‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 420 sur 498 · Ibid., 27 mai · texte numérisé non relu

Ibid., 27 mai

664 L'ARIÈGK, IVe PARTIE [suite cl fin), CHAL\ X.

« Comment peut-il y avoir, surtout en France, d'honnêtes gens qui sympathisent avec cette vermine dangereuse que l'on appelle le monde musulman ? Gomment peut-on oublier que ce ramassis de voleurs et d'équarrisseurs de chair humaine est, par tempérament et par fanatisme, réfractaire à toute civilisation ; que jamais on ne vit un Turc, — même élevé dans nos lycées avec des condisciples européens, — se dépouiller, dans le fond de son cœur, du mépris absolu et de la haine de tout ce qui n'est point sectaire de Mahomet, et qu'en dehors de leurs coreligionnaires tout n'est, pour ces brigands asiatiques, que chiens et gïaours, dont le meurtre est chose agréable au Seigneur? »

XII. — M. Baille est un ancien publiciste qui donnait jadis des études aux journaux, mais dont les soucis d'une grande entreprise industrielle absorbent aujourd'hui les légitimes sollicitudes '. Néanmoins, il redevient journaliste à son heure, à certaines époques de sa carrière. On raconte que Marivaux, critique et moraliste, s'était fait journaliste à deux époques de sa vie, par exemple après la banqueroute de Law. Il écrivit pour gagner quelque argent. Si M. Baille a inséré dans YAriégeois divers articles qui avaient de la portée, c'est que Fart est son mobile unique. Les lecteurs ne dédaignent pas la bonne fortune d'avoir affaire à un ingénieux et charmant esprit.

M. Baille a la sagesse d'éviter la politique et les discussions dans le journal. Écrire quelques pages où il y ait de la grâce, de la science historique, des descriptions de paysages, des narrations, des études critiques, voilà s©n ambition. Mais s'emporter contre l'un ou l'autre, « batailler contre Dieu et le diable, se faire des ennemis dans tous

1. M. Baille est le propriétaire actuel d'une grande minoterie à Crampagna, entre Pamiers et Foix.

M. BAILLE DE CRAMPAGNA. 6<ï5

les camps et se brouiller, par métier, avec des hommes avec qui Ton serait fait pour vivre eu harmonie », le publiciste de Crampagna n'estime guère cette besogne.

M. Baille est l'auteur des articles qui parurent dans YAriêgeois, en 1879 et 1880, sous le titre de Galerie espagnole. 11 mettait sous les yeux du lecteur quelques types et quelques épisodes pris dans tous les rangs, et assez accentués pour qu'on pût se faire une idée des caractères et des mœurs espagnols à une période déterminée de l'histoire. Rien d'étrange et d'original comme l'enlèvement, sur une grande route de l'Estramadure, d'une danseuse, la célèbre iMata Florida, de Madrid, qu'on entraîne au couvent de Saint-Just. On voulait la voir danser; elle dansa dans le réfectoire des moines : « Je danserai pour vous, dit-elle, et vous prierez pour moi. »

L'auteur dit qu'il a puisé les éléments de ses nouvelles et de sa galerie dans des documents authentiques. Nous ne discuterons pas ces documents. Il est certain qu'on goûta ces articles remplis d'intérêt et de talent. On reproche souvent aux Espagnols ce regrettable mélange de religion et de licence plus que mondaine. N'épluchons pas la tendance française à charger les mœurs espagnoles. Il est indubitable que le publiciste de Crampagna connaît le secret de plaire à son public, qu'il a l'étoffe d'un romancier et d'un auteur dramatique par la manière d'arranger les situations et les épisodes. Nous connaissons, en dehors du journalisme militant proprement dit, plus d'un publiciste de Paris dont M. Baille serait l'émule. Il excellerait « dans la besogne calme d'un courriériste parisien des journaux illustrés, causeur familier, enjoué, habile à conter une nouvelle à la main ou à condenser un petit roman en cinquante lignes » . Mais son talent semblait né pour de meilleures destinées. M. Baille, qui est, d'un côté, l'homme de la rêverie, est aussi l'homme

666 I/ARIÈGE, IVe PARTIE [suite et fin), CHAP. X.

de l'archéologie, de l'histoire et de l'art. Possesseur d'un antique château féodal, il ne pouvait résister au besoin des recherches. M. Baille a refait l'histoire du château de Crampagna qui semble dater du temps des croisades, avant le douzième siècle, et que les légendes du pays font remonter au règne de Roger-Bernard, en lui donnant pour fondateur un des neveux de ce comte, le célèbre chevalier Pierre, fils de la belle Adélaïs. Après avoir donné la description de ce château, situé sur un mamelon, au bord de l'Ariège, à la jonction de deux vallées, et qui était à la fois une forteresse et la demeure d'un puissant baron, notre publiciste rappelle les passages des vieilles chroniques du treizième siècle et des siècles suivants, où Crampagna est mentionné. Il insiste surtout sur le quatorzième siècle, parce que le château de Crampagna joua un rôle vraiment historique dans les guerres de religion. Depuis cette époque, le château était entré dans la maison du sire d'Audou, marquis deLéran, pour passer plus tard, par des alliances, dans la famille de Gallard-Terraube, qui en a été le dernier possesseur.

Il faudrait pouvoir suivre M. Baille, après quelques pages d'architecture et d'histoire, s'engageant, à propos de son vieux château féodal et de son passé historique, dans un vif parallèle entre l'époque seigneuriale et l'époque industrielle moderne. Le contraste est, en effet, saisissant. Nous ne pourrons que résumer les impressions elles-mêmes du fondateur du Crampagna actuel. Ce qu'était autrefois ce château gothique, lorsque la féodalité exerçait de la compression, ce qu'il est aujourd'hui avec l'expansion qu'il a donnée aux intérêts généraux, devait faire penser un publiciste comme M. Baille.

On ne devait pas demander aux anciens châteaux des barons féodaux l'impulsion qui se nomme aujourd'hui le mouvement civilisateur et fécondant; ils ne pouvaient

Page 1