DEMOCRATIE ET HUMANITARISME
la région des questions confessionnelles !, c'est toujours qu'il n'admet qu'un critérium, à savoir l'essor démocratique'2.
Nous remarquions également, en novembre et décembre 1884, cet entrain, cette verve d'exclusion politique, cette ardeur de polémique, dans les articles de M. Jules Bariol : Enterrement du général Fleury ; — les Soldats du Désespoir et la Guerre coloniale (le soldat breton, le soldat marseillais, le soldat picard, le soldat béarnais, le soldat franc-comtois, le soldat bas-alpin) ; — l'Homme à la tête de cire (le canonnier Moreau, qui reçut un éclat d'obus en pleine figure, à Bapaume). « Allons, fossoyeurs du Père- Lachaise, pas tant de respect pour les disparus de l'Empire, dit-il. Ne nous découvrez pas davantage ces morts... Mais ce pauvre Alsacien qu'on enterre au bout de l'allée, dans la fosse commune , que l'invasion et le patriotisme ont chassé de son village... devant ce malheureux, chapeau bas ! »
On a été également frappé des articles de M. Auriol Abel, tels que ses Adieux à Osmin Rousse; — les Reptiles, à propos des quelques échecs de M. de Bismarck au Reichstag ; — les Sauvages, à propos des anarchistes sortant de la salle
1. Lorsqu'il gouaille les séminaristes et les dispenses du service militaire ; lorsqu'il combat l'inamovibilité du Sénat {République de l'Ariège, 13 juin 1884); lorsqu'il rend compte de la prédication des Carmes à Paris, et des prédicateurs comme celui de Saint-Ambroise (M. Frémont), qui réussit jusqu'ici dans la classe ouvrière, on sent qu'au fond, ce publiciste est dominé par l'idée de déblayer toute obstruction devant l'établissement républicain; de même lorsqu'il parle de fange cléricale, à propos des évolutions électorales de la Belgique, en 1884.
Nous ne répondrions pas que les lignes écrites par lui, un jour, à propos d'une première communion, ne fussent de nature à choquer des hommes sérieux et libéraux.
2. On a remarqué son article vibrant et chaleureux, intitulé la Liberté, lors de l'inauguration de la statue de la République, place du Châteaud'Eau. Dans le récit de son voyage en Suisse, qui témoigne d'une imagination fleurie, il vante presque trop les Suisses. Dans son Excursion printanière au Havre, il a une périphrase regrettable sur le nom de Dieu.
024 I/ARIEGE, IVe PARTIE {suite et fin), CHAP. X.
Lévis pour tomber sur les agents de la paix. Là il promettait mélancoliquement à Osmin Rousse que, si ses yeux ne devaient plus voir la lumière du soleil, la neige des montagnes, la colline de Montgauzy, ni les vieilles tours de Gaston-Phœbus, il ne serait pas oublié. x\illeurs, il demandait à qui il faut aller : aux collectivistes, aux possibilistes, plus libéraux; aux marxistes, plus autoritaires; aux nihilistes, aux blanquistes, et, déclarant qu'on n'en sait rien au juste, il concluait que la révolte dans la rue se comprend dans la monarchie , mais qu'elle ne s'explique point en république.
Mais, quilles que soient les nuances d'opinion auxquelles MM. Jules Bariol etÀuriol Abelsont liés par leurs écrits, on doit reconnaître les qualités déployées par ces deux publicistes, qualités de raisonnement et qualités d'imagination poétique. L'un a mis dans ses récits les parfums qu'on respire dans les Basses-Alpes, sur les bords de la Durance, et y a mêlé, ce nous semble, un bouquet du Tyrol, bouquet d'ironie amère ; l'autre a joint, dans des articles de voyage, les émanations aromatiques de la Suisse aux brises de la Normandie. Nul doute que, sur les conseils d'un Suisse libéral, professeur à l'Université de Genève1, il ne prenne garde
1. « La pratique politique a des exigences contraires à celles de la théorie. L'homme politique et l'avocat demeurent des hommes de parti auxquels leur position même interdit l'impartialité. Leur manière de discuter diffère forcément du tout au tout de celle de la science qui a le caractère d'un juge. Au lieu de la critique qui cherche la vérité oh qu'elle soit, et qui se fait un point d'honneur de la reconnaître même chez ceux qu'elle combat à d'autres égards, ils doivent employer la polémique dont le but est de découvrir les fautes des adversaires et de dissimuler les siennes propres. On peut le regretter; il ne faut pas s'en indigner. Les praticiens du droit et de la politique sont appelés à lutter tous les jours avec des adversaires prêts à employer tous les moyens, respectables ou non. Leurs fonctions consistent à défendre les intérêts qui leur sont confiés; dans une telle position, la générosité serait de la perfidie ». (H. Brocher de la Flechère, prof, à l'Université de Genève, directeur de la Revue générale du droit, dans les Révolutions du droit, t. I, p. 145.)