SOULE DANS LA MAUVAISE FORTUNE
Il resta cependant à son poste, pour servir jusqu'à la dernière heure sa patrie adoptive. Tout autre aurait-il agi de la sorte? Les conseils du sage et vrai patriote n'avaient pas prévalu ; sa puissante voix avait été étouffée par les clameurs de ceux qui avaient intérêt à brusquer la séparation, ou de ceux qu'aveuglait la colère. Qu'aurait fait un autre citoyen, à la place du tribun dont les prophéties ne se réalisèrent que trop vite? La défaite avec la guerre ne donnait- elle pas raison, mais trop tard, aux coopérationnistes? Bientôt l'ennemi s'emparait de la Nouvelle-Orléans, la métropole du Sud, et du grand fleuve laissé sans défense par ceux-là même qui s'étaient montrés les plus acharnés à précipiter la lutte. Mais Soulé, comme la plupart des citoyens honnêtes qui avaient voulu conjurer le danger, resta fidèle à la cause du Sud. Il ne pactisa pas avec l'ennemi envahisseur, guidé « par des Butler qui, sans nul doute, eussent été heureux de voir parmi les transfuges le célèbre et influent démocrate ' » . Le digne citoyen partagea le sort des confédérés, soit dans les périlleuses difficultés des capitulations, soit dans les représailles sauvages exercées contre des belligérants et des prisonniers de guerre, par les conditions particulièrement âpres des luttes civiles. Lorsqu'en effet, malgré ses avis, la Louisiane se sépara de l'Union, Soulé résolut de périr avec elle plutôt que de l'abandonner. Il fut alors nommé maréchal-prévôt et réussit, par une administration sage et prévoyante, à soustraire la ville de la Nouvelle-Orléans à une famine désastreuse. Cetétat de choses dura plusieurs mois, jusqu'au moment où la flotte du commodore Farragut jeta l'ancre devant la ville sans défense, et en exigea la reddition. Ce fut alors que le maire lui-même de la Nouvelle-Orléans, Monroë, recon-