‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 437 sur 498 · M. PAUL DUCHÉ · texte numérisé non relu

M. PAUL DUCHÉ

importe bien plus au véritable intérêt du peuple que la sauvegarde de tous ses intérêts matériels ».

V. — M. Paul Duché, comme M. Cambus, a un vrai tempérament de journaliste. L'un et l'autre ont écrit de ces articles qui remuent l'opinion et qui charment la curiosité. Soulèverons-nous, à leur sujet, la question de savoir où se révèle un plus grand mérite de talent, dans le journal, dans les gros livres? A quoi bon? Le journaliste et le savant diffèrent de procédé, et cette différence, qui ne touche en rien au talent, laisse à chacun sa valeur relative,' indépendante. Il ne serait pas juste d'affirmer qu'un publiciste est plus capable, moins capable que d'autres de conceptions fortes.

M. Cambus, investi d'un rôle provisoire, avait accepté un programme de tirailleur et d'avant-garde. Le Réveil dut céder la place au Conservateur, dans lequel M. Paul Duché a été appelé à exercer une certaine initiative sur les questions de politique, de morale ou de belles-lettres.

Si dans le journal tout est fugitif comme l'actualité, on ne peut cependant oublier divers articles de M. Paul Duché, qui ont fait sensation à leur moment. Citons ceux intitulés Chez nous (21 février 1885) ; — En campagne (1 1 février) ; le publiciste y classe les adversaires en trois catégories : les indifférents, les soumis, les ennemis ; — La date fatale (28 février), charge à fond contre le règne de dix années des opportunistes ; — Nos projets pervers (11 mars), où une ironie spirituelle se mêle à un ton véhément; — Enterrements civils (25 mars) ; le publiciste flagelle cette façon de faire de la politique et de la propagande sur des cadavres, en oubliant les morts, « ne songeant qu'aux vivants qu'on embête » (expression, dit-il, employée par les habitués disciplinés, assistant, toujours

700 L'ARIEGB, IVe PARTIE (suite et fin), CHAP. XL

les mêmes, aux enterrements civils) ; — Décadence ; Irnpudence (24 janvier 18801 ; — Intermède (7 mai 1885), réplique à M. Amiel, du journal F Avenir de PAriège. — On sort de la lecture de ces articles avec l'impression qu'avaient autrefois les lecteurs du vaillant publiciste bordelais, M. Fonfrède, tant vanté par M. de Cormenin. M. P. Duché est un brave lutteur dont la plume est puissante. Sa verve, sa fécondité, son instruction, ses ressources dialectiques ouvrent devant sa carrière de belles perspectives.

VI. — M. Théophile Delcassé l est une des nouvelles recrues de la presse entrées dans la rédaction de la République française. Du reste, MM. Julien Dumas et Élie Montagne sont aussi de ceux qui, dans ces derniers temps, ont donné des gages sinon à la presse parisienne, du moins au journalisme de province. Il faut que M. Delcassé ait fait preuve de talent, pour avoir été amené, par la force des choses, à poser deux fois sa candidature à la représentation nationale, en 1881 et en I880.

Nous trouvons dans les feuilles du département une appréciation sur le jeune publiciste de Pamiers. On y exalte son mérite en disant que, « par son travail, il a su acquérir une réputation littéraire», et l'on ajoute que d'une façon ou d'une autre — articles de journal, emploi courageux de sa plume — il conseilla, embrassa tout ce qui pouvait accélérer la sortie des Prussiens de France en 18712. Mais, comme il est jeune, qu'il s'est présenté deux fois cà la députatioD et n'a pas été nommé, bien qu'il ait approché du succès, on ne lui a pas épargné le reproche d'ambition.

Page 1