‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 400 sur 498 · LE REPUBLICAIN ET LE PHILOSOPHE · texte numérisé non relu

LE REPUBLICAIN ET LE PHILOSOPHE

trance ou la violence dans les questions, dans les paradoxes, dans les doctrines, dans les opinions qui visent à l'audace, Il y a dix ans déjà, M. Pescaire se prononçait pour une séparation radicale entre ie pouvoir temporel et la société spirituelle fondée par le christianisme. Le voilà donc de bonne heure dans la mêlée et dans le journalisme militant.

Hâtons-nous de le dire, il est constant que M. Pescaire, bien jeune en i 876, honorait le journalisme par une somme d'idées et un talent de discussion qui ne demandait qu'à grandir. Sous le républicain perçait le philosophe. Toutefois, s'il rame de temps à autre sur la galère de la politique, si cette âme vibrante et chaude, que n'a point stérilisée l'indifférence, porte fidèlement ses feux et ses parfums sur l'autel de la patrie, on devine que le publiciste de Tarascon rêve surtout de servir les grands intérêts nationaux par la littérature. Ainsi, la controverse sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat s'étant trouvée sur son chemin, il a mis tout son zèle à la traiter par des articles de journal avec l'entrain de la vingtième, de la trentième année, et depuis, il a semblé toujours prendre la politique là où la laissent la plupart des politiciens, c'est-à-dire au point où l'on touche à l'idéal.

Sa manière de pousser à la séparation de l'Église et de l'Etat se ressentirait-elle de quelques terreurs qu'on trouve persistantes dans certains camps, telles que l'étrange prétention que l'on prête à la papauté de dominer, au dix-neuvième siècle, sur les puissances temporelles de ce monde, comme si c'était là autre chose qu'une hypothèse impossible ? M, Pescaire nous paraît aussi un adepte de Proudhon dans la question de la morale séparée des idées religieuses. Je pense qu'il y a ici un grand malentendu. On ne peut manquer d'être d'accord sur l'existence d'une con-

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science dans l'homme ; mais où commence le désaccord, c'est de savoir si la conscience humaine, qui n'est ni laïque, ni cléricale, ne reste pas à l'état rudimentaire lorsque l'idée religieuse n'est pas son excitateur, son stimulant et son complément obligé. Il y aurait ici, à bien mûrir cette question, dans laquelle MM. A. Renouvier, Charles Sécrétai), Fouillée, Schopenhauer, Hartmann, de Pressensé, Charles Lévêque, Vacherot, Herbert Spencer, etc., ont péniblement discuté en tous les sens. Il est probable que M. Pescaire n'a pas épuisé tous les détours de cet immense et ténébreux labyrinthe, et il est plus difficile qu'il ne croit de refaire un monde, de donner à la société humaine une autre base morale que l'ancienne morale.

L'historien des Ariégeois, du reste, n'a pas à discuter ces doctriues, sa fonction étant de relever les noms de ceux qui ont pris place, par leur talent, par l'intrépidité savante de leur plume, dans les rangs du journalisme. M. A. Pescaire est de ce nombre1. Sans doute, devant quiconque veut détruire un vieux inonde et en faire un nouveau, il restera chez les spectateurs une invincible inquiétude. Vous refaites un monde avec des éléments purement terrestres, borné aux perspectives civiles ou laïques, mais où sera l'école des consolateurs? Qui consentira à passer sa vie à côté des affligés et des malheureux? Pour la plupart d'entre nous, il y a en ce monde plus de peines que de joies, plus de déceptions que de réalités. Les démocraties fermées, les démocraties cantonnées dans le seul terrestre, dans le seul visible, pourront- elles créer des consolateurs efficaces? On

1. Ami de la culture scientifique, M. Pescaire avait été très avant dans l'étude de la médecine. — Dans un article sur Frédéric Soulié, le critique de Tarascon faisait remarquer que, comme son compatriote, il disait du mal de Paris el y restait; el comme lui, il était triste en voyant la situation du pauvre travailleur jamais améliorée.

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