‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 66 sur 498 · L'INSTRUCTION PUBLIQUE. H · texte numérisé non relu

L'INSTRUCTION PUBLIQUE. H

nom de Lakanal. 11 en est résulté que, moins connu que ses collègues Sieyès, Daunou, Grégoire, Fourcroy, David, Boissy d'Anglas, la notoriété lui est venue tardivement, parce que d'abord on l'avait mesurée d'une manière parcimonieuse. Et, cependant, qui eut plus à cœur que lui la cause de la liberté et des sciences ? Qui s'y est plus dévoué, avec plus de succès, avec plus de sens pratique ?

XIII. — Loin de nous voir contraint à de laborieux efforts pour recommander le nom de Lakanal au public français, nous pensons que, dans les circonstances nouvelles créées par l'année 1882, il faut nous prémunir contre un danger absolument opposé. Hier, il eût fallu rappeler le grand pédagogue ariégeois aux Français oublieux, aujourd'hui on doit craindre que, dans l'ardeur de la revendication, on ne dépasse les bornes. C'est assez que la France ait reconnu d'une manière solennelle, dans l'Àriégeois Lakanal, un homme de premier ordre, un moraliste éminent qui a bien mérité de l'humanité, et auquel elle a donné une place dans son Panthéon national. N'allons pas plus loin ; c'est assez de dire que, nul en France n'a voulu, autant que Lakanal, aussi persévéramment, aussi efficacement, généraliser la science et conserver à notre pays sa réputation de supériorité intellectuelle.

Assurément Lakanal n'eut pas l'éloquence de Mirabeau, de Vergniaud ; il n'eut pas à organiser les armées comme Carnot, à créer les finances comme Cambon. En dehors des masses magnétisées par Danton, terrorisées par Robespierre et Saint-Just, il y avait d'autres champs d'activité où Lakanal laissa son empreinte, et par où il est devenu l'un des grands ancêtres des démocrates contemporains. Non, ce ne fut pas un lutteur de la rue, ni du forum; tou-

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tefois, là où il estima devoir combattre, agir, il eut une initiative entraînante et une volonté tenace.

Qu'en revendiquant cette figure historique de Lakanal, l'Àriège se contente donc de revendiquer en lui l'homme de la science, celui qui voulait appliquer un plan de transformation et de généralisation populaire de l'instruction ; cela suffit. Bien qu'il y eût des écoles dans l'ancien régime, et que le zèle du clergé eût toujours travaillé à l'initiation intellectuelle du peuple1, il a pu arriver que l'organisation scolaire laissât des lacunes sur quelques points du territoire 2 ; et l'honneur du grand pédagogue de Serres, c'est que très loyalement il s'inquiéta, pendant des années et sans relâche, des moyens pratiques de substituer la pleine instruction à quelque reste d'ignorance ; c'est qu'il fut touché du regrettable contraste « de tant de civilisation avec tant de misère, » d'où est venue « cette haine tenace contre la noblesse et les riches, dont nous souffrons encore en dépit de l'égalité conquise 3. » C'est qu'il voulut faire cesser un grief, fondé ou non, qui n'est pas abandonné de nos jours, l'inégal accès à l'instruction, cet accès ayant paru autrefois, dit-on, le partage exclusif des classes aisées et opulentes 4.

1. Les érùdits retrouvent de tous côtés, aujourd'hui, des preuves qu'autrefois chaque commune avait son maître d'école. On admire les statuts des diocèses enjoignant aux parents d'envoyer les enfants à l'école

2. L'État, du moins, se désintéressail trop de la question de l'organisation de l'instruction.

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