‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 401 sur 498 · LA NOTION DE L'ÉTAT · texte numérisé non relu

LA NOTION DE L'ÉTAT

parle d'hystérie1, d'hypnotisme, de changement des volontés, des sentiments que l'hypnotisme peut opérer chez les autres par la suggestion. La consolation, dans l'avenir, viendra-t-elle des écoles de la moderne suggestion? Quels hélas ! l'humanité devrait pousser , s'il n'y avait que cela!

Les critiques qui analysent la conception de l'Etat, telle que M. Pescaire se la formule à lui-même avec ceux qui, à tort, craignent l'incompatibilité entre la démocratie et les idées chrétiennes, n'estimeront pas qu'il soit de trop

d'exiger, dans une pareille controverse, qu'on médite attentivement les auteurs qui ont traité de droit politique et de philosophie des constitutions, les auteurs aftirmatifs autant que les négatifs. Sans cela, comment la discussion pourrait-elle ne pas s'égarer dans les obscurités des genèses intellectuelles ? Grossir les attributions de l'État pour opérer plus facilement sa séparation d'avec l'Eglise, ne serait-ce pas donner la main aux légistes germaniques d'origine protestante, les Dove, Bluntschli, Hinschius, etc., qui ont créé la notion de YÊtat-Dieu, pour absorber et confisquer non seulement l'influence ecclésiastique, mais aussi la souveraineté individuelle? Ne voit-on pas aussi les pays latins, sous prétexte de sauvegarder les droits de la suprématie de l'État, faire bon marché des deux autonomies et, loin de dégager et de protéger la dignité des personnes, se borner à déplacer la dépendance? A un point de vue compréhensif, en quoi la servitude est-elle moindre quand on est régenté par un monopole qui

1. La République de l'Ariège publiait un curieux article de M. Pescaire, intitulé Causerie médicale sur l'hystérie. On y lit une conclusion sous forme plaisante : « Nous marchons à la folie universelle ». Notre publiciste se rencontre avec le docteur Després, de Paris, qui a parlé, à propos de nos énergumènes, de la folie en commun.

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s'appelle VEtat, par un groupe d'hommes s'appelant laïques1? On l'ait apparaître le spectre de la théocratie. Eu quoi change-t-on notre situation, servitude sous le joug de l'Etat, c'est-à-dire subordination au mécanisme de la bureaucratie centralisatrice, ou bien assujétissement sous la direction de l'Église dans le domaine religieux?

M. Pescaire, qui croit que beaucoup de choses du vieux monde périssent ou se modifient — ce que nous croyons avec lui, — n'a pas la naïveté de penser qu'on vienne à bout de la question sociale, avec la seule aide des évolutions du matérialisme transformiste. Notre compatriote est trop éclairé pour espérer de faire disparaître, par des moyens artificiels ou administratifs, la plupart des mensonges conventionnels, inhérents à la civilisation2. Comment chasser, par exemple, l'hypocrisie, qui naît au fond du cœur de l'homme, et qui s'infiltre dans les usages sociaux ; hypocrisie des mots égalité, liberté, dont on n'a presque jamais la chose3? Quel mo-

1. Nous trouvons chez un radical, ami de M. A. Pescaire, ces réflexions : « J'ai horreur du gouvernement des curés, parce qu'il viole ce grand principe de 1789 qu'on nomme la liberté de conscience. Mais si l'Église ne doit pas dpminer l'État, ce serait aussi violer la liberté de conscience que de faire dominer V Église par l'État. La césaropapie des opportunistes ne vaut pas mieux que la théocratie des cléricaux. » (Emile Darnaud dans la Démocratie de VAriège du 13 février 1886).

2. L'éducation qui apprend à contenir les excès du caractère, à polir nos aspérités, etc, à voiler notre nature défectueuse, ne participe-t-elle pas, en un certain sens, à l'hypocrisie ou l'art de mentir?

3. Demandez au conseil municipal de Paris, s'il permet que la pensée soit libre; demandez-le au libéral M. H***, etc. Lisez la séance du conseil municipal de Paris, du 31 mai 1886, à propos du Premier livre de lecture et d'instruction pour l'enfant, morale et connaissances usuelles, par M. Fouillée. M. Fouillée ne s'est-il pas permis de parler de Dieu, de la honte de Dieu! « Nous ne voulons dans nos écoles, dit notre libéral qui fustige M. Fouillée, ni du Dieu des juifs et des chrétiens, ni du Dieu universel. »

— Écoutons plutôt les réflexions d'un protestant du Temps : « Hier soir, en séance solennelle, le conseil municipal de Paris a excom-

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