‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 431 sur 498 · THÉODORE DE TARASCON · texte numérisé non relu

THÉODORE DE TARASCON

science si difficile de la politique, autrement qu'en buvant des bocks et des bitters. Les autres personnages secondaires sont aussi des types, construits d'après quelques actes publics et quelques écrits parus dans le département. L'auleur de Théodore de Tarascon ne peut avoir en vue de peindre aucun des personnages qui ont joué un rôle dans la politique de l'Ariège. Toutefois, s'emparant d'un ensemble de tendances et de coutumes, M. Maisse a été conduit à tracer une esquisse des mœurs politiques du pays. Il dit comment celui qui était impérialiste sous l'Empire est devenu républicain, parce que les amis et les amis des amis le sont devenus. Il remonte aux premières heures de personnages revêtus d'un mandat politique, et qui ne savaient trop d'abord ce que c'est qu'une démocratie. Lorsqu'il montre celui qui veut réussir en démocratie prenant la route de Paris pour se faire sacrer démocrate et francmaçon, et qui deviendra, après ce baptême, capable du jour au lendemain d'occuper les plus hautes situations d'Etat, le lecteur est jeté en plein comique.

Nous signalons le récit des scènes et des manœuvres qui précèdent les élections, le portrait des démocrates braillards, l'inauguration d'un millier de mendicités, qui « mettraient le feu aux quatre coins de la France pour avoir des places ou des honneurs », la fine ironie qu'arrachent à M. Maisse « ces mille tyranneaux de province qui se substituent à l'unique tyran d'autrefois », enfin cet état de choses qu'il appelle une vaste fumisterie, du moment que les démocrates tarasconnais (ariégeois) copient l'Empire en le dénigrant. Tous ces passages, qui témoignent d'une plume exercée et d'un esprit observateur, attestent en même temps une honnêteté profonde et naïve. Je ne sais si M. Maisse prend les hommes pour ce qu'ils sont et la politique comme elle est. N'a-t-on pas dit que la politique est

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un art' aussi bien qu'une science, et qu'il faut aux hommes de gouvernement non seulement des qualités positives et l'aptitude aux questions particulières , mais encore une nature et artiste, artiste en affaires, etc., qualification spécieuse et complexe?

Cependant si M. Maisse se faisait quelque généreuse illusion sur les conditions de la vie politique et sur ses difficultés, on peut voir qu'il n'en a pas sur les défauts et les qualités de la race méridionale, dans laquelle les Ariégeois sont compris. Nous regretterions de ne pas citer deux pages, qu'on a dites « aussi brillantes que le monologue du Barbier de Sévi lie ».

« Qui connaîtra jamais cet étonnant, cet énigmatique, ce fantastique, ce prestigieux Midi, pays des extrêmes, des contrastes, des surprises, des effets de théâtre, des coups de tête et des coups de trique, des mystères, des miracles, du monde renversé, des potins, des esbrouffes, des ^scandales et ^statues, des trucs et des tracs, des pifs et des puffs, des cliques et des claques, des tempêtes dans un verre d'eau et des énormités inaperçues ou tolérées, ou applaudies ; des vendettes éternelles, sans coups de fusil, mais à coups de langue mortels comme des coups de fusil ; des beaux hommes, des belles barbes noires et des moustaches truculentes ; de la double conscience et des pensées de derrière la tête ; de la ligne courbe ou oblique et de leurs variétés en nombre infini, à l'exclusion absolue de la ligne droite ; des surfaces sans corps et des apparences sans réalité ; des ruses profondes et des vanités féroces ; de l'éclatante lumière et des ténèbres épaisses ; des beautés splendides ou piquantes et des monstres de laideur; de la bonne

1. Commentaire «lu discours de M. Gobiet à l'inauguration de la statue de Lamartine à Passy, par Anatole France

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foi... dans la mauvaise foi et de l'indépendance... du cœur; des nullités prétentieuses et fanfaronnes, des palinodies cyniques et triomphantes ; des dévouements incompris et des vérités honnies et conspuées ; de la loquacité chronique et des palabres sans fin, etc., etc. ; où l'esprit court les rues ; où fleurit et s'affine encore la finesse ; où s'étiole et languit la délicatesse ; où meurt la sincérité ; où rien n'est plus commun ni plus rare que l'amitié ; où la bonté est aussi rare que la politesse est commune ; où l'habileté a le pas sur l'honnêteté ; où les questions de personnes priment les questions de principes ; où la passion est une vertu et la tendresse de cœur un ridicule, sinon un mythe ; où tout arrive ; où tout étonne et où rien n'étonne ; où les mots grisent ; où, la forme étant tout, le fond n'est plus rien ; où une impolitesse est pire qu'un crime ; où les hommes du Nord, les Normands exceptés, débutent toujours, etc., etc. ; ce Midi à la fois léger, mobile, frivole et d'une ténacité souvent effrayante dans ses passions, ses sentiments et ses idées; prodigue comme un grand seigneur de la Régence et rapace comme Gobseck ; rusé comme le chat et étourdi comme la linotte, bruyant comme un carnaval et silencieux comme une tombe ; organisateur et brouillon, actif et indolent, débrouillard et rossard, violent et veule, vaniteux et humble, haut et bas, courtois et grossier, chevaleresque et pignoufle, sceptique et fanatique, menteur et crédule, démocrate et despote, avancé et arriéré, etc., etc. ; ce Midi autrefois si brillant et si fier avec ses libertés municipales et sa féodalité populaire, aujourd'hui si mendiant et si plat avec le centralisme moderne ; ce Midi qui, à l'époque où Paris, encore à demi-barbare, baragouinait un aigre et grossier patois picard, avait, lui, une langue douce, déjà perfectionnée, et une civilisation relativement avancée, et qui, à l'heure quïl est, conserve encore d'af-

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freux reliquats de tnœurs sociales et politiques du temps de Romulus (le patronat), comme pourprouveraux savants, par certains côtés immuables de sa nature, qu'il a dans les veines du sang- des races stationnaires de l'Orient ; ce Midi, bouillabaisse des nations les plus diverses, beaucoup moins fusionnées et francisées qu'on ne le croit; cette Italie de France enfin, si charmante et si laide, qui attire et repousse, qu'on aime et qu'on déteste?.... On a tort; on ne doit pas le détester. Car, si tout doit se payer en ce monde, si les enfants doivent réparer les fautes et les crimes de leurs pères, les Français du Nord qui deviennent d'ailleurs de plus en plus méridionaux, ne sauraient trop l'aimer, ce Midi, que leurs pères ont ravagé, brûlé, pillé, spolié et volé pendant cinquante ans ; et, non loin deTarascon-sur- Ariège, se dressera toujours, comme un remords vivant, le pic de Montségur! Ouf! ouf! ouf! nen podi pos pus ! »

XVII. — Nous terminerons par M. de Malroux, attaché depuis peu à un journal de Foix. Nous ne savons si ce publiciste est de l'Ariège. Il écrit en intransigeant, dans un journal qui ne l'était pas d'abord. Nous entendons par intransigeance certaines rudesses envers une classe de citoyens qui ne lui plaisent point. Le rédacteur en chef actuel delà République de l'Ariège procède avec autorité et avec savoir. Toutefois, il fait des guerres, de ces guerres dont vit le journalisme, et, d'après quelques-uns de ses articles, comme le Système clérical (22 avril 1886), on s'aperçoit de son goût pour les récapitulations historiques, ne réfléchissant pas qu'il ouvre ainsi une large porte à d'autres récapitulations qui ne serviraient pas les causes et les thèses qu'il soutient. Néanmoins, d'après ce que nous avons lu, M. de Malroux semble se rangera cette croyance patriotique que la France ne veut plus s'occuper que de deux sortes de

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gens : Ceux qui travaillent, et en travaillant pour eux travaillent pour elle, et ceux qui assurent sa sécurité et font sa gloire.

On a dit des hommes intelligents, purs diamants d'esprit, que les uns étaient des diamants perdus dans le lait, incrustés dans le beurre ; et que les autres étaient noyés dans le vinaigre. Souhaitons à M. de Malroux d'être des premiers, c'est-à-dire plutôt dans les doux que dans les violents. Ses controverses avec un autre publiciste lui ont fait appliquer l'épithète à" opiniâtre : qualité ariégeoise fort précieuse, à condition de ne s'adresser qu'au droit, à la vérité, à la pacification de l'humanité. M. de Malroux n'a pas seulement du talent, il a aussi ses idées, et n'aspire qu'au triomphe de la démocratie départementale. Qu'il s'efforce d'expliquer aux Ariégeois resserrés dans leurs montagnes, aux portes de la France, quelle mission historique ils doivent se donner.

Mais la liste des publicistes ariégeois est loin d'être épuisée.

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