Chronique départementale, article Maître Jean
7. Un visiteur parisien confia aux journaux de Paris et de l'Ariège ses impressions au pays de Lakanal :
<( Une fois au hameau de Puget, tous, hommes ou enfants, s'empressèrent de nous montrer la demeure célèbre et désormais vénérée, au seuil de laquelle aboutit une sente en zigzag de quelques mètres. Elle n'a qu'un étage éclairé par de petites fenêtres, armées de gros volets en bois, bien anciens, percés de trous carrés. La façade principale . celle du levant, regarde les monts de la Barguillère, la façade opposée, une campagne richement cultivée.
v Les descendants de Lakanal, eu ce moment tous réunis dans celle
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Ce n'est point aux gens de la maison à se plaindre qu'on soit trop aimable envers les membres de la famille. Toutefois, sans trouver qu'on a trop fait, serions-nous presque tenté de regretter la fiévreuse agitation et les réclames tapageuses auxquelles on se livra à propos de notre illustre compatriote. Des feuilles démocratiques et modérées de Paris prononcèrent, quoique timidement, le mot d'exagération après les discours qui furent entendus en Âriège, devant la statue de Lakanal.
« Les discours prononcés dimanche, au pied de la statue de Lakanal, dit Tune d'elles, nous ont mis en règle, il faut l'espérer, avec la mémoire de cet honnête homme qui rendit des services à son pays. On l'avait oublié; on l'exalte à présent. Mort en 1845, il a eu une statue en 1882. D'autres grands citoyens ont attendu davantage, et ses admirateurs les plus ardents auraient mauvaise grâce à dénoncer l'ingratitude de la postérité. 11 vaut mieux, après tout, qu'il en soit ainsi. Quand la France paye une dette de reconnaissance à ses bons serviteurs, elle ne doit pas craindre d'être trop généreuse. Une conscience droite, une intégrité parfaite, un labeur assidu et fécond, sont des titres suffisants à l'estime publique. Lakanal, qui eut tout cela, eut, en outre, une bonne chance : la chance d'arriver à l'heure propice, alors que la réorganisation de l'ensei-
maison qui n'a jamais cessé d'appartenir à la famille du conventionnel, nous accueillirent avec une vive et empressée cordialité. Nous vîmes la chambre natale du glorieux ancêtre, la grande salle à manger avec son buffet à étagère du bon style paysan de la bonne époque, et son curieux miroir enchâssé de cuivre, et son grand âtre flambant, et son vieux fauteuil Louis XIII, et ses vieilles chaises du même temps, tous authentiques, avec leur garniture de vieille laine bleue.
« Longtemps nous regardâmes, se couronnant de brumes légères, ce sommet du Picou dont il parlait si souvent et qu'il ne put, malgré son incessant désir, venir saluer au retour de l'exil. Nous devisâmes sous le vieux noisetier au large dôme qui jadis faisait tonnelle. » (Journal de V Ariège.)
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gnement était devenue nécessaire et possible — nécessaire, par suite du désarroi général et de l'insuffisance notoire de l'ancien système ; — possible par suite des études déjà faites, des projets déjà élaborés, celui de M. de Talleyrand, celui de Condorcet, d'autres encore, où il puisa.
« Très dévoué à sa tâche, Lakanal fit au comité de l'instruction publique ce que faisait Carnot au comité de la guerre : il travailla sans écouter les bruits du dehors ; et entre deux défilés des sections, dans ces séances agitées dont M. Taine a tracé un portrait si vivant, il fit voter des mesures très simples, très sages, très utiles. Il n'y a pas lieu de lui contester cette statue ; et quant au bruit peut-être excessif que Ton mène depuis quelque temps autour de sa mémoire, il tombera de lui-même, il ne tombera que trop vite. Maintenant que la statue est faite, dressée, payée, on parlera d'autre chose. Ainsi va la gloire1. »
Dans la vogue obtenue par Lakanal en 1882, nous ne nous contenterons pas de sympathies éphémères venant de la conformité des préoccupations et des tendances, et rien de plus. Au lieu de voir, en Lakanal, un simple promoteur d'éducation sécularisée ou laïcisée, un formateur de cerveaux républicains, nous devons vouloir pour lui des sympathies larges et durables, nous inspirant de l'ampleur du poète, qui disait :
Créer l'école, c'est sublime , Lakanal, et ce fut ton sort2 !
Du savoir, flambeau de la liberté sainte, Tu fus le moderne parrain3.