‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 330 sur 498 · L'AMBASSADE DE MADRID · texte numérisé non relu

L'AMBASSADE DE MADRID

c'est que le sénateur de la Louisiane était sans doute le plus au courant de la question espagnole ; on le jugeait sur des précédents, et l'on pensait que, par ses capacités diplomatiques, par son caractère, aussi bien que par ses doctrines, il était un des hommes d'État les plus à la hauteur de la situation.

Ceci ne veut pas dire que, sur une question aussi brûlante, la mission de M. P. Soulé n'ait point soulevé un moment, dans les salons et dans la presse européenne, des commentaires, des interprétations fort diverses*, les unes malveillantes, les autres téméraires, ignorantes ou passionnées. Quel est l'homme d'État qui soit jugé avec calme et équité par les contemporains, et surtout par les puissances rivales dont il a combattu les préjugés ou les intérêts?

Le poste que Soulé allait occuper à Madrid, était délicat. Ne pouvait-on pas l'accuser de se faire l'avocat, le défenseur des flibustiers américains, et d'aller en Espagne dans le but de contraindre, par la menace, le cabinet de Madrid à vendre l'île de Cuba aux États-Unis ? On le pouvait faire, et on le fit effectivement.

Mais il est plus aisé de travestir et de dénaturer le rôle d'un homme d'État, en lui prêtant des intentions imaginaires, qu'il n'est facile de justifier par des preuves les téméraires soupçons qu'on hasarde sur son compte. Pour P. Soulé, l'ignorance ou la mauvaise foi de ceux qui se montrèrent hostiles à sa légation en Espagne, ne peuvent rien contre la façon juste dont il envisageait la question cubaine, et la notoire lucidité avec laquelle il s'était expliqué solennellement devant le Sénat de Washington. Où voit -on que P. Soulé ait entrepris de défendre les flibustiers ou la flibusterie ? Écoutons-le à Washington. Il se borna à rappeler que les gouvernements qui se

."il:? L'ARIÈGE, IVe PARTIE {suite cl fin), CHAP. VIII.

faisaient les accusateurs du peuple américain, feraient bien de regarder dans leur propre histoire, avant de jeter la pierre aux autres. A ce sujet, il lut un plan trouvé dans 1rs archives de l'Angleterre, sous la date du 14 mai 1739, et dans lequel étaient exposés les moyens d'enlever l'île de Cuba à l'Espagne par des forces levées dans les colonies anglo-américaines, « à très peu de frais pour l'Angleterre ». Que ce plan ait été accueilli par le cabinet de Saint-James, cela semble prouvé par une lettre de sir William Putney, portant la date du 27 août 1740, et dans laquelle, en parlant de Cuba, il dit à l'amiral Yernon : <£ Prendre et garder, que ce soit là notre devise ; quand nous en serons en possession, le monde entier ne pourra pas nous la reprendre. » — Si donc, ajouta M. Soulé, nous avons réellement les tendances à la rapine que nous prête particulièrement l'Angleterre, nous savons de qui nous en avons hérité.

Quant à l'île de Cuba, il nous paraît bien avéré que M. Buchanan, secrétaire d'Etat de M. Polk, offrit à l'Espagne de lui acheter sa colonie moyennant cent millions de dollars; mais ce trafic ne fut jamais du goût de Soulé. Il croyait trop que les peuples seuls ont le droit de disposer librement d'eux-mêmes, pour approuver qu'on leur fît vendre ce droit, comme il s'en exprimait au Sénat et comme le rapporte le publiciste judicieux de New- York, dont nous nous contentons de suivre pas à pas le compte-rendu, et qui assistait aux séances de Washington.

Dans le discours qu'il prononça au Sénat, Soulé fit deux déclarations également précises et honorables. La première, c'est « qu'il était opposé à ce que le gouvernement américain favorisât aucun complot ayant, pour but d'enlever l'île de Cuba à l'Espagne, en violation des préceptes les

Page 1