‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 479 sur 498 · Le Dessus du partiei*, p · texte numérisé non relu

Le Dessus du partiei*, p

:J. Les Veillées de Saint-Pantaléon, p. 157. 4. Originaire de Prat.

JEAN-MARIE ANOUILH. 761

actuel de Saint-Girons par sa science de jurisconsulte et par la manière lumineuse dont il présentait les questions soumises à son arbitrage intellectuel, dépassait de toute la hauteur dune raison sans pareille la plupart de nos publicistes aux destinées retentissantes.

M. Anouilh avait mis au service du public, tout à la fois, sa plume, sa parole, et quelle parole ! son honnêteté, et quelle honnêteté ! Il est vrai que ce jurisconsulte éloquent et sérieux n'était pas connu en dehors de son arrondissement; mais son talent n'eût été déplacé cependant dans aucun département de la France. Si M. Anouilh mérite le nom de publiciste, pris dans le sens étendu du mot, ce n'est pas qu'il ait défendu les intérêts des individus au moyen d'articles de presse, élaborés au jour le jour ; il a servi ces intérêts par des consultations approfondies des causes considérées dans leurs rapports avec le droit français, à l'aide d'un jugement dune rare sagacité.

On dira : Mais comment parler de Jean-Marie Anouilh, s'il ne vous est venu aucun document sur lui? Nous ne possédons effectivement, sur ce juriste, que des informations purement orales, recueillies dans des entretiens fugitifs avec des habitants de l'Ariège. Avons-nous jamais lu de lui aucun article de journal? Aucun. Avons-nous parcouru dans la Gazette des tribunaux ou dans les feuilles de Toulouse quelqu'une de ses plaidoiries? Aucune. Avonsnous rencontré J.-M. Anouilh soit en Ariège, soit sur un autre point de la France? Avons-nous pu saisir, soit sur son visage soit dans sa conversation, un reflet de son esprit, une révélation de sa science? Jamais nous ne nous sommes vus, jamais nous ne l'avons entendu. Mais le sentiment public, le cri irrésistible de ceux qui ont été les témoins de sa vie, est venu jusqu'à nous. Nous étions initié depuis quelques années à cette vie, qui était la modes-

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tie même; et il y a cinq ou six mois à peine, les feuilles publiques nous transmettaient quelques lambeaux de phrases prononcées par lui sur la tombe d'un confrère1. Ainsi, si nous avons manqué, à Paris, de détails sur cette carrière, nous connaissons cependant le principe qui a gouverné sa vie, en tant que citoyen ; il ne voulait pas de la vie publique, tant il avait été rebuté par la vue de cette lèpre contemporaine qui fausse et ronge tout, la préoccupation électorale.

On est unanime à reconnaître les hautes qualités d'intelligence dont Jean-Marie Anouilh était doué. En l'entendant plaider, exposer les affaires, les discuter, on était frappé d'un pareil talent. Adversaires d'idées ou amis, conservateurs ou radicaux, chrétiens et libres penseurs, tous ont proclamé l'élévation de ce noble esprit2, qui abordait et traitait les questions avec tant de compétence, d'une manière si forte, si magistrale.

Un des rivaux de M. Anouilh — rivaux dans un bon sens — assurait que lorsqu'on avait confié une affaire à cet avocat, on pouvait dormir sur ses deux oreilles ; l'affaire était étudiée avec science et conscience ; et généralement soutenue avec succès, du moment qu'il l'avait jugée conforme au droit. Que dire de plus expressif sur le mérite d'un homme ? On ne parle ainsi que d'un maître en talent comme en honnêteté. Ce que cet homme, ce défenseur des intérêts de chacun, venait lire ou dire à la barre, était si lucide, si fondé sur les monuments législatifs,

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