‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 483 sur 498 · Le Ri>'vpU du Saint-Gironnais du 20 juin · texte numérisé non relu

Le Ri>'vpU du Saint-Gironnais du 20 juin

HONNEUR DU BARREAU DE SAINT-GIRONS. lCy>

XXYI. — Modestie et supériorité, voilà deux qualités réunies qui surprennent aujourd'hui.

11 était le conseil de tous, et l'on pourrait presque dire sans hyperbole qu'il eût été f avocat de tout le monde, si les nécessités mêmes de sa profession ne l'eussent obligé de faire son choix parmi les parties qui se disputaient l'avantage de l'avoir pour défenseur.

Mais aussi quel ensemble de qualités ! Quelle est celle qui lui manquait? Il les avait toutes. Aussi profondément versé dans la connaissance du droit que dans la pratique des affaires, il était vraiment de taille à aborder toutes les difficultés et à tenir tête à tous les adversaires. Puis c'était, dans le vrai sens du mot, le vir probus dicendi periins. Tout chez lui, dans sa parole, dans son port et dans sa personne tout entière, tout respirait l'honnêteté et la probité professionnelle. Et comme il avait autant de simplicité et de bonhomie qu'il avait de science et de talent, il avait su trouver le moyen de conquérir à la fois, en même temps que l'estime et 'la conliance des magistrats devant lesquels il plaidait, les sympathies et l'amitié des adversaires qu'il combattait à la barre. Sa supériorité était si incontestée et se faisait si peu sentir, qu'elle n'inspira jamais d'ombrage à personne et qu'elle ne suscitait aucune jalousie autour de lui. Qu'on le demande à ses confrères d'autrefois et à ses confrères d'aujourd'hui, tous également consternés par la perte si imprévue de ce maître si regretté!

Avec tous les dons de la nature, Me Anouilh possédait tout ce qu'il fallait pour jouer un rôle politique dans son pays, s'il l'eût voulu. Mais il ne voulut jamais. Il avait tant de modestie dans le caractère, tant de simplicité dans ses goûts et un amour si exclusif de sa profession, qu'il se tint toujours obstinément à l'écart de la vie publique. Et cependant, toutes les fois qu'une place devenait vacante dans les conseils électifs de son arrondissement, c'est toujours vers lui que se tournaient les regards des conservateurs; mais il fut toujours inébranlable dans ses résolutions *.

Un autre témoin, un autre écrivain confirme cette renonciation systématique, ce désenchantement de ce qui enchante généralement les hommes de notre temps, le mandat représentatif, législatif, etc.

Obéissant à des sentiments de désintéressement et de patriotisme, il a consumé sa trop courte vie au service de son pays; et malgré les olfres les plus flatteuses pour son amour-propre, les plus séduisantes pour sa fortune, il n'a jamais voulu le quitter. Son unique ambition était d'être utile à ses compatriotes et de défendre au milieu d'eux le droit qu'il respectait, et la justice qu'il aimait. Sa modeste et laborieuse vie a été employée tout entière à faire le bien et à faire du bien. Oubliant la part du plaisir et du repos, il l'a généreusement divisée entre les devoirs de la famille et les devoirs de sa profession, le soin de ses enfants, dont il s'occupait avec la

1. Article nécrologique par M. Victoria Vidal, dans le Conservateur de l'Ariège.

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plus charmante, la plus louchante bonté et le soin des intérêts qui lui étaient confiés et auxquels il se consacrait avec un dévouement sans borne. Il a traversé sa carrière de labeur et de sacrifice comme un voyageur courageux, qui s'avance d'un pas ferme, et sait que c'est en tournant ses regards vers les cieux que l'homme trouve son chemin sur la terre, et qu'il ne rencontrera son asile et son repos que dans les nécessaires et mystérieux au delà d'une vie où rien ne s'arrête, où rien ne s'achève. Sa haute intelligence, son cœur aimant, avaient accepté, avec une foi profonde, avec une invariable fidélité les devoirs et les espérances de la vie chrétienne1.

M. Anouilh était-il un mystique, un ascète? Où puisait-il ce don d'opposition aux appétits si communs dans la société humaine ? Pourquoi repoussait-il ce qui attire au contraire tous ses semblables? Désirer la gloire, n'est-ce pas vouloir s'étendre comme le veut toute créature? Bossuet a quelque part une page qui nous donnera peut-être l'explication de ce refus mystérieux de notre Saint-Gironnais d'aspirer à reculer les limites de son être, à remplir un plus grand espace dans le monde. « L'esprit de Dieu, dit Bossuet, que nous avons reçu par le saint baptême, remplit nos âmes de l'idée du souverain bien, pour nous faire regarder avec mépris les mouvements éternels qui agitent la vie humaine2. » Puisque, d'après divers témoignages indubitables, M. Anouilh était un chrétien solide, un chrétien convaincu3, il est de toute vraisemblance que la vivacité de ses sentiments religieux et ses croyances expliquent pourquoi il pensait si peu à la conquête d'une gloire bien acquise. Il ne tenait pas tant que cela à voir, de son vivant, l'élargissement de son existence par le bruit et les fanfares de la renommée. Ainsi, croyons-nous, cet homme modeste traitait plusieurs de nos triomphes de journées des dupes.

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