‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 285 sur 498 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Suite de la section des orateurs. — L'éloquence politique et les Ariégeois. — Eloquence personnifiée dans un enfant du Couserans, Pierre Soulé. — Comme frontispice, nous citerons quelques orateurs des siècles passés. — Les comptes rendus des Etats de Foix. — Harangueurs populaires.

— Eloquence du conseiller au présidial de Pamiers, Vadier. — Il donna sa mesure les 14, 16, 23 juillet et 24 août 1791, à l'Assemblée de Versailles.

— Un autre échantillon de son éloquence en 1 792, dans la question : Louis XVI peut-il rtre jugé? — Mot sévère de Louis Blanc sur Vadier. — Vadier ose viser Robespierre. — Rapport sur l'illuminée Catherine Théot. — On ne possède pas beaucoup d'écrits de Lakanal, ni de Bergasse-Laziroules, ni de J.-B. Estaque . — \Jn orateur ariégeois en Amérique. — Pierre Soulé, de Castillon. — Homme d'Etat d'une haute éloquence. — Comment Pierre Soulé, conduit en Amérique par les hasards de sa vie, a été l'individualité française la plus remarquable du Nouveau-Monde. — Vie qui intéresse comme un roman et instruit comme une page d'histoire. — Soulé devient le premier avocat et le premier orateur des corps délibérants aux Etats-Unis.

— On le nomme sénateur de la Louisiane. — Caractère de son éloquence. Analyse de ses principaux discours de tribune prononcés en anglais. — Affluence à Washington, quand P. Soulé devait parler. — Il fut le rival parlementaire de "Webster, de Calhoun, d'Henri Clay. — Comment il brilla dans les fameuses discussions de 1850. — Questions constitutionnelles suscitées par la Californie, le Mexique, l'île de Cuba, le bill des compromis. — Initiation de P. Soulé à la connaissance de la langue anglaise ; singulière aventure. — Passage de P. Soulé à Paris en 1849. — Visite à l'Elysée. — P. Soulé nommé ambassadeur des Etats-Unis en Espagne. — Son duel, à Madrid, avec le marquis de Turgot, ambassadeur de France. — Sa ressemblance physique avec Napoléon 1er.

I. — De l'éloquence judiciaire il faut passer à Féloquence politique; et l'on ne peut contester qu'une place ne soit due à nos conventionnels Vadier, Laziroule et Lakanal, dans la littérature révolutionnaire et républicaine. Celui qui publiait récemment une histoire de la

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littérature révolutionnaire en France ', s'est fermé luimême une mine de produits littéraires, en omettant le passé du département de l'Àriège. C'est un pays dont les hommes, avec leur souflle ardent, semblent organisés pour briller dans ce genre d'éloquence qui comporte l'enthousiasme de la liberté et l'horreur de la tyrannie , sans exclure l'égarement de la passion. Comme on demandait à un député ariégeois de la Convention s'il n'était pas le frère d'un chef vendéen qui portait le même nom que lui, Robert Gaston répondit que « s'il avait un frère rebelle, semblable à Brutus, il briguerait l'honneur de le poignarder » .

Esquissons quelques noms qui, à des titres différents, ont plus ou moins marqué dans les assemblées délibérantes; mais nous ne les prenons que comme un frontispice, avant d'arriver à un homme que nous tenons pour une des plus brillantes personnifications de l'éloquence ariégeoise, nous voulons dire Pierre Soulé, du Couserans, bien qu'il ait vécu en pays étranger et parlé dans l'idiome anglo-américain.

En commençant par cette date précise de la merveilleuse floraison de la parole française à la fin du dixhuitième siècle, ce n'est pas que nous voulions oublier le rôle de l'éloquence dans le monde gallo-romain, au moyen âge, sous l'ancien régime, dans une société qu'on se représente vouée au silence politique. Dieu sait si la politique et l'éloquence échauffèrent les esprits dans les anciens parlements, au dix-septième siècle. Ne tenaient-ils pas la tradition des anciens États généraux qui, plus d'une fois, avaient discuté avec la couronne ? Mais les

1. Georges Duval, Histoire de la littérature révolutionnaire , précédée d'une introduction par II. .Marchai; Paris 1870.

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