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mesurer la force intellectuelle et morale des Ariégeois. Journalistes de vocation, ou journalistes d'occasion, ne se sont-ils pas montrés la plupart, capables, comme dit Montaigne, de bien manier et employer les sujets, des journalistes de conscience et de foi, fidèles à leur journal comme le soldat au drapeau. Sans doute, une anomalie existe à l'endroit de la presse, cette énorme puissance qui pèse sur toute la machine politique et sociale, sur les mœurs et sur les lois, qui fait et défait les succès, les réputations, les gloires, les légendes. «Il faut, a dit un publiciste considérable, des examens pour être avocat, un diplôme pour être médecin ; mais pour exercer cette médecine morale du journalisme, pas n'est besoin de diplôme. Le premier ou le dernier venu peut de ce sacerdoce faire un charlatanisme et pis encore1. » Bien que cet état de choses soit étrange, l'historien des Ariégeois n'a pas à s'en mêler ; il souhaite seulement que dans ce régime d'individualisme excessif peut-être en matière de journalisme, cette carrière soit pratiquée par tous avec conscience et dignité. Ce sixième volume s'achève avec les Ariégeois engagés dans la presse ; souhaitons que la presse n'use pas sciemment de ces moyens d'inique mystification sur 1 imagination populaire, en déplaçant les responsabilités, et qu'elle n'exploite pas systématiquement certains mots, certaines imputations qui ont crédit auprès des crédules2, et n'obtiennent succès que parce qu'ils font appel à l'ignorance, à la cupidité et à la sottise.
Nous ne pensons pas qu'après ces six volumes d'histoire on puisse dire de la démocratie ariégeoise que, plus on
J. Jules Claretie, la Vie à Paris, dans le Temps du 13 février 1885.
2. Tels les mots de monopole, d aristocratie en Amérique, du temps du général Jackson, et en France ceux de jésuite, de clérical, de suffrage universel, de sincérité des élections, d'égalité.
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avance dans l'égalité, plus on éprouve le besoin d'en sortir. Nous ne croyons pas davantage que les choses dans le pays de Foix se passent plus en paroles qu'en actions. Toutefois , il n'était pas inutile de clore la liste des publicistes par un homme qui n'a pas écrit, mais qui a agi.
Cette vie à l'écart du jurisconsulte J.-M. Anouilh, c'était de la force morale. Il y a dans chaque siècle, même dans les siècles les plus éclairés, ce qu'on peut appeler l'esprit du temps, sorte d'atmosphère qui passera, mais qui, pendant sa durée, trompe tout le monde sur l'importance et sur la vérité même de la plupart des goûts et des opinions dominantes. Notre Fabricius du Couserans a su résister à ce courant qui entraîne aujourd'hui tous les Français dans l'arène politique. Il ne voulut rien être, repoussant le piédestal de la vie moderne, l'enivrement des faveurs populaires et l'entrée aux assemblées politiques.
Mais ses compatriotes, ne pouvant empêcher qu'il restât inconnu pour quiconque n'était ni de son département, ni de son arrondissement, ne se trompaient pas sur sa valeur au palais, et l'allaient trouver en foule dans sa demeure pour lui confier leurs intérêts. Nous ne voudrions pas rappeler l'idéal trop plaisamment lourd d'un boucher qui, ayant besoin d'un avocat, se rendit au palais, en la grand'salle, et, avec sa grossière échelle du mérite, fît choix du plus gras. Les habitants du Couserans, avec un goût autrement fin, et une mesure autrement élevée, faisaient volontiers choix du plus modeste, qui était un des plus forts. Le public ne pouvait qu'être frappé de ce désintéressement naïf et superbe à l'endroit de la gloriole politique, de cette indépendance rétive, de l'inflexibilité de ce caractère qui donnaient à l'avocat une véritable dignité. D'instinct, le pays de SainkGirons appréciait un jurisconsulte qui était
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plus ambitieux d'utilité que de gloire. Anouilh n'en a pas moins de prestige pour la vieille terre du Couserans.
Mais d'importants compléments nous obligeant de ne pas clore encore l'Histoire des Ariégeois, nous allons passer à un septième et dernier volume.