‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 70 sur 498 · RÉGNER PAR L'INTELLIGENCE · texte numérisé non relu

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Paris à la frontière du Nord; et le 1" septembre 1793, Carnot lisait à la tribune une dépêche ainsi conçue : « Citoyens, Gondé est restitué à la République ; la reddition a eu lieu ce matin à six heures. »

Il était visible que toutes les tendances de Lakanal, toutes ses aspirations, étaient de faire régner la République française par l'intelligence* Combien ne fut-il point fier et heureux quand, après avoir fait décider l'organisation de l'Institut, il reçut la mission d'en former le premier noyau, de dresser Ja liste des quarante-huit premiers membres! Il la remplit équitablement et magnifiquement, et l'on a dit que l'Europe savante n'eût pas présenté d'autres choix x.

XIV. — Aussi Lakanal eut-il, parmi ses amis, de grands noms scientifiques, tels que l'éminent naturaliste qui, avec Cuvier, contribua le plus au renouvellement des sciences naturelles, au commencement du dix-neuvième siècle, et qui fut un réformateur en zoologie, c'est-à-dire Etienne Geoffroy Saint-Hilaire; tels que l'illustre Desfontaines, premier secrétaire de l'administration du Muséum ; tels que le célèbre Sieyès, le fameux Lalande, Mignet, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, le célèbre abbé Sicard ; tels que lord Brougham, Lelut, de l'Institut. L'astronome Lalande ne portait-il pas l'admiration qu'il avait pour le représentant de l'Ariège jusqu'à l'ardeur d'un culte?

En faut-il davantage pour consacrer la gloire de Lakanal? Il semble que non. Nous indiquerons toutefois un deuxième titre du professeur ariégeois à la reconnaissance de la pos-

1. Quels noms pour inaugurer l'Institut: Lagrange, Laplace, Monge, Lalande, Borda, Fourcroy, Darcet , Haiiy, Daubenton, Jussieu, Adanson, Lacépède, Thouin, Parmentier, Grétry, Mole, Houdon, Pajou, Vincent, Sieyès, Garât, Daunou, Delille, Bernardin de Saint-Pierre! Lakanal lut appelé, par l'élection, à faire partie de la classe des Sciences morales et politiques.

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térité. C'est qu'il fut bon, c'est qu'avec un mélange d'austérité républicaine presque farouche, Lakanal fit preuve d'une bonté d'âme qui forme un éclatant contraste avec la férocité érigée à cette époque en méthode de gouvernement.

Ce que les documents nous apprennent des missions de Lakanal en Dordogne, tient de la fable, tant cet homme investi de tous les pouvoirs exerça la dictature avec bonté, droiture, douceur. Ses lettres, ses proclamations aux habitants, sont un modèle de générosité naïve, touchante et simple ; il faudrait remonter à l'antiquité pour retrouver sur les lèvres d'un administrateur omnipotent, s'adressantà ses administrés, un tel langage avec un tel accent paternel. Il gémissait sur les procès qui divisaient les .citoyens et croyait qu'on pouvait décréter, d'un trait de plume, le règne de l'harmonie à perpétuité entre les hommes et entre les groupes. Il adressait des questionnaires aux agents nationaux des communes, pour savoir s'il y avait des banqueroutiers, des gens brouillés entre eux, des plaideurs, des filles trompées, des ménages désunis, afin d'intervenir lui-même, et ramener partout la paix et la concorde '?

Comment ne pas citer deux lettres, l'une de Lakanal à Sieyès, l'autre de Sieyès à Lakanal 2, dans lesquelles se révèle l'âme de notre Ariégeois? On peut suivre dans le Bulletin de la Convention, et dans la brochure de M. Clamageran, qui a puisé aux archives locales, les détails de la grande mission de Lakanal, délégué le 17 nivôse an II, pour administrer les départements du bassin de la Dordogne (Dordogne, Lot, Lot-et-Garonne, Gironde). Là

1. Voir Clamageran, Le conventionnel Lakanal, sa mission en Dordogne.

2. Nous tenons ces deux lettres autographes de la collection de M.W. Brolemann sur les conventionnels. Lakanal, comme fonctionnaire, a écril sur une feuille avec un en-tête imprimé [La nation, la loi, liberté, égalité. — Paix an peuple, guerre aux tyrans).

LAKANAL ET SIEYES. 4o

n'apparaît que l'homme officiel. Voyons l'homme intime, faisant ses confidences à son ami Sieyès.

« Bergerac, le 5 messidor de Pan second de la République française, une et indivisible.

« Au citoyen Sieyès, représentant du peuple à la Convention nationale.

« Je ne vous ai jamais écrit, parce que les républicains ont ajourné leurs jouissances jusqu'à la paix.

« Je ne puis me refuser au plaisir de vous adresser deux arrêtés, dont l'un a terminé 6,027 procès, et l'autre a opéré dans ces contrées la révolution dans les âmes et sans verser une goutte de sang, sans porter atteinte à la liberté d'aucun citoyen. J'ai cru devoir vous envoyer ces arrêtés ; ils vous intéresseront parce qu'ils ont fait le bien.

« Salut et amitié éternelle.

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