CHATEAU FÉODAL. CENTRE INDUSTRIEL. 6B
guère attirer autour d'eux des éléments d'industrie ; cette époque n'était pas mûre pour les derniers progrès de l'activité humaine. Si c'est l'agglomération des habitants qui amène les échanges et l'exercice des arts indispensables, la féodalité, obligée de s'appuyer sur la force brutale, ajournait inévitablement les conquêtes de la sociabilité parla vie commune. D'ailleurs avait-elle ces tranquillités et ces instincts qui lui eussent fait deviner les richesses que cachait la nature de ce point privilégié des montagnes, dans ce bassin de Crampagna, entre Varilhes et Foix, orné d'une végétation luxuriante et offrant, dans les limites de sa perspective, des montagnes, des vallées et des villages semés çà et là «comme des perles sur des tapis orientaux»?
Nous voudrions faire ressortir le rôle de celui qui a fait de Crampagna un centre industriel. Lui-même n'était qu'une sorte d'agent de ce génie moderne qui a donné aux choses, aux personnes et aux lieux une véritable transformation. On a vu un homme, seul, réduit à ses ressources personnelles, n'hésitant point devant les sacrifices d'intérêt, et parla seule énergie de sa propre volonté, posant les bases d'un grand centre d'industrie au pied du château seigneurial, et à quelques mètres de la grande route. L'Ariège roulait ses eaux à travers un sol riche et fécond; des voies de communication s'ouvraient en perspective de toutes parts ; une position incontestablement avantageuse s'offrait à la spéculation.
Les nouvellistes et les écrivains économistes ont trouvé ici matière h panégyrique, dans le courage du nouveau fondateur de Crampagna; car ce citoyen intrépide, simple particulier, n'a reculé ni devant la grosse affaire de la construction d'un pont1, entreprise par lui seul, sans sub-
1. Pont de trois arches en pierre de taille, qui a été cédé gratis au département de l'Allège par le propriétaire des usines et du château.
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suies et sans allocations, ni devant celle d'une route, d'une grande voie de communication que le pont entraînait avec lui ' ; ni devant les opérations difficiles et dispendieuses que commande l'aménagement ou l'emploi d'un moteur des plus puissants et des plus économiques, l'eau d'un fleuve, d'une rivière 2.
Ainsi, grâce à l'initiative individuelle, des usines, des fabriques, des manufactures qui occupent des milliers de bras, qui font naître l'aisance, s'élèvent comme par enchantement sur un terrain naguère désert et dépourvu de communications. Une population ouvrière trouve des aliments d'activité là où, depuis des siècles, il n'y avait que l'éparpillement des populations rurales et la misère. Dans un court espace de temps, le château de Crampagna, après avoir été, pendant des siècles, un symbole de défiance jalouse et d'isolement pour les populations, est devenu un centre d'industrie, de travail et de vie3.
XIII. — Nous n'avons pas épuisé notre énumération, car nous devons inscrire encore M. Ferbeyrc, publiciste emprunté à la presse toulousaine, rédacteur en chef du Petit
1. Il fallait mettre en communication les nombreux habitants des deux' rives. Sous l'impulsion <le la même idée généreuse, s'est effectuée une route qui traverse en quelque sorte en diagonale la carte de l'Ariège.
2. On a élevé une chaussée au milieu du torrent; on a creusé un puissant canal d'une abondance considérable qui alimente en ce moment une minoterie servie par 11 moteurs, une scierie, nue fabrique à plâtre.
3. De grandes routes se croisent dans tous les sens à Crampagna. La ligne (\u chemin de fer vient stationner aux portes de cette colonie naissante; la prospérité grandira avec le concours du capital et du travail.
A l'heure actuelle, le propriétaire-fondateur de la belle minoterie de Crampagna vient d'établir, sur sa propriété, une usine hydraulique pour la fabrication descéruses et couleurs broyées, délayées et en poudre, bases essentielles de la peinture en bâtiment, cette branche éminemment artistique du constructeur, du maçon. On parle de la perfection chimique des produits de cette usine, ^rîwi' à des procédés améliorés de fabrication.
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Ariégeois1; M. Camùus, directeur politique du Réveil de r Ariège, journal conservateur2; M. Silcio Paoli*, libre penseur que V Avenir de ï Ariège exaltait, auteur d'une étude sur Mirabeau, qui a étéremarquée ; jeune compatriote distingué d'intelligence, passionné pour l'étude, et dont nous ignorons le vrai nom ; M. Victor Théron 4, qui a écrit d'une manière intermittente dans les journaux de l'Ariège et faisait paraître, en décembre 1872, quelques pages sur la situation sortie de la crise qui faillit emporter une première fois le gouvernement de M. Thiers ; M. Albert Vaut/lier, qui dirige à Paris un journal satirique appelé la Vadrouille*; M. Marcaillou-Le pine , vétéran de la presse parisienne, directeur du journal Y 'Observateur 6 ; M. Léon Dumarc, directeur du Petit Fuxéen, auquel s'est jointe Y Ariège républicaine, qui veut réaliser en fait l'union des républicains du département de l'Ariège, en laissant à chaque groupe l'indépendance la plus absolue7; M. Jules Gré-
1. Journal qui parait à Pamiers, et dans lequel M. Ferbeyre a soutenu, non sans contradiction, la nuance opportuniste.
2. Nous avons lu dans cette feuille un article assez sage sur la Da?ise des écits et la Question de nos dépenses.
3. « C'est dans le sang de Coligny que la libre pensée prit naissance », dit ce jeune homme... il rappelle la date du 24 août 1572. Réalisme, vivacité d'imagination, amour du pittoresque, c'est bien un jeune Ariégeois dont le sang bouillonne.
4. Notaire à Lavelanet. Il écrivit à MM. les députés de l'Ariège, le 1er août 1873; il les priait, en son nom et en celui d'un groupe d'électeurs, de déposer à la Chambre une proposition pour la formation d'une vraie Constituante.
5. Il préparait une nouvelle ariégeoise qui devait avoir pour titre : Les deux ce?its faux-cols de Théophile (le journal la République).
6. Cet Ariégeois s'est fait remarquer à un banquet en juin 1882; c'était le troisième banquet de la Société amicale des Ariégeois à Paris. 11 parla chaleureusement sur la nécessité de resserrer les liens fraternels entre compatriotes.
7. « Nous ne voulons pas être habile, a dit M. Dumarc; à force d'être adroit, on devient maladroit. » « Je suis né français, je ne me résignerai {tas à jouer le rôle d'un sujet russe. » — H demande que tous les républicains se mettent d'accord pour un minimum de programme.
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goire, qui, après avoir été un polémiste brillant, s'adonne au culte des sciences naturelles, sans perdre son talent réel (récrivait]1; M. Eychenne Tiburce, qui fut rédacteur du National'1, se distingua pendant la campagne de 1870, et qui est ou a été chancelier du consulat de France à Port- Saïd, puis consul au Caire; M. Cypriani*, jeune homme qui envoya des articles d'érudition littéraire et de critique esthétique dans la République de l Arièqe, mais qui n'est pas du département ; M. Pellissier, Ariégeois qui n'habite pas le département, attaché à l'Université, et qui communique à la presse départementale des extraits de ses livres concernant des questions spéciales4; M. S. Alquié5, de
1. - Il eut, «lit VÀriège hebdomadaire du 9 décembre 1883, lorsqu'il était dans la politique militante, fies amis dévoués el des ennemis implacables.»
>. On se souvient de l'incident du Neubourg. M. Gambetta, présidenl de la Chambre, venait de prononcer une harangue. On allait rentrer à Paris. .M. Eychenne et M. Joseph Arnaud de l'Ariège, secrétaire particulier de M. Gambetta, eurent une querelle à Pont-1'Évêque, à propos de rien, de ce que l'un voulait passer avant l'autre pour déposer une dépêche au télégraphe. 11 fut question de duel: M. Gambetta apaisa l'altercation; néanmoins des témoins furent constitués. Tiburce Eychenne, disait le Républicain du Sud-Ouest, a une plume doublée d'une épée qu'il eût vaillamment croisée avec M. Arnaud.
3. M. <iuy, iils de l'inspecteur d'académie; il écrit sous le pseudonyme de Gypriani.
1. Peut-être cet auteur érudit nous donnera-t-il un jour une histoire de la presse dans l'Ariège, comme M. Laber donna, en 1831, une histoire de la presse et des pamphlets depuis François Ier jusqu'à Louis XIV, comme M. Eugène Matin a publié en 1859 une histoire politfque et littéraire de la presse en France.
ô. Tout jeu ne encore, S. Alquié perdait les avantages desa bourse de lycéen à cause deses tendances républicaines. Étudiant à Montpellier, il fut compromis différentes fois, toujours pour cause de républicanisme, tantôt à côté de Chabaud, de Mirepoix, de Jules Troubat, une autre fois à côté d'Achille Wores. Plus tard, en Afrique, secrétaire d'une colonie pénitentiaire de transportés, il perdit son avenir à l'armée pour avoir essayé de leur rendre la proscription moins amère. Sous Napoléon 111, ses relations politiques, ses écrits et ses actes lui valurent la prison. Attaqué en 1868 par les journaux opposés à ses idées, il obtenait par là - - il le dit lui-même — un certificat de républicanisme. Smis le seize mai, il était attaché à un journal donl la vente ('tait interdite sur la voie publique. (Voir VAriège républicaine du \H septembre 1881.)