‹ Histoire des banques en FranceChapitre 2 sur 69 · DE LA PREMIERE EDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIERE EDITION

(c Tout est perdu fors l'honneur «^ écrivait François I" à sa mère après le désastre de Pavie. Tout est perdu fors le crédit^ a-t-on pu penser après la catastrophe de Sedan. C'est^ en effet, le crédit, cet honneur des temps modernes, qui nous permet de nous relever des déplorables conséquences de nos fautes. Et nous n'entendons pas seulement ici le crédit public, mais encore le crédit particulier, sans lequel le pays n'aurait pu supporter l'exil perpétuel de cinq milliards de capitaux, après la perte, pour tout le monde, de cinq à six milliards, à ne parler que de la France.

Dans ce volume nous ne nous occupons que de l'histoire du crédit particulier, et, encore, sous une de ses faces, mais la plus importante, celle qui, après tout, les réunit toutes : l'Institution de crédit. A chaque jour son œuvre.

Qu'est-ce que l'institution de crédit ? C'est la compagnie ou l'individu, qui fait profession de faciliter le prêt d'un capital du propriétaire qui ne peut lui faire rapporter que peu.

VI PllKFACE.

à l'emprunteur qui peut l'utiliser à meilleur compte. Une commission^ sous une forme ou sous une autre^ est son bénéfice unique. Tout est là^ et, en analysant les opérations utiles des banques, on ne trouve rien autre chose que cette intervention de leur part et ce prélèvement en leur faveur.

Mais notre intention ici n'a pas été d'exposer les principes suivant lesquels opèrent les banques, les procédés qu'elles doivent employer pour justifier leur raison d'être; des maîtres, que nous avons en maintes fois l'occasion de citer, l'ont fait avant nous.

L'exposé des faits relatifs à notre pays, quelques critiques que, çà et là, ces faits nous amènent à hasarder, la recherche des causes qui les ont motivés ou des conséquences qu'ils ont produites, tel est l'objet que nous nous sommes proposé.

Ici se place une observation qui viendrait l'esprit de maint lecteur. Avez -vous, nous dira-t-on, assez étudié la matière pour vous faire une opinion? si oui, vous ne saurez être impartial, quelque désir que vous en ayez; si non, vous ne pouvez faire un choix judicieux des faits utiles à exposer historiquement.

Il est certain que c'est là le dilemme qui se présente à tout écrivain consciencieux; et nous devons avouer que, suivant nous, l'historien doit se tenir à égale distance de ces deux écueils, le parti pris ou l'absence d'opinion. Il ne doit pas être sceptique, mais il doit aussi se rappeler que les sciences font chaque jour des progrès, les sciences morales et politiques comme les autres, et que l'opinion qu'il professe consciencieusement aujourd'hui pouvant lui apparaître demain comme une erreur; il ne doit pas s'étonner de ne pouvoir tout expliquer; il doit le confesser franchement lorsque Toc-

PRÉFACE. vil

casion s'en présente. Il doit pouvoir sans cesse dire avec Montaigne : C'est icy un livre de bonne foy, lecteur. Le père de l'histoire^ Hérodote, fournit, à cet égard, un exemple que Ton doit avoir sans cesse devant les yeux. Dans le livre IV® de son histoire, il parle du voyage autour de l'Afrique entrepris par les Phéniciens sur Tordre de Nechao, roi d'Egypte, 600 ans avant notre ère. « Ils ont rapporté, dit-il, un fait que je ne crois pas et que d'autres peut être croient; en faisant le tour de la Libye \ ils ont eu le soleil à leur droite. Ainsi la Libye fut pour la première fois connue ^. »Pour les anciens qui ne fréquentaient que Thémisphère nord, tout voyageur allant de l'est à l'ouest devait avoir le soleil à sa gauche. Or les Phéniciens allaient de l'est h l'ouest; mais, traversant l'équateur, c'est-à-dire, entrant dans l'hémisphère sud, ils avaient alors le soleil à leur droite, ce qui renversait toutes les idées astronomiques d'Hérodote. Sans la bonne foi de l'historien grec qui rapportait fidèlement les faits notables, même s'ils ne lui semblaient pas plausibles, nous n'aurions pas, aujourd'hui, la certitude que le tour de l'Afrique a été fait dès cette époque, soit deux mille ans avant Vasco de Gama.

C'est dans cette ligne de conduite que nous avons cherché à nous maintenir; l'indulgence du lecteur nous pardonnera, en faveur de l'intention, si parfois, à notre insu, nous en avons dévié.

< L'Afrique.

2 Traduction de M. P. Giguet.

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