CHAPITRE VI
Suite de la section des orateurs. ■ — Ceux qui ont brillé dans l'Éi.oquenci-: judiciaire. — Notre regret de ne pouvoir énumérer tous les Ariégeois qui ont eu un nom au barreau. — Pagès-Prof. — M. Anouilh, de prat. — Deux représentants du barreau de l'Ariège. — Charles-Casimir Du Gabé. — Ce qui faisait la nature de son grand talent et ce qui reste de son œuvre. — Du Gabé plaide, en 1825, dans la fameuse affaire des Transfuges.
— Après 1830 il plaide pour la Vendée. — Procès des troubles de Montpellier en 1 833. — Du Gabé arrive à son apogée. — Aperçus de l'une de ses belles plaidoiries. — Deux duellistes de la parole, Du Gabé et Gasc. — Du Gabé devient l'un des grands avocats du Languedoc. — Appelé dans toutes les affaires. — Du Gabé débute au barreau de Paris. — Procès criminel de 1839 ; le jeune assassin Adolphe Boulet. — La ville de Toulouse honore celui qui a honoré l'éloquence française. — Il était de l'Académie des Jeux floraux, de l'Académie de législation, de la Société de jurisprudence, de la Société des bonnes études. — Hommage de maîtres Lachaud et Delangle à Du Gabé. — Ce qui reste de ses œuvres littéraires et oratoires.
— Ses derniers discours. — Orateur complet de la génération des Berryer, Crémieux, Hennequin. — Son ingérence dans la politique. — Ce qu'on appela son évolution dans la période de 1842 à 1848. — Nécessité de personnifier le barreau actuel de nos montagnes, pour la période nouvelle, dans un seul Ariégeois, M. Louis Laborde. — Ses premières luttes avec Du Gabé.
— On ne suivra M. Laborde ni au Sénat, ni au conseil général de l'Ariège.
— On ne considère ici que l'avocat. — Les preuves de son talent et les témoignages de la réputation que des circonstances ont faite autour de son nom. — Quelques fragments de discours conservés par la presse parisienne et par la presse de province pour la période de 1879 à 1886. — M. Laborde, logicien et orateur, dit clairement ce qu'il veut dire. — Il se fuit entendre au Sénat, dans la séance du 6 juillet 1880, sur la question forestière. — Succès de M. Laborde dans les procès de cours d'assises. — Affaire Carrétier. — Affaire Escalières. — Affaire Astrié-Laberty. — Affaire Mayot. — Influence de M. Laborde. — Impressions contradictoires.
I. — En ce chapitre, nous ferons connaître ceux qui, au barreau, ont fait briller le nom de lWriège. Disons de suite notre regret de ne pouvoir nous arrêter
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à la niasse d'avocats qui se sont distingués dans notre barreau, ou qui, sortis de l'Ariège, ont porté ailleurs l'éloquence judiciaire. Il nous suffira de nous attacher à deux types, un mort et un vivant, pour honorer en eux tous les Ariégeois qui ont porté noblement la parole devant les tribunaux ; car, comment aligner les noms des avocats de Foix, de Pamiers, de Saint-Girons qui, depuis cent ans, ont fait entendre leur parole, avec plus ou moins de talent, dans des milliers d'affaires intéressant tantôt la justice criminelle, tantôt la justice civile ' ?
Si Ton a remarqué que le pays de Foix et de Couserans avait toujours été fécond en vocations pour le barreau; si une revue savante a voulu relever, pour la seule petite vallée de Massât, la grande quantité d'avocats au parlement et de lettrés qu'elle avait au commencement du dixhuitième siècle 2, il faut croire que le désir de s'initier à la science du droit, et le prestige du talent d'improvisation indispensable à l'avocat, exercent sur les Ariégeois une attraction puissante 3.
1. Si les avocats ne sont pas très populaires à l'heure présente, c'est qu'on a trop souvent confondu, sous ce nom, tous les bavards politiques qui ont, à diverses époques, envahi, mené et troublé la France. — Puis, pour le peuple, l'avocat c'est la chicane, ce sont les procès qui coûtent cher; ce sont les attaques et parfois les violences de la plaidoirie. Toutefois, il n'est pas moins vrai que la profession d'avocat est belle, quand on reste fidèle à la dignité de sa mission, celle d'être le tuteur, le représentant de ses concitoyens, en présence de la justice. Cela ne veut pas din que nous justifions les excès de parole: nous désirons, au contraire, que des mesures efficaces obligent les avocats à se surveiller, avant de jeter des mots inconsidérés sur le compte des autres. Nous n'accordons pas l'inviolabilité aux avocats, que doit refréner la censure disciplinaire.
Ajoutons qu'il faut aussi qu'on se garde de plaider indifféremment le pour et le contre en affaires comme en politique, avec une désinvolture qui choquerait nécessairement. L'avocat digne de ce nom n'abusera pas outre mesure du tout se plaide.
2. Revue de Gascogne, t. XXIV, p. 331, article intitulé Le XVIIIe siècle à Massât, par Th. Azémar, qui cite .lean-.l. Espaignac, Jean-Pierre Galin, avocats en parlement, etc.
3. Nous ne pouvons énumérer les avocats plus ou moins importants de