ÉLOQUENCE JUDICIAIRE
D'autres barreaux ont eu les Berryer, les Marie, les Allou, Rousse, Bétolaud, Oscar Falateuf, Jules Favre ; l'Ariège a eu les Breton, l'avocat de cour d'assises, A Sentenac, ^ . Vidal , .[offres , Saturnin Vidal , dont Plougoulm salua les destinées, Rives, de Saint-Girons, Anouilh, de Prat, (iouazé, de Foix, Bonzom fils, Julien Dumas, pour ainsi dire de Lavelanet et d'Orléans, Joseph Pujol, du barreau de Saint-Girons, Borelly, du barreau de Pamiers !, etc., etc., jurisconsultes sagaces ou brillants avocats, sachant limer de belles phrases ayant prononcé des plaidoyers pleins d'accent où « l'inspiration était conduite et for-
ÏAriège, tels que le marquis de Portes, membre de la commission du sceau et maître des requêtes pendant la Restauration, qui lutta aux élections contre M. Guizot... tel qu'un Pagès-Prof, originaire de Massât, dont nous n avons pu éclaircir et contrôler la légende romanesque ou semihistorique.
Ce Pagès-Prof (abrégé sans doute de Pages, professeur), qu'on a dit ecclés.astique et docteur de Sorbonne, s'était retiré à Saint-Girons aprè< 1-93, pour s'enrôler dans le barreau, où il déploya un talent original 11' plaidait avec une grande facilité, avait besoin de la contradictio°n et se tirait d'affaire, sans trop avoir étudié le droit civil. Toutefois, le droit canonique lui venait un peu en aide. 11 plaida plusieurs fois (sous le premier empire, sans doute), contre le vieux M. Peyruzat, qui lui reprocha un jour son ignorance du droit. Pagès-Prof aurait, dit-on, répliqué par une tirade de colère éloquente. Jetant ses paperasses à la tète de M- Pevruzat, ancien doctrinaire : « Quand j'aurai balayé comme vous, lui dit-il, pendant vingt ans, la poussière des enceintes judiciaires, je... »
Pagès-Prof, continue la légende, reprit la carrière ecclésiastique devint vicaire ou curé d'Antras, prit part à une discussion où l'archevêque de Toulouse était intéressé, publia une brochure foudroyante, devint grand-vicaire d'Angoulème, etc.
On ajoute que, pendant la Convention, il avait eu de effaudes affaires avec Chaudron-Rousseau, envoyé en mission dans l'Ariège.
1. Nous n'en finirions pas, si nous devions signaler les nombreux talents qui se révèlent actuellement dans les barreaux de Pamiers, Foix et Saint-Girons, ou qui ont conquis une réputation depuis plusieurs années. Hier encore la République de Foix signalait les brillants débuts d'un jeune avocat inscrit au barreau de Foix. « La parole facile, élégante et persuasive de M. Caccia, dit ce journal, a mis tout naturellement sur les lèvres de M« Ernest Joffrès, avocat de la partie adverse, des paroles de gracieuse bienvenue, et il a pu constater que la plaidoirie de M. Caccia annonçait un esprit distingué, des études sérieuses, un avocat enfin qui marquera sa large place au barreau de Foix. »
:1G8 L'ARIÈGE, IVe PARTIE (mite et fin), CHAP. VI.
fciflée par l'art, où se mêlaient l'émotion et le tact littéraire. » Mais, comme nous l'avons fait entrevoir, parce que nous sommes limité par l'étroitesse de l'espace, nous nous arrêterons seulement à deux noms : l'avocat qui entra dans la famille de la duchesse de Riario-Sforza, sœur de Berryer, en épousant la filleule de cette dernière, Casimir Du Gabé, et son rival d'éloquence, venu peu après lui, M. Laborde, longtemps président du conseil général de l'Ariège, membre du barreau de Foix, et dont on a pu remarquer la langue claire et l'art d'argumentation, dans les enceintes parlementaires de Paris. Que le corps des avocats1 du département nous permette de prendre ces deux noms, comme représentation de ce que devient, entre les mains des avocats de l'Ariège, la délégation qu'ils reçoivent de leurs concitoyens, la délégation de leur droit personnel de défense, le ministère sacré de la défense.
Nous n'entrerons que dans un seul détail, relatif à un membre vivant du barreau Saint-Gironnais, parce que les feuilles publiques 2 nous mettent sous les yeux un discours prononcé par lui aux funérailles d'un de ses confrères.
1. On a reproché aux avocats de former un ordre à part. Un membre du conseil municipal de Paris, peut-être pour ne pas perdre l'habitude de supprimer, s'élevait contre le monopole, et demandait la suppression de l'ordre des avocats, comme étant un dernier vestige de la féodalité.
La presse, tour à tour, a fait ressortir les petits avantages de cette suppression, et ses énormes inconvénients et dangers au point de vue de la bonne administration de la justice. Qu'on donne à l'organisation actuelle les modifications qu'elle comporte ; mais que deviendrait le monde, si le prétoire était envahi par toute sorte d'agents d'affaires? Est-ce que tout le monde est versé — même ceux qui croient l'être — dans la connaissance ardue du droit et de la jurisprudence, dont une vie entière de travaux assidus, dit Me Allou, n'épuise pas les secrets? D'ailleurs, dans l'histoire judiciaire, n'a-t-on pas fait l'épreuve des plaideurs libres, des défenseurs libres?
Et lorsque les procès roulent sur des documents secrets, lettres intimes, titres décisifs, uniques, les avocats des deux plaideurs pourraient-ils en échanger la communication? Serait-on sur que ces pièces importantes seraient rendues ?