de son sol, des ressources cachées dans sa part d'écorce terrestre, des chapitres nouveaux doivent aborder ceux qui ont fait valoir l'x^riège en se distinguant par le talent de la parole, par la dialectique, par l'éloquence. Rien n'a manqué dans le pays de Foix, ni éloquence ecclésiastique, ni éloquence militaire, ni éloquence du barreau, ni éloquence de la tribune politique.
Nous parlerons, premièrement, des Ariégeois qui ont brillé dans l'éloquence ecclésiastique, et en second lieu, de ceux à qui sont dus des morceaux d'éloquence militaire.
En commençant par l'éloquence ecclésiastique , nous devons d'abord mentionner les orateurs et les polémistes. Il est bien évident que, si les savants, les moralistes, les régénérateurs des peuples sont des porte-lumière au milieu de leurs semblables, c'est qu'ils savent faire accepter la lumière, la faire pénétrer dans les milieux qui lui résistent. Ceux qui viennent à bout des résistances opposées aux clartés intellectuelles, sont ce que l'on nomme les orateurs et les polémistes, et il s'agit de rappeler ceux qui furent les précurseurs de nos polémistes et orateurs, dans le monde ecclésiastique, militaire, judiciaire et politique de F Ariège.
Les orateurs et les polémistes de r Ariège, au treizième siècle, nous les voyons éperonnés, bottés ; c'étaient les chevaliers, les barons, les comtes. Telle était l'ardeur, la conilçion de la polémique qu'au lieu de rester individuelle, elle se faisait secte, légion, école. Montségur fut par anticipation, dans le Midi, le Port-Royal des Champs,