‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 329 sur 498 · CARRIÈRE DIPLOMATIQUE · texte numérisé non relu

CARRIÈRE DIPLOMATIQUE

contraires sous forme d'amendements, et Soulé lui prêta le secours de sa parole. Le publiciste de New-York approuve fort Soulé d'avoir soutenu que l'intervention ou la nonintervention n'avaient pu être posées comme des principes par Washington , parce qu'il n'y a guère en politique qu'une question d'intérêts qui puisse changer suivant les temps et les lieux. Pour prouver que la politique des alliances libérales et même de propagande républicaine avait été pratiquée, dans certains cas, non seulement par Washington, mais encore par John Adams et Monroë, ses successeurs, le sénateur de la Louisiane lut diverses pièces diplomatiques, dont l'une jeta un jour tout nouveau sur l'origine et, la portée réelle de la fameuse doctrine de Monroë, invoquée si souvent par les Américains contre les puissances européennes.

Soulé remonta au fameux congrès de Vérone de 1823, et tâcha de bien définir les rôles qu'y avaient joués les ministres anglais et les ministres américains, dans l'affaire où l'Espagne demandait le concours des puissances européennes, pour le rétablissement de son autorité dans ses colonies américaines. Rappelant les notes échangées entre M. Rush, le représentant de l'Amérique à Londres, et M. Canning, devant la demande de quelques possessions américaines que la France, supposait-on, voulait se faire céder par l'Espagne, Soulé signalait l'occasion qui amena le président Monroë à produire sa doctrine, d'après laquelle la république des États-Unis ne devait plus permettre aux gouvernements européens d'acquérir ou de conquérir une autre colonie nouvelle sur le continent américain.

Là-dessus porta la perspicacité diplomatique de Soulé; il faisait observer que le principe exclusif de Monroë ne pouvait rien avoir d'absolu et de définitif; que cette doc-

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trine, favorable à l'Amérique, à une époque déterminée, ne pouvait s'imposer d'une manière éternelle, parce que le cours changeant des événements pourrait finir par la retourner contre l'Amérique; ce qui devenait une affaire d'appréciation et d'opportunité.

Ce qui indique, d'ailleurs, la haute idée que l'on conçut en Amérique des capacités politiques de P. Soulé, dans les régions gouvernementales, ce furent les missions délicates que lui confia la république des Etats-Unis, ce fut la part qu'on lui demanda à des négociations difficiles. Au commencement de 1849, P. Soulé, on l'a dit déjà, fit à Madrid un voyage motivé par des affaires privées. Mais était-ce la vraie raison, la raison principale de ce lointain et long voyage? Notre compatriote n'avait-il point reçu de son gouvernement quelques-unes de ces missions, qui ne se dorment qu'aux personnages investis de la confiance delà république? On a dit qu'il avait le désir personnel d'étudier un terrain sur lequel il sentait qu'une lutte décisive aurait lieu, quelque jour, entre l'Espagne et la jeune Amérique. Pourquoi les deux choses à la fois ne seraient- elles pas vraies? Car on peut bien concéder, d'ailleurs, que P. Soulé n'était pas fâché de savoir jusqu'à quel point la cour de Madrid tenait à sa colonie de Cuba, et quels alliés pourraient y trouver les Cubains aspirant à leur indépendance. En toute hypothèse, Soulé fit un voyage essentiellement diplomatique, qu'il eût un caractère officiel ou non, officieux ou non.

Mais suivons P. Soulé, lorsqu'il fut nommé à l'ambassade de Madrid, justement lors du différend avec l'Espagne, à propos de l'île de Cuba, en 1853 : c'était évidemment la mission diplomatique la plus importante du moment, celle à laquelle se rattachaient les rêves les plus passionnés de la jeune Amérique. Si on la confia à Soulé,

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