‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 92 sur 498 · TÉMOIGNAGES DÉSINTÉRESSÉS · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGES DÉSINTÉRESSÉS

Il vaut mieux, en quittant Lakanal1, nous en tenir aux témoignages que lui ont rendus, en ces derniers temps, des hommes fort désintéressés à l'égard de l'Ariège, des hommes haut placés presque tous dans les lettres et dans les sciences, M. Mignet, les Geoffroy Saint-Hilaire, M. Albert Duruy, M. Faye, de l'Académie des sciences, M. Jules Claretie, et l'historien de la littérature sous la Convention, Eugène Maron. Ici tout est pur et net. 11 est incontestable que Lakanal a fait de grandes choses pour l'organisation de l'instruction, pour la fondation de nos belles institutions scientifiques ; il est sûr qu'il a marché de pair avec les plus grands esprits et les meilleurs hommes de notre temps.

Mignet, les Geoffroy Saint-Hilaire plaçaient Lakanal à cùté des Condorcet, Talleyrand, à côté des grands professeurs, tels que Boerhave, Linné, Bergmann ; ils admiraient tout ce qu'il déploya, au milieu du fracas révolution-

1. Lakanal, fortement bâti, n'avait pas été entamé parles années. Veuf, il s'était remarié à 77 ans et avait eu un fils. M. Legouvé parle des mots d'indignation et de défi que lançait déjà Y impétueux vieillard contre les Prussiens. On le voyait, dans les dernières années, à la place des Vosges, grand, solide, avec sa cravate blanche, son habit recouvert d'un pardessus marron, un chapeau un peu en pyramide. Ceux qui le regardaient passer, nous ont dit que c'était visiblement un homme d'un temps déjà bien loin de nous. Il mourut le 14 février 1845, à Paris.

Nous lui aurions souhaité une mort chrétienne; elles hommes de foi comprendront nos douloureux regrets. Mais qui sait les mystères de la fin?

M. Paul Legendre parle de la sérénité des derniers moments de Lakanal qui, dit-il, « firent penser aux jours les plus purs des philosophes antiques ; » et il n'a pu ne pas songer aux pages admirables dans lesquelles Victor Hugo semble peindre (dans les Misérables) la mort du grand conventionnel. Lakanal aurait dit : « Je vais paraître devant Dieu le cœur pur et les mains nettes ; je n'ai jamais eu sur mes mains une goutte de sang, ni dedans une obole mal acquise. »

M. Jules Claretie nous a donné, en avril 1881, sur le même sujet, une version un peu différente : « Un prêtre, disait-il, était venu au chevet de Lakanal mourant, et il avait laissé tomber le mot de remords. Le conventionnel répondit : « Je suis prêt à recommencer toute ma vie. Quant h à mes votes, je n'ai que quatre mots à dire et je les emprunte au Saint- « Père : La conscience avant tout. »

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naire, d'activité administrative et intelligente. M. Albert Duruy n'a pas ménagé l'apologie au projet présenté par Lakanal sur l'instruction publique à la Convention. « On y trouve l'inspection des écoles sérieusement organisée; l'institution d'une commission centrale dénotant un véritable sens administratif, et une réelle intelligence des besoins de l'enseignement. Le programme était aussi mieux entendu, moins surchargé que celui de Condorcet. La politique y jouait un moins grand rôle '. » M. Faye, de l'Académie des sciences, a dit, avec reconnaissance, ce que le bureau des longitudes, ce que la marine française doit à Lakanal : « Lakanal avait pensé à tout ; il réorganisa les observatoires de nos ports de guerre. » « Ses œuvres sont impérissables, parce qu'elles ont été inspirées par l'amour de la patrie et de l'humanité2. » Pour Jules Claretie, il ne trouvait rien de mieux que de publier une correspondance échangée entre Lakanal et Ktienne Geoffroy Saint-Ililaire, parce que, dit-il, « ces lettres font revivre deux grandes figures scientifiques3. » « J'ai toujours profondément et vivement admiré cette haute figure de Lakanal4. » Mais déjà, en 1860, un docte historien de la littérature sous la Convention, avait crayonné à grands traits la figure historique du pédagogue ; il avait fait remarquer « la parole vibrante et passionnée de ses rapports ; » il avait déterminé sa portée, en le comparant avec les grands professeurs des universités de Leyde, d'Upsal et de Stockholm5. Quant à M. Paul Janet, ce penseur libre, ce critique délicat n'a pas

1. Revue des Deux-Mondes, article sur ['Instruction publique et la lirvolution.

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