Saint-Paul, Mémoire historique sur le Mas-d'Azil, p
362 L'ARIÈGE, IV0 PARTIE {suite cl fin), CHAP. V.
sur les champs de bataille, elle prend le chemin des âmes, à ces heures suprêmes qui précèdent immédiatement le martyre, l'héroïsme du soldat, l'agonie ou les victoires nationales. Voici un autre trait d'éloquence ariégeoise, qui tient aux scènes de la vie militaire.
C'est surtout pendant les guerres de la République que l'éloquence militaire, cette éloquence vive, forte, sobre et brève, devait se faire jour. Un Ariégeois avait été tué dans la journée du 26 thermidor an II, dans la guerre contre les Espagnols, qui eut pour théâtre la Cerdagueet les Pyrénées orientales. Le citoyen Amardel (de Foix), capitaine au 1er bataillon de grenadiers des Pyrénées-Orientales, venait de perdre la vie, et il fallait en donner la nouvelle à Foix, dans sa famille. Mais comment annoncer la mort de ce brave capitaine à son père, qui était magistrat de la ville de Foix? Écoutons. C'est Delmas, chef du 7e bataillon de l'Ariège, qui se chargea de cette triste mission :
Au camp de la Madeleine, le 16 fructidor, deuxième année républicaine.
Le chef du 7 e bataillon de VÀriège au citoyen Amardel, maire de Foix.
Citoyen,
Tu es assez républicain pour apprendre sans frissonner que ton fils a glorieusement succombe.
11 est mort au champ de l'honneur.
Ton cœur sensible va être affecté; mais écoute le généreux dévouement de Ion fils et, loin de te plaindre, glorifie-toi d'avoir donné le jour à un des plus braves défenseurs de la liberté.
A la tête de quelques braves qu'il commandait, à la glorieuse affaire du "20 du mois dernier, il s'élance sur un gros d'ennemis; il est atteint d'une, balle au côté; son sang rui-selle ; à l'instant les sabres, les baïonnettes sont levés sur lui; il se défend longtemps et répond à coups redoublés aux sommations de se rendre ; il reçoit cependant deux coups de sabre à la main, et un coup de baïonnette lui perce le sein ; il tombe.
Mais, avant d'expirer, il avait fait mordre la poussière à deux esclaves castillans.
Ses braves camarades ne purent le secourir ; ils eurent le même sort que lui.
Voila, citoyen, la lin glorieuse de ton fils, que nous regrettons tous, tant par rapport à ses qualités personnelles qu'à cause de son dévouement sans bornes au bien de la République.