‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 393 sur 498 · MM. JULES BAR10L ET AURIOL ABEL · texte numérisé non relu

MM. JULES BAR10L ET AURIOL ABEL

salité, cette faculté rapide de l'assimilation qui leur est si nécessaire, et qui doit leur permettre de s'initier du soir au lendemain à toute sorte de questions, de façon à pouvoir en discourir avec quelque connaissance de cause. Il eût fallu ensuite entrer dans la classification des tempéraments, qui font que l'influence exercée sur l'opinion varie suivant chaque journaliste. Se sont-ils montrés passionnés ou froids? Ont-ils sacrifié à la déclamation, ou la raison estelle incarnée dans chacune de leurs lignes? À côté des lents, y a-t-il les fougueux ? Tel journaliste abondait d'idées et apportait chaque matin au journal un système nouveau; tel autre brillait par l'imagination, tandis que tel autre se faisait remarquer par l'introduction du sentiment dans la politique. En tel milieu, en tel journal, on avait grande dévotion aux traditions historiques, au droit historique; ailleurs on avait d'autres dieux, on ne connaissait que le procédé rationnel et que l'absolu appliqué aux rapports politiques et sociaux.

V. — Nommons maintenant deux vaillants, MM. Jules Bariol l et Auriol Aôel, qui, comme tant d'autres journalistes ariégeois, pleins de vivacité, éloquents, spirituels, remplis d'ardeur pour la lutte des idées 2, gravitent autour des deux fameuses thèses contradictoires : « le cléricalisme en fait trop » et « le laïcisme en fait plus. »

Ne sont-ils pas deux valeureux logiciens de la presse, l'un plus abondant, l'autre plus concis ; l'un plus pressant,

1. M. Jules Bariol, correspondant, à Paris, de Y Avenir de VAriège, représenta ce journal aux obsèques de Victor Hugo.

2. « Pour les publicistes, pour les hommes politiques, pour les hommes d'État, pour ceux qui tiennent une plume, Y opportunité' des choses est le grand secret et la pierre de touche. On est fléau ou grand homme, grand publiciste ou médiocre écrivain, selon les dates que l'on sait saisir. Mais qui possède la juste mesure de l'opportunité? » (Lamartine, Histoire de la Turquie, t. VI, p. 259.)

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l'autre plus serré? Que si Ton va au fond de leurs polémiques hebdomadaires, si l'on trouve qu'ils renouvellent, sous une forme jeune et vive, des arguments, des attaques ressassées, il y a 30, 40, 50 ans, contre telle institution, telle prépondérance sociale, telle influence politique, et qu'on désire en même temps découvrir quelle est chez eux l'idée inspiratrice, on ne rencontrera qu'une seule explication : ils veulent qu'à droite, à gauche, peu importe, on favorise de toute manière et sur toute l'étendue de l'échelle sociale, le déploiement de l'essor démocratique1.

M. Jules Bariol ne veut que cela, même quand il écrit des articles véhéments et durs2, pour ne pas dire autre chose, à l'endroit de certains de ses concitoyens ; de même qu'il ne veut que cela, lorsqu'il convoque des réunions fraternelles de républicains 3. M. Auriol Abel a les mêmes visées dans des articles plus ou moins longs, que ses coreligionnaires trouvent fort sensés. Il accepte les notions d'État, de législation, de gouvernement ; il peut ne pas ressembler à tous les partis politiques pour la conception des lois ; mais, s'il ne se borne pas, dans son activité, au terrain économique et social, s'il met un pied et même deux dans

1. Leur style est ardent et passionné comme tout ce qui relève de la politique. Ils disent volontiers : « ... patauger dans les marais infects des châteaux d'Eu et de Chantilly ». (La République de FAriège, novembre 1884, article Une faute, par Auriol Abel.) Ils pensent qu'en république l'indépendance d'un représentant doit être considérablement limitée. (Ibidem.) Mais nous espérons bien qu'ils n'oublieront jamais, ni l'un ni l'autre, leur libéralisme, et qu'ils ne voudront pas mettre en vogue « les injonctions de la force ».

2. 11 parle de vaudevillistes de ï Église chrétienne, du Dieu infiniment, puissant, qui, le septième jour, se... ; du prêtre catholique qui redoute la conférence contradictoire (V Avenir de VAriège, lettre de Paris, 23 mars 1884) ; d'évêques et rois oppresseurs des peuples.

3. M. Jules Bariol convoquait ï 'Association fraternelle des républicains des Basses- Alpes, de Vaucluse et du Var, café- Charas, rue des Martyrs, pour célébrer l'anniversaire de la première république. [Avenir de l'Ariège).

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