‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 438 sur 498 · M. THEOPHILE DELCASSÉ · texte numérisé non relu

M. THEOPHILE DELCASSÉ

Nui ne se jette impunément dans les échauffe-urées électorales ; on y donne des coups et Ton en reçoit. Vienne le triomphe, on ne se souviendra plus des attaques injurieuses, violentes, dont on a été l'objet. Sans doute, la vivacité, l'ardeur politique n'ont pas permis au rédacteur de la République française de rester sans agir parmi ses compatriotes ; il a voulu prendre rang dans la bataille de son époque. De spectateur il a voulu devenir lutteur dans la question politique d'organisation sociale, nationale, qui trouble notre temps. Il semble chez plusieurs écrivains que mettre le pied dans la politique, soit seulement vouloir être homme ou ne pas se résigner à contempler les tempêtes contemporaines du haut d'une sérénité platonique.

Le scrutin, avec ses combinaisons et artifices de listes, ne fut pas favorable à notre candidat; et, comme il avait frappé à l'extrême droite * et à l'extrême gauche '\ de ces deux côtés aussi sont venues des représailles.

Pendant que les conservateurs répliquaient, en s'emparant des formules de M. Delcassé, et surtout de la désignation <ï Olibrius appliquée aux vainqueurs du 18 octobre, pendant qu'ils écrivaient dans leur journal des chapitres

1. Il écrivait dans la République de ÏAriège, le 19 septembre, un article intitulé Naïfs, où il disait des conservateurs: « Ils n'ont pas conscience des progrès réalisés, depuis quinze ans, dans l'éducation politique d .1 suffrage universel... Nous nous indignerions?... plaignons-les plutôt (les réactionnaires)... On les prend pour des cyniques; ils ne sont que des naïfs! »

2. M. Delcassé, qui avait été candidat au 4 octobre, avait cessé de l'être au 18 du même mois. Il expliqua lui-même comment et pourquoi : « Ce n'est pas moi qui déserte la candidature que dix-sept mille suffrages m'ont imposée. Je ne suis plus candidat, parce que des républicains m'ont exclu de la liste où mes concitoyens m'avaient placé... Républicains, ne voyez plus que l'ennemi (la réaction)... la lutte terminée, il sera temps de démasquer les lâchetés et les traliisons. 11 sera temps de faire justice des Olibrius qui considèrent l'Ariège comme leur partage ». (Document électoral, Foi.v, le 11 octobre 1885; — le Petit Ariégeois du 14 octobre; — le Petit Républicain de Toulouse. — Protestation adressée par M. Delcassé ;\ ses électeurs d,e l'Ariège.)

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sur les Olibrius ariégeois, et, poussaient ce gémissement : « Ah ! comme les voilà bien burinés par eux-mêmes, ces grotesques fauteurs de révolutions et de guerres civiles1 ! » Les radicaux, de leur côté, s'abandonnaient à leur verve ironique. Ainsi la Démocratie de fAriège enregistrait des articles intitulés : La fin d'un ambitieux et sa pétarade finale'1 ; — C assoit l'est, sorte de jeu de mots édifié sur le patois languedocien, faisant allusion à l'échec électoral du jeune Delcassé (cassé il l'est)3, et agrémenté de ces coups de pinceau : « Bout d'homme, candidat de Lilliput, candidat d'autant plus fini qu'il n'avait jamais eu de commencement sérieux 4 » .

M. Théophile Delcassé trouvera dans sa philosophie de quoi attendre de meilleures circonstances. La rédaction de Ja feuille de Gambetta, qui n'est pas livrée au premier venu, doit, pour le moment, alimenter ses heures laborieuses. Qu'il laisse les épreuves mûrir ses talents, comme elles mûrissent le caractère, et fondent l'expérience personnelle. Pour le prendre dehaut,les génies eux-mêmes n'ontpas été exempts de ces douleurs de l'initiation. Nous nous souvenons de Milton5, de Schiller6, Gœthe7, Chateaubriand8, Johnson \

1. Le Conservateur de VAriège, semaine avant le 18 octobre 1885.

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