‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 343 sur 498 · P. BAYLE JOURNALISTE · texte numérisé non relu

P. BAYLE JOURNALISTE

miers aussi par l'habileté ; car on doit à Bayle le contrôle qui s'est établi pour les ouvrages de l'esprit : c'est qu'il y a désormais une « critique alerte, quotidienne, publique, toujours présente, à laquelle les plus puissants en littérature ne peuvent se soustraire » , et devant laquelle comparaissent toutes les œuvres qui voient le jour, et sont tant soit peu nées viables. On imprimait à Amsterdam le travail de Bayle, qui parut chaque mois depuis 1684. Pendant trois ans, Bayle fut comme « le rapporteur universel de l'Europe » , entretenant chaque mois le public, dans ses Nouvelles de la République des lettres \ de la plupart des ouvrages qui voyaient le jour2.

On ne peut disconvenir que Bayle ait excellé dans ces analyses sobres , claires , rapides et bienveillantes qu'il donnait de tout ce qui se faisait et s'écrivait. Ne rend pas compte des idées d'autrui qui veut, avec ce charme et ce talent que sut y mettre Bayle, et, disons aussi d'une manière générale, avec cette conscience qui accompagnait son habileté. La critique présuppose la science qui rend compétent, et ensuite l'art, le jugement qui dissèque, résume et se prononce sur la justesse, la vérité et la beauté des productions humaines. Bayle apporta dans cette mission délicate « son empressement discursif, sa curiosité affamée, sa sagacité pénétrante, sa versatilité perpétuelle et son appropriation à chaque chose ». C'est ainsi que Bayle,

1. Ces Nouvelles paraissaient donc chaque mois, formant 250 à 270 pages in-18. De la sorte, la collection donnait, tous les deux mois, un volume de 540 pages environ. Au titre on avait placé cette devise : Non fumumex fulgore, sed ex fumo dure lucem. (Amsterdam, dans le Kalver-straat, près le Dam.) r

2. Il n'est guère question, dans la feuille de Bayle, que de livres latins et français, et d'un petit nombre d'anglais; il n'y est rendu compte d'aucun ouvrage allemand ou espagnol, et seulement de deux italiens, et encore n'en dit-il autre chose que ce qu'on lui en avait mandé. (Note de M.Eug. Matin.)

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en entrant dans le journalisme, s'est placé tout d'abord au premier rang « par sa critique savante, nourrie, modérée, pénétrante ; par ses analyses exactes, ingénieuses, et même par ses petites notes, où chaque mot était pesé dans le balance de l'ancienne et scrupuleuse critique, comme dans celle d'un honnête joaillier d'Amsterdam ' » .

Comme journaliste, on doit reconnaître dans Bayle un modèle de modération relative ; il sut se tenir, en général, dans une réelle tolérance à l'égard des livres et des auteurs. Rendre compte des publications du grand siècle, où l'on discutait sans cesse dans le domaine de la littérature, de la philosophie et de la religion ; conserver assez souvent une imperturbable neutralité entre les écoles, au milieu des cabales, c'est un mérite original. Bayle est un esprit qui se possède ; lui qui, dans les autres années de sa vie et dans ses autres travaux, se montra le contradicteur éternel, le questionneur interminable, n'aimant à indiquer que les endroits faibles, il n'était plus le même homme dans le journalisme; nous trouvons en lui une réserve, une discrétion qui étonne. « Je ne voyais dans ces livres, dit-il lui-même, que ce qui pouvait les faire valoir; leurs défauts m'échappaient. »

Toutefois, présenterons-nous Bayle comme l'idéal des journalistes? Sa modération ne l'empêchait pas d'avoir des préférences marquées ; et avec ses intentions d'impartialité, il ne se défendait pourtant pas des préventions de parti. Il annonçait bien qu'il se contenterait d'être historien sur les bonnes œuvres de religion ; en réalité, il faisait le contraire: il faisait valoir les livres des hérétiques ; il avait une adresse maligne pour ôter, autant qu'il le pouvait, toute la force à ceux des catholiques2. Qu'est-ce à dire, sinon que le par-

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