LUTTES ALBIGEOISES EN ARIEGE
et Napoléon Peyrat s'est constitué l'historien, le poète, le critique, le Sainte-Beuve sympathique de ce Port-Royal des Pyrénées. Nous avons ici moins à discuter les Albigeois sous le rapport doctrinal, que sous le rapport de la forme, du procédé ; et l'histoire montre avec quelle impétuosité les Ariégeois soutiennent les querelles et les partis qu'ils embrassent.
II. — Il a été fait, en notre siècle, des travaux sur les Albigeois, sur leurs doctrines et leurs querelles avec l'Eglise. Ces travaux embrassent tout le mouvement que l'hérésie albigeoise suscita dans le Midi de la France *. Mais nul, jusqu'à Napoléon Peyrat, n'avait encore assez fait ressortir les éléments indigènes de l'Ariège , dans cette insurrection des idées contre la doctrine catholique.
Il fallait s'attendre à ce que des plumes protestantes cherchassent, à notre époque de critique, à réunir en un faisceau les recherches modernes sur la matière. L'affinité de certains principes, la curiosité toute naturelle des adver-
1. Citons de Parctelaine, Histoire de la guerre contre les Albigeois,. Paris, 1833, in-8°. — Barrau et Darragon, Histoire des croisades contre les Albigeois, Paris, 1840, 2 tomes in-8°. — Schmidt, Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou Albigeois, Paris-Genève, 1849, 2 vol. in- 8°. — L'abbé C. Douais, Les Albigeois, leurs origines, action de l'Église au douzième siècle, Paris, 1819, in-8°. — Guibal, Étude historique sur le poème de la croisade contre les Albigeois, Toulouse, 1863, in-8°. — Florentin Ducos, l'Épopée toulousaine ou la guerre des Albigeois, Toulouse, Paris, 1850, 2 tomes in-8°. — Paul Meyer, La chanson de la croisade, avec traduction, Paris, 1875-1879, 2 tomes in-8°. — Guizot, Y Histoire des Albigeois du moine de Vaux-Cernay. — Gh. de Smedt, Les sources de l'histoire de la croisade contre les Albigeois (étude insérée dans la Revue des questions historiques, t. XVI, p. 433, année 1874). — N. Peyrat, Histoire des Albigeois, 3 tomes in-8°, Paris, 1870-1872. — M. A. Vuitry, Étude sur les Albigeois, mémoire lu à l'Académie des sciences morales et politiques, séances de septembre-octobre, 1877.— Ph. Tamisey de Larroque, Mémoire sur le sac de Béziers et sur le mot Tuez-les tous, 1862 {Revue des questions historiques, t. I. p. 168). — E. Boutaric, La guerre des Albigeois et Alphonse de Poitiers (Revue des questions historiques, t. II, p. 155).
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saires, mise en face des doctrines romaines et des revendications héréditaires, ne devaient-elles pas devenir, pour des écrivains calvinistes d'origine ariégeoise, un stimulant à fouiller ces débris de traditions et de manuscrits, à l'aide desquels on pourrait reconstruire les thèses et les arguments des polémistes ariégeois du treizième siècle, hérétiques, nobles ou autres ? Il y a sans doute peu de chose à glaner dans la disette des monuments. Mais si peu qu'il existe, on comprend qu'il y ait de l'attrait, pour les protestants, à faire l'histoire des attaques du treizième siècle contre le catholicisme, dans les Pyrénées. N'est-il pas évident que pour les protestants modernes , pour les protestants d'étude et de combat, la scission du seizième siècle se fait un précédent, un préliminaire important aux dépens des grandes luttes soutenues , dans TAriège, au treizième siècle?
Nous avons dit que nous laisserons la question d'orthodoxie à part, pour ne considérer les faits que du côté de l'histoire de Fart, et des formes diverses des controverses nationales. Or, il est certain que les historiens n'avaient pas assez mis en relief le caractère de la résistance que l'Ariège et les comtes de Foix élevèrent soit contre les croisés, soit contre les influences de Rome.
Il est reconnu que dans toute doctrine, même erronée, il y a quelques débris de vérité ; et l'on peut ajouter peutêtre que, dans toutes les luttes, il y a plus ou moins, des deux côtés, une portion de bonne foi. C'est à ce titre qu'on peut expliquer comment les meilleures natures entrent dans la défense de causes contradictoires, au détriment du droit et de la raison. Cela admis, ce qui doit intéresser, c'est la consistance du caractère personnel , lorsqu'elle se trouve en rapport avec l'intensité de la polémique et de l'éloquence.