‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 257 sur 498 · Dubedat, Notice nécrologique, p · texte numérisé non relu

Dubedat, Notice nécrologique, p

2. Du (Jubé plaida encore aux assises de la Seine pour un autre jeune homme, venu de Toulouse, que la gène et les soucis d'étudiant avaient poussé à l'assassinat.

3. Où sont tant de plaidoiries pleines de railleries fines, de vigueur et de hardiesse? Elles se sont envolées avec les heures de l'audience. Quand on le demandait à Du Gabé, il répondait par le mot charmant de Villon : « Où sont les neiges d'antan? » (Dubedat, Notice nécrologique, p. 13.)

AFFAIRE DE i/ASSASSIN BOULET. 381

On disait, en 1860, que dans l'éloquence criminelle, il n'était point d'avocat, pour le Nord surtout, qui sût élever si haut que M. Chaix d'Est- Ange l'horreur tragique. Il est bien vrai que, dans cet ordre de causes judiciaires, sa plaidoirie, lors de l'épouvantable affaire Benoît, la plus affreuse dont le souvenir soit resté dans les annales du crime, est un chef-d'œuvre d'un bout à l'autre. Mais Du Gabé ne fut-il pas le Chaix d'Est-Ange du Languedoc, pour la plupart des affaires criminelles de son époque, par exemple dans le procès criminel de 1838, alors qu'il plaida pour le jeure assassin Adolphe Boulet, comme en tant d'autres procès? La cour d'assises de la Seine eut à juger, en l'automne de 1838, un crime qui ressemblait assez à ces terribles aventures dont le récit alléchait la littérature d'une certaine époque. « Un jeune homme de vingt ans, ayant presque les traits d'un enfant, abreuvé à ces récits imaginaires qui associent l'idée du crime à la grandeur morale, avait tué un soir sa maîtresse par jalousie, et s'était frappé luimême de vingt coups de couteau. 11 y avait eu quelque chose de touchant dans la mort de la jeune fille : elle avait imploré le pardon du meurtrier». M. Plougoulm soutint l'accusation, et, comme s'exprime un journal judiciaire de l'époque1, une des réputations du barreau de Toulouse, M. Du Gabé, membre de la Chambre des députés, vint joindre sa voix aux brillants efforts de Charles Ledru. Ce journal se disait heureux de pouvoir reproduire la plaidoirie saisissante de M. Du Gabé, qui fut son début au barreau de Paris.

Ce début fut un triomphe. Charles Ledru, qui avait défendu le jeune Boulet avec une argumentation assez

1. L'Observateur des Tribunaux, Paris. Compte rendu de l'audience du ] i septembre 1838 et jours suivants.

382 L'ARIEGE, IVe PARTIE (suite et fin), OHAP. VI.

puissante, nous paraît, en somme, dans sa plaidoirie, froid, languissant et entortillé en une immensité de détails. 11 était à craindre qu'il ne laissât les jurés dans le vague. Du Gabé prévit le danger et sa parole apporta tout ce qui semblait manquer à Ledru. Il s'adressa à certaines fibres du cœur que Ledru avait négligées. Avec quel art psychologique l'avocat du Mas-d'Azil présenta l'esquisse de la personnalité du jeune Boulet! Avec quelle habileté ne dégagea-t-il pas les principes en matière de culpabilité ! Comme il excellait à passionner les auditeurs! « Est-ce qu'il doit suffire à l'accusation de montrer le corps sanglant d'une victime, pour assurer la punition de celui qui donna la mort? » demande notre avocat triomphant. L'avocat général avait fait ressortir les tristesses de l'état intellectuel et moral de la société française, révélé par les licences littéraires et romanesques. « Y avez-vous réfléchi? réplique l'orateur ariégeois. De quel droit une société à ce point avilie, démoralisée, vient-elle réclamer la sévérité des lois contre ceux qu'elle laisse égarer, pervertir? De quel droit veut-elle imposer des châtiments aux adeptes de ses doctrines perverses, aux sectateurs de sa littérature empoisonnée...?»

Le journal des audiences rapporte que cette allocution de Du Gabé fut souvent interrompue par de vifs mouvements d'approbation, et suivie aussi d'une longue agitation. Un magistrat compétent caractérise bien les choses : « M. Plougoulm, dit-il, demanda au jury un châtiment sévère avec cette fermeté altière qui était le signe de son éloquence. Charles Ledru et Du Gabé lui répondirent. La réplique de Du Gabé eut une élévation et un mouvement qui manquaient à la plaidoirie éplorée et traînante de Charles Ledru. »

Et comment le jury n'aurait-il pas été profondément

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