‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 333 sur 498 · MADRID ET OSTENDE · texte numérisé non relu

MADRID ET OSTENDE

Madrid, un intermède pour ainsi dire latéral, qui put fournir de l'aliment aux nouvellistes, et qui piqua les imaginations en prêtant à beaucoup de conjectures : ce fut la conférence des ambassadeurs américains à Ostende, conférence dont P. Soulé fut l'âme et le principal agent. Toutefois, pourquoi oublier qu'après tout Soulé représentait son gouvernement, et qu'au lieu de s'en prendre à lui, il faut s'en prendre à la politique américaine? Est-ce Kossuth, est-ce P. Soulé qui fît naître la tendance de plus en plus manifeste des États-Unis à prendre une position dans les affaires européennes, à se montrer de plus en plus sympathiques aux révolutionnaires du vieux monde ? Est-ce par suite d'une impulsion donnée à la presse et à l'opinion en Amérique par Soulé, que nous avons vu, depuis, le gouvernement de Washington favoriser plus ou moins ouvertement les insurgés de Cuba, les tentatives des Fenians contre le Canada? Est-ce que les États-Unis ne penchent pas d'eux-mêmes de ce côté ? Qui ignore donc que l'annexion de Cuba, de Saint- Domingue, du Canada et de l'Amérique anglaise soient les sujets de l'éternelle convoitise des Américains ? Ne les voiton pas, après certaines décisions du Congrès, exercer leur protectorat sur quelques régions nouvelles, voter l'établissement de relations diplomatiques directes avec l'Egypte et la Roumanie ?

P. Soulé avait la confiance de son gouvernement, il devait ne pas la tromper. Le président Franklin Pierce s'était empressé de désigner le sénateur de la Louisiane à ce poste difficile de Madrid *. A la mission dont on l'avait

1 . «P. Soulé joua un rôle actif, lorsque la Confédération américaine fut appelée à procéder à l'élection quatriennale de son président. Soulé fut un des délégués de la Louisiane à la Convention démocratique qui se réunit à Baltimore, et dont le choix se fixa sur M. Franklin Pierce, candidat improvisé, comme l'avait été M. Polk, par l'impossibilité detrouver un nom plus éclatant qui pût mettre d'accord la jeune et la vieille démocratie

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chargé en Espagne, le président Pierce et le général Marcy, son secrétaire d'État, en avaient ajouté une autre, celle, dit une feuille, d'étudier, de concert avec divers diplomates américains, l'état politique et social de l'Europe, et l'opportunité du concours que les révolutionnaires européens avaient sollicité de la république américaine par la bouche de Kossuth. On peut demander compte à Kossuth de ses pérégrinations, et de qui il tenait son mandat pour mêler l'Amérique aux affaires de l'Europe. Mais en ce qui regarde P. Soulé, restons au point de vue de la diplomatie américaine qu'il était chargé de représenter.

On a dit que le cabinet de Washington désirait avoir un simple renseignement sur les dispositions et l'état des esprits en Europe, sans aucune intention sérieuse de s'en servir, et comme qui dirait par simple amour de l'art. Il était naturel peut-être d'être intrigué par la conférence qui se tint à Ostende, ou plutôt par cette consultation des ministres des États-Unis près les diverses cours de l'Europe '. Mais comment formuler des critiques, des blâmes et des observations sur des délibérations qui n'arrivèrent pas jusqu'au public, délibérations purement platoniques, dans lesquelles les diplomates américains firent une sorte de cours de philosophie sur les tendances générales de l'Europe? A-t-on discouru, à Ostende, sur la nécessité d'élar-

Suivant un usage consacré parles grands orateurs de la république américaine, Soulé se mit en campagne pour aller soutenir la candidature et les principes proclamés par la Convention démocratique, dans les États du Nord, où le sénateur du Sud devait trouver fe plus de préventions. Partout il fut écouté avec intérêt, honoré pour sa franchise et applaudi pour son rare talent. » (Frédéric Gaillardet, note sur P. Soulé.)

1. Les ministres de Paris et de Londres ne s'y pendirent pas. On fit courir sur ces délibérations secrètes beaucoup de versions excentriques, entre autres celle que Pierre Soulé y avait émis le vœu que le génie yankee inventât une guillotine à vapeur pour couper d'un seul couples têtes de tous les rois. Mais comment la prévention malveillante peut-elle s'oublier jusqu'à ces imputations folles et ridicules?

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