SOULE DANS LA MAUVAISE FORTUNE
gir la doctrine de Monroè? P. Soulé accusa-t-il d'étroitesse l'adage : l' Amérique doit appartenir aux Américains? Plaida-t-il pour la compénétration politique de plus en plus intime de l'Europe et de l'Amérique ? — On peut également l'affirmer et le nier ; et le fait est « que ce petit concile, tenu au beau milieu de l'ancien monde par les apôtres de la démocratie américaine, n'aboutit, s'il eut des ambitions,, à rien d'ostensible et d'immédiat1 ».
VIII. — Nous avons parlé de l'homme d'État .qui, pendant la prospérité de la chose publique, atteignit à la plus haute fortune dans la plus grande des républiques. Mais l'on peut demander qui accepta, supporta avec une patience plus soutenue, avec un visage plus uni, les singulières inégalités de la fortune et les coups de théâtre, que tour à tour le succès et les revers se plurent à semer dans cette existence si accidentée.
Pierre Soulé n'avait pas quitté la France sans esprit de retour. Il songeait au contraire, en 1839, à y rentrer avec sa famille, et il avait fait acheter le château de Coumes, dans son pays natal, où ses compatriotes l'appelaient pour l'envoyer à la Chambre des députés. Il avait vendu ses propriétés de la Nouvelle-Orléans et retenu son passage sur un navire en partance pour le Havre, lorsqu'il apprit tout à coup qu'il était entraîné dans la ruine de la maison de commerce qui l'avait assisté au temps de son indigence, et* à laquelle il avait prêté, depuis, sa signature avec une
1. La masse du peuple se flattait de réunir bientôt sous son empire toute l'Amérique du Nord et les Antilles. Les présidents qui se sont succédé à la Maison-Blanche, depuis Buchanan jusqu'à Grant, ne cachaient pas leurs vœux. L'acquisition de l'Alaska, achetée à la Russie en 1867, se rattache à ce plan. Pourquoi Lincoln soutenait-il Juarez? Qu'est-ce que les proclamai ions de Grant? Les juifs de New-York ne travaillent-ils pas en Europe pour le drapeau étoile?
520 L'ARIÊGE, IVe PARTIE (suite et fin), CHAP. VIII.
confiance sans bornes. Le coup était rude ; mais Pierre Soulé le supporta sans broncher. Son hôtel était vendu ; il entra dans une auberge avec sa femme et son enfant, et reprit l'exercice de sa profession d'avocat avec un nouveau courage '.
Pierre Soulé eut une mâle et sage conduite quand il vit approcher la sécession. Il ne se préoccupait aucunement de faire les affaires du cosmopolitisme, ni celles de l'Angleterre; il connaissait les visées ou les paroles attribuées à des hommes d'Etat anglais et à l'aristocratie anglaise 2. Pour rien au monde il n'eût voulu la rupture du Nord et du Sud. Aussi, bien qu'il semblât avoir quitté l'arène politique depuis 1 858, on le vit reparaître, à l'approche des orages de la sécession. Prévoyant les périls de la guerre et les amertumes de la défaite, il lutta courageusement contre la précipitation du mouvement, sauf à y perdre de sa popularité. Il fut l'orateur éloquent de l'idée de la coopération, système qui avait pour but de retarder la rupture, et de rassembler en un faisceau puissant toutes les forces du Sud avant d'engager le combat. xMais la raison et la sagesse ne peuvent rien contre les passions et le parti pris.
Vint la guerre de J 861 ; Soulé ne l'avait pas voulue ; il avait tout fait pour l'empêcher ; quand elle fut inévitable, il se comporta en véritable patriote. Il déplora tous les désastres publics ; il vit aussi sombrer sa maison, son établissement, sa fortune, fruit des labeurs de toute sa vie.