V. F. AUBRY DE MIRECOURT ET M. ANOUILH
Coïncidence infiniment triste ! le Couserans a fait, en même temps que les Vosges, une perte à jamais regrettable, dans ce funeste mois de juin ! Presque au même jour, s'éteignaient un grand industriel, Victor- Fourief Aubry, à Mirecourt, et Anouilh, à l'autre extrémité de la France, à Saint-Girons. Dans la cité vosgienne, comme dans la moderne capitale du Couserans, même deuil, mêmes regrets, mêmes manifestations de la foule attristée. Si nous écoutons les discours d'adieu prononcés à Mirecourt sur la tombe de M. Aubry, on croirait qu'il s'agit du lettré si
sympathique, de l'homme du devoir que pleure la cité de Saint-Girons. Ni l'un ni l'autre n'ont fatigué la presse de travaux écrits ; mais leur vie, l'emploi de leur activité contient des leçons éloquentes. Il est un ensemble d'actions que ne suppléeront jamais les articles de la plume, fussent-ils du premier publiciste du monde. Dans les Vosges, on a dit, dans les discours du dernier adieu, pour célébrer l'homme disparu, qu'essentiellement « homme sans ambition, il se contenta d'être utile à ses compatriotes et de mettre à leur service les nombreuses qualités dont Dieu l'avait doué1 ». Sur les bords du Salât, le panégyrique roule sur le même objet. On a dit dans les Vosges : « Nous la connaissions, mais pas entière, cette vie de travail, d'intégrité, de dévouement. Ce qu'elle a eu de meilleur peutêtre, de plus élevé, de plus méritoire, a été caché avec un soin jaloux aux regards des hommes. Non seulement cette vie se résume dans cette admirable devise labor et fides (travail et croyance), on lui en doit aussi appliquer une autre, dont se glorifie une ancienne famille française: Plus d honneur que d honneurs 2. C'est ce qu'on répète en Cou-
1. Discours de M. J. Evrard, juge au tribunal de commerce à Mirecourt. Voir la Presse vosgienne du 20 juin 1886.