‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 342 sur 498 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Section des publicistes. — De ceux qui, dans l'Âriège, ont contribué à la revendication des droits par le journalisme. — Le journalisme ariégeois depuis l'époque de Pierre Bayle jusqu'à la République de 1848. — Un Ariégeois inaugura, à la fin du dix-septième siècle, pour les œuvres intellectuelles, l'esprit de critique modérée. — Pierre Bayle, rapporteur universel de l'Europe. — Ses Xouv elles de la République des lettres. — L'éloge de la tolérance plus aisé que sa pratique. — Les Darmaing de Pamiers se distinguent dans la presse. — Un Darmaing dans les A nnales politiques. — Un Darmaing crée la Gazette des tribunaux. — Jean-Pierre Pages, de l'Ariège. — Ce Couseranais entre dans la vie politique en 1817. — Elevé près d'un oncle janséniste. — Devient un roi de la presse. — Fait partie de la Minerve. — Son livre Principes généraux du droit politique dans leur rapport avec Vesprit de V Europe et avec la monarchie constitutionnelle. — Sensation produite par son autre livre Histoire de V Assemblée constituante. — Nommé député après 1830. — Adversaire de Guizot, ami de Benjamin Constant. — Il fonde le journal la Patrie. — Son éloquence. — Son inflexibilité. — Surnommé VOurs de l'Ariège. — Opinion de Cormenin et de Ch. do Rémusat sur le publicisto de Soix. — Auguste Bascans. — Satellite de Germain Sarrut. — Xavier Durrieu, de Castillon, constituant de 1848. — Rédacteur en cbef du Courrier français. — Ses débuts. — Ses écrits dans la Revue de Paris et la Revue des Deux-Mondes- — Son influence et sa notoriété grandissante. — Il dewent une vraie puissance, lors de la Révolution de 1848. — Sa mission entre Lamartine et Ledru-Rollin. — Analogie de Xavier Durrieu avec Oharlea Lamb, l'humoriste anglais. — Singularités. — Roman. — Valeur du journaliste et de l'homme politique. — Souffrances de Xavier Durrieu, au coup d'État de 1851. — V Histoire d'un crime de Victor Hugo, et Y Histoire du coup d'État de Xavier Durrieu. — Mazas, l'exil et l'Angleterre. — Vie à Londres. — Louis Blanc. — Les tables tournantes et parlantes à Jersey. — Deuxième phase de la vie de Xavier Durrieu. — Son séjour en Espagne. — Sa fortune. — Il contribue à la fondation du Crédit mobilier espagnol. — Son mariage. — Correspondance de Xavier Durrieu avec Victor Hugo fils. — Dernières années. — Sa mort. — Décédé à Barcelone, en 1868. — Tient le milieu entre Emile de Girardin et Louis Veuillot.

T. — On ne peut qu'avoir une haute idée d'un pays fécond en hommes se rapprochant plus ou moins de l'idéal

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du polémiste et du journaliste. En soi, c'est accomplir une œuvre humanitaire, que d'informer l'homme de ce qui se passe, de créer un courant de bonne science pour les esprits paresseux ou pour les hommes que la vie matérielle absorbe.

Nous voulons parler dans quelques chapitres de ceux qui ont popularisé l'Ariège en montrant, dans leur personne, ce que ce pays a contenu, ce qu'il contient encore de vigueur pour revendiquer et faire rétablir les droits de l'individu et du citoyen, quand ces droits sont troublés d'aventure par la lutte des intérêts, par les mauvais vouloirs d'où qu'ils partent, de haut ou de bas, ou enfin par les simples malentendus humains. Il s'agit donc des Ariégeois qui ont fait preuve d'un certain art personnel, appliqué au service public, qui out embrassé le journalisme comme une profession, une fonction sociale, en acceptant les rudes polémiques auxquelles le journalisme les soumet et les voue.

Pas d'autre marche à suivre que celle-ci : 1° ceux qui ont tracé la voie dans le journalisme ; 2° leur postérité, considérée dans les temps présents. A cause de l'abondance des choses, nous renverrons aux chapitres suivants ce qui concerne les publicistes des temps nouveaux, particulièrement ceux qui sont vivants. Ainsi, dans ce chapitre, nous étudions le journalisme ariégeois depuis Pierre Bayle jusqu'à la république de 1848. Nous continuerons en des chapitres nouveaux le journalisme ariégeois, depuis 1848 jusqu'à nos jours.

II. — Si ce n'est point l'Ariège, si ce n'est point un Ariégeois qui a créé le journalisme en France, c'est du moins un Ariégeois qui, le premier, inaugura cet esprit de critique modérée des productions de l'esprit introduit par le

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journal, et imprima de la sorte au journalisme son plus puissant développement. On avait vu tout d'abord la Gazette de Renaudot dès 1631, puis, les pamphlets nommés Mazarinades et la Gazette rimée de Loret, spécimen de la petite presse ; enfin et surtout le Journal des Savants, par M. de Sallo, journal littéraire. Mais, en mars 1684, Pierre Bayle commença, en Hollande, la publication des Nouvelles de la République des lettres !, création hospitalière, théâtre ouvert à tous les produits de l'intelligence, où un homme, profondément versé dans la connaissance des lettres, tenait le public au courant des nouveautés scientifiques et littéraires, aréopage où tout le monde recevait accueil, où l'on ne rencontrait nul esprit taquin ni morose, mais bien plutôt le soin de mettre en lumière tout ce qui pouvait instruire ou délecter l'esprit, quelle que fût sa provenance.

Nous nous sommes expliqué ailleurs (tome 1er des Militaires) sur les mérites et les défaillances, sur les qualités et les défauts de P. Bayle, considéré dans ses facultés intellectuelles et dans l'emploi qu'il en fit. Son influence fut grande dans le monde des idées, et assurément son talent de journaliste, sa manière personnelle, tout en créant à l'écrivain du Caria une grande popularité en Europe, le mirent en mesure d'exercer plus efficacement cette influence sur les intelligences de son temps et sur tout le dix-huitième siècle. Il n'en est pas moins vrai que l'Ariège peut présenter Bayle comme un des premiers journalistes de France, un des premiers en date, un des pre-

1. La collection de ces Nouvelles forme six tomes in- 18, dont le nombre de pages est variable; le tome VI a plus de 600 pages. A partir du mois de mars 16H5, le titre portait : « par le sieur B.... professeur en histoire et en philosophie, à Rotterdam. » Jusque-là, il y avait seulement : Nouvelles de la République des lettres.

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