ANOUILH ET LE SENTIMENT PUBLIC
si probant, que la conviction des juges et de l'assistance se formait solidement. Heureux les juges et les époques où vivent de tels hommes !
Du reste, la pensée publique, la pensée de tout le Couserans se fit jour dans la matinée des obsèques, le mardi 15 juin. Nous la trouvons exprimée par la presse locale :
II est mort avant l'heure, il est mortà la peine, ee noble et vaillant ouvrier, cet homme plein de cœur et de bonne volonté. Il a succombé sous la multitude des services qu'il a rendus. Ses admirateurs et ses nombreux amis ne perdront jamais le souvenir du sentiment si lier et si doux qu'ils ont éprouvé en présence du dernier et magnifique hommage qu'on a offert à sa mémoire ; nous ne voulons parler ici ni des honneurs que lui a rendus la foule émue, ni du concours qui a accompagné ses funérailles, ni des couronnes qui ont orné son cercueil, mais d'une chose très grande et très consolante qui lui fait le plus grand honneur, d'une chose bien rare, au milieu des violents orages qui secouent et bouleversent notre société, de cette admirable et touchante émotion, de cette paix subite et universelle, qui a incliné tous les fronts, qui a rapproché un moment tous les cœurs et uni dans un même sentiment une ville entière, devant l'imposant spectacle de la vie et de la mort d'un homme de bien, généreuse victime de sa profession et martyr de son devoir1.
Les journaux opposés aux opinions de M. Anouilh'2 ont tous signalé, en s'y associant, la tristesse des membres du barreau, du tribunal et de la foule, accompagnant à sa dernière demeure « cet homme de bien, cet avocat de grand talent». Le bâtonnier de l'ordre des avocats, fort éloigné des opinions de M. Anouilh, n'en retraça pas moins la noble vie de son confrère avec respect, en termes dignes et émouvants. Il arracha des larmes abondantes à l'assistance accourue de tous les points de l'arrondissement 3, en faisant un tableau saisissant des qualités brillantes qui avaient fait de M. Anouilh « le plus distingué des maîtres 4 » . A son tour, la feuille radicale de l'endroit ajoutait avec