‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 73 sur 498 · BONTÉ DU CONVENTIONNEL · texte numérisé non relu

BONTÉ DU CONVENTIONNEL

personnels. Un père de famille l'avait dénoncé au comité de Salut public; Lakanal lui écrivit qu'il « l'obligerait quand il le pourrait ; que, puisqu'il avait cinq enfants devant l'ennemi, c'était une belle offrande faite à la liberté, qu'il le déchargeait de la taxe révolutionnaire1. »

Un écrivain méridional a fait preuve de sagacité délicate, en s'attachant particulièrement aux qualités d'âme que nous signalons dans Lakanal :

Dans le tournoi épistolaire des adhésions que le journal a enregistrées, dit-il, chacun s'est tour à tour complu à exalter en Lakanal : le docteur es sciences ; le docleur es lettres; le professeur de philosophie ; le savant conventionnel auquel nous devons la création du Muséum d'histoire nalurelle de Paris, l'organisation de l'Institut ; la création de l'école normale, du bureau des longitudes ; l'établissement des écoles primaires, des écoles centrales et de l'école des langues orientales; le rigide commissaire des armées de la République, l'émule du glorieux Carnot dans l'organisation de la victoire; enfin le célèbre rapporteur de l'invention du télégraphe, celui auquel, après Claude Chappe, le monde est redevable de l'adoption générale de la télégraphie.

Un seul de ces titres suffirait pour immortaliser un homme ; j'ai mis une affectation scrupuleuse à les énumérer, pour faire mieux ressortir la qualité exquise que j'ai tenue en réserve pour la fin el qui constitue le plus beau fleuron de la couronne que la pairie tresse pour Lakanal.

11 fut généreux.

Je l'admire pour les facultés de son esprit qui le classent au premier rang parmi les illustrations des sciences, des lettres et de la politique... Mais je l'aime pour les qualités de son cœur, supérieures encore à celles de sa puissante intelligence.

Je l'aime parce qu'il était bon.

On se plaît à citer, et on a raison, le mot d'un roi de France qui déclarait ne pas se souvenir des injures faites au duc d'Orléans ; il oubliait. Lakanal s'éleva plus haut : il fit du bien à ses ennemis. Armé de terribles pouvoirs conventionnels, il avise un patriote dont il avait reçu naguère un outrage mortel : « Voici comment se venge un républicain, » lui écrit-il en le déchargeant de la laxe révolutionnaire.

Doux de cœur, simple et austère, cet homme illustre est peut-être plus grand pour avoir su résister aux entraînements de ses ressentiments, que pour avoir accompli les travaux qui le font acclamer par la postérité. Précieux exemple à suivre, par les temps que nous traversons!

C'était un bon républicain.,, et de pareils sentiments ne peuvent se puiser, en effet, que dans une éducation démocratique, ou dans les enseignements du dogme chrétien. Ces deux philosophies sont bien sœurs d'ai leurs, quoi qu'on en diss, puisque l'une et l'autre procèdent de l'amour du prochain 2.

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