‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 448 sur 498 · RESPECT. — LICENCE · texte numérisé non relu

RESPECT. — LICENCE

ploie, pour faire de l'esprit, des formes qu'on devra trouver peu respectueuses envers les personnages. Que le lecteur juge et décide.

Son Eminence Florian Desprez (Florianus Pratensis), cardinal-archevêque de Toulouse et primat des Gaules narbonnaise, cisalpine et transalpine, est assis sur son trône pontifical.

M. le vicaire général Andrieu, grand caudataire cardinalice et premier moutardier du Saint-Oflice, se tient debout sur les marches du trône et annonce les visiteurs.

L'état-major général et tous les ofliciers de la garnison viennent de défiler en bon ordre.

C'est le tour des assimilés et des officiers de la territoriale.

Le sympathique capitaine Marty brille au premier rang. La poitrine du grand hospitalier-sauveteur est constellée d'une brochette de médailles d'or et d'argent qui proclament éloquemment les services signalés rendus à l'humanité par ce dévoué philanthrope, surnommé l'ange tutélaire de la cité goudeline.

— Par Sabaoth, Dieu des armées ! s'écrie le cardinal,

Quel est ce brave fils de Mars et de Bellone ? Le général Andrieu (à l'oreille de Florian) :

Par les Sémiramis de notre Babylone, Ce guerrier pacifique est, dit-on, très vanté ! Il possède à Toulouse un palais enchanté : La brebis égarée y fut la bienvenue, La reine de Saba pour le voir fût venue !

Le cardinal (à son vicaire). — Vous m'intriguez !

Le général Andrieu. — C'est le directeur des bals. . .

Florian. — Le directeur des balles! J'y suis! (S'adressant au capitaine Marty). Ah ! monsieur est attaché à l'arsenal ! Avancez donc que je vous complimente ! C'est donc vous qui êtes préposé à la garde de nos munitions, (sic ? )

M. Marty (ahuri). — Pour vous servir, mon cardinal ! Votre Éminence me comble.

Vient le dénouement, au dîner du soir.

— Son Éminence, dit respectueusement le vicaire général Andrieu, a fait aujourd'hui un joli quiproquo. Les Pères de l'Eglise commettent parfois des impairs.. . Votre Eminence a, sans le savoir, complimenté le directeur des bals du Skating-Palais !

Vous avez confondu le bal avec la balle! Demain, Philbert dira que Florian s'emballe! L'aventure sera dans \e Républicain, Moniteur de Baal et d'Aaron-Caïn!

Nous tenons ici, semble-t-il, la conception même du journalisme, telle que M. Montagne la formule. C'est qu'il

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faut, avant tout, intéresser, amuser, en égayant, en egratignant, en brûlant ceux-ci, en adorant ceux-là. Il l'a dit lui-même, dans ses vœux de nouvelle année à ses lecteurs :

Quant aux personnages grincheux, hypocondriaques et collets-montés <|ui nous reprocheraient de manquer quelquefois du sérieux qui convient dans l'exercice de notre profession qu'on a bien voulu assimiler à un sacerdoce, nous leur répondrons que sous une l'orme plaisante et humoristique il se cache souvent de bonnes vérités. Nous ne saurions donc adresser de meilleurs souhaits de bonne année à nos lecteurs que de leur désirer une humeur toujours gaie. C'était la philosophie des Gaulois, nos ancêtres, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune ' .

La vieille gaieté gauloise, voilà sa devise. Ce n'est point l'intelligence de M. Montagne qui se laissera dévorer par les microbes d'une psychologie morose. A l'égard de la politique austère, sérieuse, rébarbative, il dirait presque le mot d'un désœuvré des boulevards : « Quand la politique est tranquille, elle m'ennuie ; quand elle ne l'est plus, elle m'embête. »

Toutefois, il ne faudrait point que, sous prétexte d'ombrage, et avec la gaieté gauloise, M. Montagne sacrifiât les idées de libéralisme et la liberté. Il serait loyal de lui faire modifier quelques phrases obscures 2 pour ne pas laisser soupçonner, sans le vouloir, qu'on pourrait aimer la république sans la liberté, cette liberté privée, de l'individu et de la famille, plus sacrée encore que la liberté publique, pour laquelle on a dépensé tant d'encre et de sang.

Tel est le journaliste de vive allure que l'Ariège a produit, tenant un peu du cardinal de Retz et de Saint-Evremond, et sur lequel ses propres compatriotes sont d'accord : « Plume brillante, le plus spirituel des publicistes de la région, opportuniste féroce, mais patriote pur sang3 ».

1. Petit Républicain du 1er janvier 1886 : Hier, aujourd'hui, demain.

2. Voir l'article nécrologique sur M. Chapelan - Grassel du 11 février 1885.

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