‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 68 sur 498 · MISSION VÉRITABLE DE LAKANAL · texte numérisé non relu

MISSION VÉRITABLE DE LAKANAL

Qui pourrait se méprendre sur la beauté du rôle de Lakanal, de 1793 à 1798? — Il fallut à cet homme une grande énergie pour remplir « la mission spéciale qu'il s'était assignée,» comme il le disait lui-même, «celle de servir son pays en défendant la cause des lettres, de sauver les sciences et ceux qui les honoraient par leurs travaux, de combattre le vandalisme, en provoquant l'établissement des institutions consacrées à l'instruction publique.» Il dut lutter contre mille obstacles, contre des difficultés immenses. Du reste, si son rôle politique fut presque effacé, c'est qu'il s'absorba effectivement dans sa mission scientifique 1 et

«Autrefois les illettrés étaient rares en Bretagne parmi les] nobles, la bourgeoisie et parmi les paysans qui possédaient quelque aisance. »

11 résulte des statuts synodaux de Saint-Malo que « les curés remontreront à leurs paroissiens que, s'il n'y a point d'écoles, la jeunesse nourrie en oisiveté apprend l'art de mal faire; ils les exhortent donc à establir, diriger, dresser et entretenir des escoles ouvertes à tous les pauvres et riches, par toutes les paroisses... »

Des ordonnances royales de Louis XIV ont pour but de rendre l'instruction publique obligatoire et « d'y retenir les enfants jusqu'à l'âge de quatorze ans. »

Or, plus d'un, chez les modernes, trouvent que, sous le grand roi comme aujourd'hui, l'obligation était de trop, la science même la plus modeste avant besoin, disent-ils, de liberté pour produire de bons fruits. — Voici maintenant quelques précurseurs de 1789.

En Bretagne, le parlementaire la Chalotais écrivait : « N'y a-t-il pas trop d'écrivains, trop d'académiciens, trop de collèges?... Les frères de la doctrine chrétienne sont survenus pour achever de tout perdre. Ils apprennent à lire et à écrire à des gens qui n'eussent dû apprendre qu'à dessiner et à manier le rabot et la lime, mais qui ne le veulent plus faire. Ce sont les rivaux et les successeurs des jésuites. Le bien de la société demande que les connaissances du peuple ne s'étendent pas plus loin que ses occupations. »

Voltaire, que personne n'excusera à l'endroit de Jeanne d'Arc et de l'armée française, Voltaire, le plat valet du roi de Prusse, répondait à la Chalotais, le 28 février 1763 : « Je ne puis trop vous remercier de me donner un avant-goût de ce que vous destinez à la France. Je trouve toutes vos vues utiles. Je vous remercie de proscrire l'étude chez les laboureurs. Moi, qui cultive la terre, je vous présente requête pour avoir des manœuvres et non des clercs tonsurés. Envoyez-moi surtout des frères ignorantins pour conduire mes charrues et pour les atteler. »

1. On voit par des lettres de Lakanal à Geoffroy Saint-IIilairc qu'à

i<> L'AIUKGE, IVe PARTIR (mite et fin), CHAP. Ier.

conservatrice des choses de l'esprit. Le 4 juin 1793, il prit la parole dans la Convention, pour demander qu'on arrêtât les farouches excès de démolition qui, de toutes parts, mutilaient les monuments nationaux, et occasionnaient pour les arts des pertes irréparables de chefs-d'œuvre, et il s'ensuivait un décret conservateur. Le 10 juin, même année, il lut un rapport «à la Convention, et il obtint que le Jardin des plantes, qu'on voulait supprimer, lut transformé, agrandi, et érigé en muséum national d'histoire naturelle. Combattu par Robespierre, en juillet 1793, dans le vaste projet de loi qu'il proposait sur l'instruction primaire, Lakanal, infatigable, reprend son œuvre après le 9 thermidor. En huit mois, d'octobre 1794 à juin 1795, il prépare, présente et fait voter cinq décrets qui restent pour sa mémoire et pour la Convention autant de titres d'honneur.

Les lois du 29 octobre 1794, du 2 avril et du 24 juin 1795, dates que l'histoire doit enregistrer, fondent trois grandes institutions, l'école normale1, l'école des langues orientales, le bureau des longitudes 2 ; celles du 17 novembre 1794 et du 25 février 1795 organisent les écoles pri-

l'époque de 1793 et années suivantes, académicien et aristocrate étaient synonymes. Le comité de Salut public et celui de Sûreté générale poursuivirent Lakanal comme ami et défenseur des savants, tous réputés modérés, c'est-à-dire ennemis de la République. (Lettre écrite des États-Unis en 183-2.)

1. L'école normale enseigne à enseigner; dès le temps de Lakanal, l'école normale eut des professeurs-directeurs comme Lagrange, Laplace, Alonge, Berthollet, Haiiy, Daubenton, Bernardin de Saint- Pierre, el des auditeurs comme Fourier, Lacépède, etc. Lakanal et Sieyès, délé. gués par la Convention, montèrent les premiers dans cette chaire, qu'une leçon de Laplace allait inaugurer. Tous étaient debout, Lakanal déclara l'école normale ouverte, en donnant lecture du décret fondateur.

L2. Le premier bureau des longitudes, créé dans l'intérêt de la marine et de la science, l'ut composé de deux géomètres, Lagrange et Laplace; quatre astronomes, Lalande, Gassini, Méchain, Delambre;deux navigateurs. Borda et Bougains ille.

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