SIEYÈS
11 ne faut point taire que Lakanal profita de la haute influence de sa position pour étendre sur les individus une protection souvent périlleuse par rapport à celui qui l'accordait, vu ce temps de crise et de défîance^ Bien des hommes de lettres lui durent la tranquillité nécessaire à l'étude, et plusieurs lui furent redevables de la vie. Sa bonté était si connue, que Guinguené lui écrivait : « Vous êtes vraiment le modèle des amis chauds. Je veux vous faire passer en proverbe : Servir ses amis comme Lakanal. »
11 donna uue preuve courageuse de cette bonté, lorsque il eut appris que l'ancien général de l'ordre ecclésiastique auquel il avait appartenu avant la Révolution, vivait dans un état voisin de l'indigence. Il alla le trouver, le traita comme un père et parvint, malgré l'aversion très peu dissimulée de ce vieillard pour le nouvel ordre de choses, à le faire nommer instituteur adjoint des sourds-muets. « Ce fut un des plus heureux jours de ma vie, » s'écrie Lakanal, en racontant lui-même cette anecdote 2.
Ce n'était pas d'ailleurs ses amis seuls qu'il obligeait ainsi. « Je ne me venge que des ennemis de la patrie » avait-il dit une fois en sauvant la vie d'un de ses ennemis
1. Possédant la minute autographe de cette lettre, où la main de Sieyèa
a laissé de i breuses ratures et corrections, nous avons vu que Sieyès
n'écrivait pas avec facilité.
2. On rapporte aussi que, vers la fin de 1703, Lakanal, étant alors en tournée dans les départements du sud-ouest, découvrit la retraite où se Cachai! un prêtre insermenté, son ancien camarade d'étude à l'Oratoire. Le représentant du peuple devait le l'aire arrêter, et c'rM lui-même cpii le sauva. Il le conduisit, la nuit, jusqu'à la frontière. Une telle action s'appe- La.il alors un crime capital. (Notes recueillies, en 1838, par Geoffroy Saintllilaire.)