DURRIEU ET NAPOLÉON III. .Ï
lien, la captivité avait été une de ces heures providentielles où l'homme qui a été, selon l'expression anglaise, hors de ses idées, rentre en lui-même. L'écrivain ariégeois s'étant, au contraire, proposé un but militant, sortait de lui-même et voulait châtier ses persécuteurs.
XIX. — Vicissitudes étranges ! trois années auparavant, en 1848 il était arrivé au prince Napoléon (futur président et empereur) de faire antichambre dans les bureaux du Courrier français, au temps de l'omnipotence politique de X. Durrieu. On raconte, que sans gêne et de mauvaise humeur, le député démocrate ne s'inquiétait aucunement de faire attendre le mystérieux personnage, héritier du grand nom de Napoléon et prédestiné à vingt ans de règne. Les rôles venaient de changer. C'était X. Durrieu qui était mis hors de France par Napoléon.
Envoyé à Brest pour être transporté à Cayenne, Durrieu vit ensuite, sans explication, la transportation changée en exil; il gagna l'Angleterre. Retiré à Londres, le publiciste ariégeois se hâta de faire face à sa situation nouvelle, et de demander au labeur intellectuel les moyens de triompher des cruautés du sort. Il avait, avec du savoir, une intelligence active, une plume, de l'énergie, de la renommée et de la jeunesse; que fallait-il de plus? Le séjour de Xavier Durrieu en Angleterre ne dura que deux années ; il s'y tira d'affaire, moyennant des écrits dans les journaux anglais, des correspondances envoyées à l'étranger et quelques autres publications. Cependant des amitiés fidèles adoucissaient son exil : Louis Blanc, Victor Hugo et d'autres mirent quelque miel dans sa coupe1. Mais son étoile l'appelait en Espagne.
1. Louis Blanc ayant manqué une visite que lui faisait. Durrieu à Londres, en 1853, lui écrivit le mardi 21 juin : « Mon cher Durrieu, vous
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11 n'est point indiscret d'extraire des papiers laissés par Xavier Dnrrieu quarante pages manuscrites, qui semblent être les procès-verbaux des passe-temps des exilés de Jersey ou d'Espagne, auxquels Xavier se trouva mêlé, et qui consistaient, si uous interprétons bien ces manuscrits, à interroger les tables tournantes et parlantes, à évoquer les esprits'. N'aurait-on pas trompé les tristesses de l'exil, dissipé les sombres idées qu'épaississaient les brouillards de la mer, près de Marlne-Terrace, si l'on eût obtenu réellement des communications avec les morts illustres, avec les défunts bien-aimés?
Nous ne savons pas au juste si, celui qui tenait la plume dans ces séances 2 ne faisait qu'un avec X. Durrieu, qui en a écrit pour son portefeuille un rapide compte rendu, remis dans nos mains. Ces procès-verbaux consistent en quatre ou cinq petits paragraphes par page, correspondant à un nombre égal de séances ; mais dans la majorité des cas, les phrases sont inachevées, quelquefois les mots aussi, en sorte que dans cette langue mystérieuse des séances magnétiques et avec cette écriture par abréviations sténo graphiques, il faut à peu près deviner ce qu'on a voulu dire3.
m'aviez écrit que vous viendriez me voir avec AI. Lally-Tollendal samedi soir... Voulez-vous me donner un autre rendez-vous, et, cette fois d'une manière plus précise?... Quant à un article dans le Courrier de l'Europe (Écho du continent, journal fondé à Londres en 1840), il me serait très agréable qu'on y parlât de mon livre, mais il me répugne de le demander à titre de faveur. — Tout à vous : Louis Blanc. » 'Papiers de Xavier Durrieu.)
1. Madame de Girardin fit le voyage de France à Jersey pour voir Victor Hugo. Elle descendit à Marine-Terrace et elle importa dans l'île la maladie alors très commune des tables tournantes. Elle s'était engouée des esprits frappeurs et passait une grande partie de son temps à faire tourner, avec Victor Hugo et ses (ils, des tables ou des chapeaux. (Jule- Claretie, la Vie à Paris, dans le Temps.)
2. Les papiers que nous avons sous les yeux sont évidemment de l'écriture de Xavier Durrieu.
3. Comme dates des séances, les feuilles ayant été mêlées, OD v remar-